Bonjour à tous
Citalá, El Salvador
Le 6 février 2026

Réjean LachanceBonjour à tous,


Il me fait plaisir de prendre ces quelques instants directement du El Salvador pour vous donner quelques nouvelles d’ici qui sont bonnes en espérant que c’est la même chose pour vous tous.

Quand je suis allé au Québec, j’ai reçu un appel d’un jeune du El Salvador que j’ai connu tout petit et aujourd’hui, il a 20 ans. On lui a demandé de quitter la maison où il restait et on lui donnait 3 mois pour sortir de là. Alors, Mission El Salvador a donné $1000.00 canadiens pour l’aider à construire une petite maison et, miracle, quand j’ai changé l’argent en américain, j’ai reçu quand même $1000.00 américains. Quand je suis revenu, je suis allé lui porter. Il avait déjà commencé à faire la fondation avec des roches. Son père lui a donné le terrain. Ce jeune, du nom de Moises, travaille dans la construction comme aide maçon et il a eu la permission de son patron pour travailler un bout de temps à temps partiel. Alors, lui-même avec le peu de connaissance a construit sa maison et c’est très bien fait, comme vous pouvez le voir sur ces deux photos en cliquant sur album photos dans le menu.

Lorsque les membres de ma famille sont venus du 2 au 23 janvier, nous sommes allés le visiter ainsi que sa famille. Ce jeune est vraiment reconnaissant. Nous lui avons parlé de Mission El Salvador et, si nous avons pu l’aider, c’était grâce à l’aide de toutes les personnes qui appuient Mission El Salvador. Il a été aidé aussi pour l’électricité. Je lui disais : « Maintenant, tu as reçu de l’aide gratuitement, alors, quand tu pourras rendre service à quelqu’un, fais-le gratuitement.»

À mon retour au El Salvador, je suis allé voir l’évêque pour savoir si je pouvais rester à la maison de retraite pour une autre année. Ça été un « non » carrément et je n’ai pas pu lui expliquer pourquoi je voulais encore rester ici. Alors, en revenant chez moi, j`ai décidé de lui écrire une lettre accompagnée de photos pour lui montrer que tout était en train de se détruire. À la fin de la lettre de 2 pages, je lui disais que j’étais prêt à aller vivre à Citalá, mais je lui demandais de me donner la responsabilité totale de la maison de retraite pour faire toutes les réparations nécessaires. Quelques jours plus tard, il m’a demandé d’aller le rencontrer. Il a accepté de me donner la responsabilité officielle de la maison de retraite. Il y a beaucoup de chambres avec des problèmes. Il y aurait beaucoup de peinture à faire parce que ça été peinturée il y a 17 ans.

J’ai formé un conseil économique de 12 personnes et la moitié sont des jeunes. J’avais beaucoup de projets. Premièrement, le plus important serait de faire un puits artésien pour avoir de l’eau parce que l’eau manque. J’aimerais polir le marbre qui nous a été donné quand nous avons construit la chapelle. Quand la chapelle a été construite, nous n’avions pas d’électricité. Nous avons une génératrice mais elle n’est pas assez forte pour polir le marbre.

Alors, je me disais: qu’allons-nous faire? Il m’est venu une idée. Nous allons faire un pèlerinage à Monseigneur Romero, le 31 janvier, parce que lui a vécu très pauvrement et il avait un amour préférentiel pour les plus pauvres, les abandonnés, les exploités. Nous, comme conseil économique, nous devons nous préoccuper pour les plus pauvres. Il ne faut pas que l’argent soit la priorité. Nous en aurons besoin mais ce ne sera jamais pour accumuler. En plus, le 31 janvier, c’est la fête de Don Bosco. Lui, a tout confié pleinement à la Providence, c’est lui qui a propagé la dévotion à Marie auxiliatrice. Si nous pensons en premier aux plus pauvres qui sont les préférés de Jésus, la Providence ne nous abandonnera jamais. Il suffit d’y croire. Toute la maison de retraite a été construite grâce à la Providence et à Marie Auxiliatrice. Elle ne nous a jamais abandonnés et ne nous abandonnera jamais.

Nous avons fait ce pèlerinage le 31 janvier. Nous étions 115 personnes et nous avons rempli 2 autobus. Ce fut un beau pèlerinage. La majorité ne connaissait pas l’endroit. Ici, à Citalá, Monseigneur Romero n’est pas connu et n’est pas aimé par plusieurs personnes. Il y a encore beaucoup de gens qui pense qu’il était un guérillero parce qu’il dénonçait les injustices du gouvernement. Beaucoup de personnes ont été touchées durant le pèlerinage. C’est le premier saint du El Salvador. S’il a été canonisé, c’est parce qu’il est un saint. Quand Monseigneur a été tué, en célébrant la messe, ce fut par un franc-tireur et c’était une balle explosive qui a été directement au cœur. Ils ont remis aux religieuses le cœur de Monseigneur qui a été placé près d’une statue de Marie. Trois mois après sa mort, ils ont ouvert l’endroit et le cœur était conservé et le sang était liquide. Elles ont envoyé le sang à Rome et aujourd’hui après 45 ans, le sang est encore liquide.

Le 1er février, nous avons eu, ici à la maison de retraite, notre deuxième réunion du conseil économique afin de partager sur ce pèlerinage. Don Ovidio a été vraiment touché ainsi que toute sa famille. Son petit garçon lui a dit: «Papa on est vraiment bien ici.» Quelqu’un me demandait : «Qu’est-ce qu’il faut faire pour devenir un saint?» Je lui disais : « Tu sais, en premier, il faut recevoir Jésus dans son cœur parce qu’il a donné sa vie pour nous mais il faut le recevoir dignement, il faut croire en Lui, pas seulement le recevoir, mais croire en Lui. Quand le prêtre dit : le Corps du Christ, Il est important de dire à voix haute et avec foi « amen », parce que ce « amen » veut dire, je crois que c’est le Christ que je reçois.»

En plus, il faut aimer les pauvres et les pauvres sont ceux qui souffrent, ceux qui pleurent actuellement au El Salvador, pour les 20,000 personnes arrêtées injustement, ceux que nous appelons les « criminels », ceux qui ne mangent pas trois fois par jour au El Salvador. Nous pouvons et devons prier pour eux mais il faut aussi agir comme l’a fait Monseigneur Romero. Il faut penser aux alcooliques de Citalá au lieu de les ignorer, il faut les aider. On vient à la messe, on dit à Jésus qu’on l’aime, alors quand on sort de l’église, souvent Jésus se présente à nous comme un saoulon et il nous demande de l’argent. Et toi, donne-lui $1.00 et regarde-le dans les yeux et tu peux lui dire : Il y a quelqu’un qui t’aime. C’est Jésus qui veut lui dire par toi que ce pauvre est aimé par Lui. Il faut aussi avoir un grand amour pour Marie parce que Jésus nous l’a donné. Sur la croix, s’il nous a donné sa Mère, c’est parce qu’il savait qu’on avait besoin d’une Mère et que cette Mère nous aiderait à aller au Ciel.

Tu vois, pour devenir saint, il faut qu’on ait 3 amours. L’Église, Jésus et l’Eucharistie, on ne peut pas les séparer. Les pauvres et tous ceux que le Seigneur a mis sur notre chemin et la Vierge Marie. En fait, on pourrait dire que cela fait un tout parce que, si j’aime vraiment Jésus, je ne pourrais pas ne pas aimer tout le monde. Si j’aime Jésus, je ne pourrais pas ne pas aimer l’Église que Jésus a fondée, je ne pourrais pas ne pas aimer l’Eucharistie et la Mère de Jésus.

On peut se demander aussi : à quoi ça sert d’être saint dans ce monde de violence? Regardons Monseigneur Romero. De son vivant, il a été critiqué, rejeté par ses Évêques, par certains prêtres. C’est pour cela qu’il faut aimer la pauvreté, il faut aimer les pauvres parce que, si on a un cœur de riche, on critiquera toujours celui qui a choisi la pauvreté, celui qui a choisi d’aimer les plus pauvres et de les défendre.

Aujourd’hui, regardons Monseigneur Romero, il est aimé dans le monde entier, beaucoup plus qu’au El Salvador. Beaucoup de gens dans d’autres pays ont reçu des miracles de Lui. Tu vois que si chacun de nous est meilleur, ça porte des fruits dans le monde entier. Si je suis meilleur, le monde est meilleur. C’est pour cela que nous, qui recevons Jésus dans notre cœur, on doit être différent de celui qui ne le reçoit jamais. Les gens ont tellement senti la présence de Dieu à cet endroit qu’ils veulent y retourner, et moi aussi, je veux y retourner.

Un jour, je disais à une réunion de prêtres que le El Salvador a besoin d’un autre Monseigneur Romero. C’est beau de dire que Monseigneur Romero est un saint mais il a offert sa vie en défendant le plus pauvre. Il avait un cœur de compassion comme celui de Jésus.

Je disais aux gens dans un village que si nous avons un cœur de compassion, comme celui de Jésus, c’est aussi sentir dans notre cœur la souffrance pour ceux qui ont laissé l’Église dans notre paroisse et pour ceux qui ne se confessent jamais, pour ceux qui ne communient jamais. Il faut sentir dans notre cœur la souffrance de Jésus pour les jeunes qu’on ne voit plus à l’église. Si on peut faire quelque chose et qu’on ne fait rien, on devient complice du mal. Ici, ça fait mal de voir ce qui se passe, ce qui s’enseigne, mais personne n’ose lever la voix et défendre l’Église.

Au mois de novembre, Monseigneur m’a demandé de raconter ce qui se passe ici dans la paroisse. Je lui ai tout dit. Deux prêtres étaient présents avec lui. Le problème, c’est un ex prêtre qui donne toute la formation. Il a perdu la foi en Marie, en l’Eucharistie, mais le curé l’envoi faire des célébrations de la Parole et il communie. Je pensais que Monseigneur aurait réagi, mais non. Hier, j’ai rencontré les deux prêtres et je leur ai dit que s’ils ne faisaient rien, ainsi que l’évêque, ils devenaient complices de la perte de la foi des gens. Ils ont promis d’agir.

Aux Complies du samedi soir, nous prions le psaume 4. Il y a quelque chose qui me touche énormément, c’est le cri de notre monde. C’est le cri de tout le monde parce que tout le monde veut rencontrer le bonheur, les gens se meurent de froid par qu’ils leur manquent de l’amour dans le cœur. Cet amour, c’est Jésus qui le donne parce qu’il est tout Amour. Le psaume dit : «Seigneur, qui nous fera voir le bonheur?» Et la réponse est: «Seigneur, que s’illumine sur nous ton Visage.» Nous qui recevons Jésus dans notre cœur, on doit demander cela à Jésus : que s’illumine sur nous son Visage pour que les gens, en nous voyant, puissent avoir le goût de Jésus.

Comme j’ai besoin d’aide pour des travaux, j’ai demandé à des jeunes de Los Planes s’ils voulaient venir travailler un avant-midi. Je leur ai dit que je leur donnerais le déjeuner et le dîner, que dans l’avant-midi, nous allons travailler et que, dans l’après-midi, nous allons nous divertir. La première semaine, il est venu 8 jeunes. La deuxième semaine, il est venu 10 jeunes et un couple. Maintenant, tous les villages veulent venir aider. Ils doivent faire la file. Vous allez peut-être dire c’est normal, il leur donne à manger. Vous avez raison mais il y a une autre intention. Ici, dans tous les villages, de même qu’à Citalá, on ne voit plus de jeunes dans l’église. Ils ont été traités comme des personnes qui ne valent pas la peine de s’en occuper. Ce n’est sûrement pas l’intention du curé mais ils ont été blessés parce que le curé ne les reçoit pas sans avoir un rendez-vous et, parfois, ça prend des semaines.

Mon but est de les accueillir et de faire qu’ils se sentent bien. Avant de commencer à travailler, on va devant Marie Auxiliatrice et récite les « trois Ave Maria ». Comme nous l’avons toujours fait durant toute la construction. Ces trois Ave Maria sont en train de semer peu à peu, dans le cœur de tous ceux qui viennent, un amour plus grand pour Jésus et Marie et un désir d’être meilleur.

Je vais passer tous les jeudis, vendredi et samedi ici à la maison de retraite pour travailler. Je ne coucherai pas ici mais je serai ici durant toute la journée parce que des personnes vont venir aider. Dernièrement, il est venu un prêtre de la communauté des Dominicains pour faire une étude afin de savoir où il y a de l’eau. Ce prêtre-là va partout au Honduras, au Guatemala pour la même chose. Il va seulement faire l’étude pour les communautés et pour les paroisses. Il dit qu’il a un don et qu’il ne s’est jamais trompé.

À l’endroit où il nous a dit qu’il y avait de l’eau, c’est là que nous ferons le puits artésien. La semaine prochaine, la compagnie qui creuse les puits viendra. Si tout va bien, ça prendra environ de 7 à 10 jours. Vous savez depuis des années, je rêvais de cela parce que on ne peut pas faire des retraites s’il n’y a pas d’eau. La Providence et Marie Auxiliatrice, comme je vous le disais, ne nous ont jamais abandonnés. Comme je vous ai parlé beaucoup de la Providence et de Marie Auxiliatrice, je veux terminer cette lettre avec un verset du psaume 39. Vous savez, on peut avoir le plus grand défaut du monde, on peut avoir une maladie grave, on peut vivre dans l’extrême pauvreté. On peut pleurer à chaudes larmes pour une souffrance que nous vivons. Mais ce que je veux vous dire, c’est que Jésus et Marie nous accompagnent toujours dans ce que nous vivons, ils souffrent avec nous, ils pleurent avec nous.

C’est pourquoi que je veux vous parler du psaume 39 qui nous dit: «D'un grand espoir, j'espérais le Seigneur. Il s'est penché vers moi pour entendre mon cri.» Quand un petit enfant s’est fait mal, la maman se penche vers lui pour le consoler et l’enfant arrête de pleurer. Quand nous crions à Dieu notre souffrance, que nous espérons tout de Lui, que nous lui racontons notre souffrance, alors, il se penche jusqu’à nous pour entendre notre cri. C’est dommage que nous n’y croyons pas vraiment ou nous oublions de lui dire qu’on croit en Lui et qu’on espère tout de Lui. On peut s’imaginer que Jésus, Marie et les saints de nos familles qui sont au Ciel se penchent vers nous et nous consolent. Nous n’avons qu’à leur raconter ce que nous vivons et c’est sûr qu’ils nous écoutent.

Cette année, quand je vais aller au Québec, nous allons faire une rencontre à St-Jean de la Lande dimanche le 9 août. Avec la permission du curé, je veux célébrer la messe dans mon village natal et, ensuite, nous allons nous réunir à la salle paroissiale. Je vous en reparlerai plus longuement dans ma prochaine lettre. Vous aurez aussi l’occasion d’entendre des témoignages des membres de ma famille qui sont venus en janvier me visiter. C’est pour cela que je n’ai pas parler beaucoup d’eux dans cette lettre. Préparez-vous à rire!

Je vous laisse et c’est de tout cœur que je vous bénis, au nom de Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen


Réjean, ptre


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