Bonjour à tous.
El Salvador
Le 9 juillet 2023

Réjean LachanceSan Miguel de Mercedes
Le 3 juillet 2023



Bonjour à tous,

C’est une joie pour moi, après un bon temps de silence, de prendre du temps pour vous donner quelques nouvelles. J’espère que vous allez tous bien mais, vous comme moi, nous avançons en âge. Imaginez-vous, le 7 août, ça fera 29 ans que je suis arrivé au El Salvador.

Ici, la situation dans le pays va en empirant. C’est triste parce que les gens se sont habitués, c’est comme si tout allait bien. Monseigneur Roméro dirait: «Nous vivons une paix comme dans le cimetière, personne parle, mais ils sont tous morts.»
La pauvreté a augmenté beaucoup durant ces trois dernières années, il y a des gens dans le pays qui ne mange pas trois fois par jour, à cause que tout a augmenté. Depuis qu’est entré ce gouvernement, ils ont mis au chômage plus de 30,000 personnes, mais ici, il n’y a pas d’assurance chômage. Après la guerre, qui a terminé en 1992, à cause du traité de paix, le gouvernement avait donné aux gens du terrain avec tous les papiers de propriété. Donc, les gens vivent sur ces terrains depuis une trentaine d’années.

Maintenant, surtout durant cette dernière année, un riche arrive et dit que ces terrains lui appartiennent. Il clôture tout et des gardiens surveillent. Les gens ont semé pendant trente ans, ils ont construit leurs maisons et, maintenant, ils doivent tout abandonner, ils n’ont pas le choix, ils sont menacés, ou vous partez, ou bien vous êtes mis en prison. À cause du régime d’exception qui dure maintenant depuis 14 mois, les gens n’ont plus le droit de se défendre. La semaine dernière, une dame nous disait qu’elle est en train de perdre la vue. On lui avait donné un rendez-vous en juin pour une opération, le jour est arrivé et ils lui ont dit que le médecin ne pouvait pas l’opérer. Ils lui ont donné un rendez-vous en novembre et son cas est urgent. Son mari travaille pour la mairie, c’est lui qui nous donne l’eau à certaines heures et la coupe à un moment donné pour la donner dans un autre secteur. Il gagne moins que le minimum parce que l’aide que le gouvernement apportait aux mairies a été coupé par ce gouvernement. Donc, quasiment tous les services sociaux ont été éliminés et les employés de la mairie acceptent de recevoir un bas salaire ou lieu de perdre leur travail. La dame me contait cela: «Mon mari gagne un salaire très bas, nous avons nos enfants, je ne peux pas lui exiger qu’il me donne 1300.00$ pour l’opération. Il travaille tellement fort, et 7 jours par semaine.» J’ai alors pensé à Mission El Salvador, beaucoup de gens donnent à Mission El Salvador et vous le donnez pour aider ceux et celles qui en ont le plus de besoin. J’ai écrit à Denis et Nicole pour voir ce qu’ils en pensaient. Ils étaient bien sûr d’accord. Quand j’ai eu la réponse, j’ai demandé à ce couple de venir quand ils auraient le temps. Ils sont venus et je leur ai dit que Mission El Salvador lui paierait l’opération. Elle n’avait que prendre le rendez-vous le plus tôt possible dans une clinique privée et nous dire le prix exact et on lui donnerait l’argent, quelques jours avant l’opération. Les deux se sont retenus pour ne pas pleurer. Ils n’arrêtaient pas de dire «Merci».

Cette semaine, je pensais ce qui s’était passé dans ma vie depuis que je suis au El Salvador. Je repensais à l’appel à devenir prêtre que j’ai reçu dans la maison d’une dame très pauvre à El Socorro. Je me rappelle que j’ai gardé cela dans mon cœur pendant deux ans. Je me rappelais qu’on m’avait dit à l’école de la Trinité quand j’ai passé un test d’intelligence que je ne pourrais jamais étudier, mon intelligence était inférieure à la moyenne et je voulais devenir prêtre. Je suis retourné dans la classe et je me suis dit que je pouvais donner ma vie au Seigneur autrement. Je suis rentré dans l’Institut pendant trente et un ans, puis, j’ai été obligé de quitter l’Institut pour devenir prêtre.

Je me rappelle avant d’entrer au séminaire, j’écoutais les curés de La Palma faire leur homélie et je me disais que jamais je ne pourrais parler comme cela. Mais à chaque fois, c’est comme si quelqu’un me disait: «Tu pourras parler de l’amour de Dieu et de Marie.» Oui, je savais que je le pouvais parce que j’avais tellement vécu de belles choses comme laïc, de belles expériences de Providence. Monseigneur Alas m’avait dit qu’il rendait grâce au Seigneur pour cet appel mais il ne pouvait pas m’envoyer au séminaire ici, au Salvador, à cause de mon âge. Je lui ai parlé de Ars en France. Ça coûtait 12,000.00$ par année. Il m’a dit: «Comment on va faire?» Je lui ai dit: «Monseigneur, ne vous en faites pas, le Seigneur m’appelle et il sait que je n’ai pas d’argent, alors, c’est à Lui d’en trouver.» En arrivant au séminaire d’Ars, je suis allé voir le supérieur et il m’a dit: « Ne t’en fais pas, des bénévoles vont payer toutes tes études. »Je me rappelle avant de partir pour la France, je suis allé au Centre d’achat à St-Georges, dans un magasin de produits naturels pour m’acheter des pilules pour augmenter mon intelligence. Ils m’en ont donné mais je n’ai pas vu de changements.

Au séminaire, je me rappelle que je ne comprenais rien. Le professeur me faisait passer un examen oral. Il me posait une question et je ne comprenais rien du tout, il changeait la question jusqu’à ce que je réponde. Plusieurs fois, j’étais décidé de quitter le séminaire mais je sentais l’appel à devenir prêtre. Un midi, après le dîner, j’ai décidé d’aller marcher, et j’ai pris mon chapelet. J’ai récité 50 fois: «Jésus, je t’aime et je suis sûr de Toi.» Puis, j’ai recommencé encore et encore jusqu’à ce que j’arrive au séminaire, Alors, j’étais en paix et, tous les jours, après le dîner et des fois après le souper, je disais la même chose.

Quand j’ai été ordonné prêtre, j’ai reçu un gros cadeau du Seigneur. Je lui avais dit tant de fois que je l’aimais qu’il m’a fait sentir ce jour-là bien profondément que j’étais aimé de Lui. Alors, c’est vrai, je peux parler de l’amour que Dieu a pour nous. Marie Auxiliatrice a tellement fait pour moi et pour d’autres que je peux aussi dire au monde de la prier. Quand je parle de l’Amour de Dieu et de Marie Auxiliatrice, il faut que j’arrête parfois parce que je suis trop ému. Je dis aux gens: «Si je crois que je suis aimé de Dieu, je ne peux plus m’inquiéter de ce qui m’arrive ou de ce qui va m’arriver, parce que je sais que Dieu m’aime et, s’il m’aime vraiment, il ne peut pas permettre quelque chose qui n’est pas bon pour moi.» Je crois que les épreuves, les calomnies, les souffrances, la maladie sont une bénédiction de Dieu. Pourquoi? Parce que Jésus et Marie veulent me faire beau pour me présenter devant Dieu. Alors, ils doivent me purifier, me transformer et cela se fait par la souffrance. Il est possible qu’à un moment donné durant ma vie j’aurai envie de chialer, de me plaindre, mais mon cœur continuera de dire: «Jésus je t’aime et je suis sûr de Toi.» Un jour, en France, un monsieur tous les jours à midi, mettait sa pelle et sa pioche à la porte de l’église, entrait et sortait quasiment tout de suite. Le curé le voyait par la fenêtre et décide d’envoyer son sacristain pour voir ce qu’il faisait. Le sacristain lui demande: «Qu’est-ce que tu viens faire tous les jours à midi.» Le monsieur lui répond: «Je viens pour prier.» «Mais tu ne pries pas. lui dit le sacristain, tu rentres et tu sors tout de suite.» Le monsieur lui dit: «Je rentre et je vais à l’avant et je dis: «Jésus, c’est Pablo, je t’aime.» Plusieurs années après, ce monsieur est tombé gravement malade. À l’hôpital, l’infirmière lui a dit: «Pablo, tu souffres beaucoup et tu es toujours joyeux, Pourquoi?» «C’est à cause de la visite que je reçois à chaque jour à midi.» «Mais personne ne vient te voir», lui dit l’infirmière. Le monsieur lui dit: «Oui, à midi, il vient quelqu’un me voir et me dit: «Pablo, c’est Jésus et je t’aime». Apprenons à dire plusieurs fois par jour cette prière pour qu’on la répète toujours au moment de mourir afin que Jésus vienne nous dire en nous appelant par notre nom: «N….. C’est Jésus et je t’aime.»

Durant la neuvaine à Marie Auxiliatrice, une dame a donné un témoignage. Elle était choquée après moi parce qu’elle disait que je voulais obliger le monde à aimer Marie Auxiliatrice. Après, j’ai pris la parole et j’ai dit au monde que je continuerais de parler de Marie Auxiliatrice. Pourquoi? Parce que j’y crois et je l’aime. Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons prier Marie Auxiliatrice ici au El Salvador. Nous avons besoin de lui crier «Au secours».

Le jeudi Saint, pour le lavement des pieds, il me manquait deux personnes. J’ai écouté une vidéo quand le Pape François a lavé les pieds à des prisonniers et àune musulmane. Alors, je me suis dit: «Pourquoi, est-ce que je pense de prendre seulement des gens comme les ministres de la communion ou bien responsables de groupes. Est-ce qu’ils sont vraiment plus dignes que les pauvres de la rue?» Alors, j’ai demandé à quelqu’un qui vit à côté de l’endroit où se vend de l’alcool. Je lui ai demandé de me trouver deux personnes qui passent leur temps en boisson. Il est venu, une demi-heure avant la messe, deux personnes de la rue bien vêtues et ils ne sentaient pas la boisson. Nous allions commencer la procession d’entrée, il est arrivé un autre monsieur. Alors, j’ai lavé les pieds à 13 personnes. Après la messe, comme je devais confesser, j’ai demandé au monsieur de les amener au restaurant de la pizza, de leur donner du Coca Cola à volonté. Puis nous avons décidé de les inviter à la salle de jeu de Marie Auxiliatrice pour jouer aux quilles, au sacs de sable, etc… Nous leur avons donné un bon dîner et ça fait maintenant deux fois qu’on les invite. Ils viennent 7 ou 8 personnes chaque fois et personne ne vient en boisson. Ils se comportent aussi bien que n’importe qui.

Le 8 août, je partirai pour le Québec pour y passer un mois. Le 20 août, nous voulons faire une rencontre avec ceux et celles qui le veulent, comme nous avions l’habitude de le faire. Mais, à cause de la pandémie, on a rien fait pendant ces trois dernières années. Alors, le 20 août, je célébrerai l’Eucharistie à l’église de l’Assomption à 9 heures du matin. Ensuite, nous nous réunirons dans une salle du sous-sol jusqu’à environ 4 heures de l’après-midi. On aimerait que chacun apporte quelque chose pour le goûter et le dîner. Ce n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose de chaud. Ça pourrait être des sandwichs, biscuits, etc… On offrira ce sacrifice pour les pauvres du El Salvador.

Durant la pandémie, j’ai écouté des conférences du Padre Luis Toro sur l’Eucharistie. J’ai tellement découvert de belles choses que je veux les partager. Vous savez, la plupart des gens ne savent pas vraiment ce qu’est la messe. Ici, ça fait 4 fois que je donne aux gens un cours sur 7 semaines. Je l’ai donné au Ministres extraordinaire de la communion, à tous les responsables de groupe, à tous les enfants de chœur, etc… et les gens se rendent compte qu’ils ne savent presque rien sur la messe. Ils viennent à la messe le dimanche, reçoivent le Corps du Christ, ils reçoivent toute la Plénitude de Dieu et alors, pourquoi ils ne changent pas, ils continuent de critiquer sans arrêt. Ils arrivent un jour à être un p’tit vieux comme moi et ils ont toujours les mêmes défauts, ce n’est pas normal. Je le dis aux gens que si on arrive à comprendre la grandeur de l’Eucharistie, on pourra arriver à la sainteté.

C’est pour cela que je veux donner ce cours à Saint-Georges le 20 août. On fera cela en deux fois ou trois fois et vous pourrez poser toutes les questions. Si je peux répondre, je répondrai , sinon je vous dirai que je ne le sais pas, parce que je ne sais pas tout encore. Nous avons toute une vie pour comprendre l’Eucharistie, c’est trop grand et c’est trop beau.

Je crois vraiment que pour arriver à la sainteté il faut aimer Jésus et Marie, L’Église, l’Eucharistie, les pauvres et tous ceux qui souffrent. Ici, beaucoup de gens sont heureux que les prisonniers ne mangent pas trois fois par jour, qu’ils soient torturés, etc… Cela, je ne l’accepterai jamais, je dois le dénoncer. Monseigneur Roméro disait: «Le Pasteur doit être du côté de ceux qui souffrent.» C’est vrai qu’il y a des gens qui ont tué toute leur vie, ils sont des criminels et c’est vrai. Mais on ne doit pas les supprimer de nos vies. On doit prier pour eux. Pourquoi? Parce que Jésus a donné sa vie pour eux aussi. Le 90% des criminels qui sont en prison ont été abandonné de leur père et souvent de la mère parce qu’elle devait passer son temps à travailler pour les faire vivre. En fait, qui sont les vrais responsables?

Je dis aux gens que s’ils ne peuvent pas prier pour ces personnes, ils ne peuvent pas communier non plus. On ne doit pas mettre de limite à la miséricorde de Dieu. Le bon Larron était un criminel, Saint Paul, avant sa conversion, n’était pas meilleur. Il mettait en prison tous ceux qui croyaient au Christ. Quand vous communiez, vous recevez Jésus, vous recevez toute la plénitude de Dieu, plénitude de pardon, plénitude d’amour, plénitude de paix et de justice. Vous avez tout cela quand vous recevez Jésus. Pourquoi alors qu’on ne change pas? Quand vous sortez de l’église et que vous commencez à critiquer, à ce moment-là, pour Jésus, vous êtes pire qu’un criminel qui est en prison. Vous venez à L’église, vous dites à Jésus que vous l’aimez et, ensuite, vous le critiquez dans la rue. Est-ce que c’est grave ou non?

Je dénonce tout cela dans l’église et je dois le faire, il faut que je le fasse pour que les gens apprennent à aimer comme Jésus nous aime. Jésus aime d’une manière toute spéciale celui qui souffre. Actuellement, ces gens-là, en prison, sont condamnés pour la vie. Le président a promis qu’ils ne verront jamais la lumière. Donc, ces gens-là, sont maintenant dépouillés de tout, de tout le pouvoir qu’ils avaient. Ils sont peut-être maintenant disponibles pour recevoir Jésus. Dans leur cœur, il y a toujours une petite flamme qui brûle. Elle est peut-être toute petite mais elle est là. Dans les prisons, un prêtre catholique ne peut pas entrer mais un protestant peut entrer comme il le veut. C’est normal cela? Les évêques ne disent rien.

Je prie le chapelet tous les jours pour ces gens-là. À tous les soirs, quand je me couche, je dis un Je vous salue Marie pour les âmes du purgatoire, en demandant à Marie d’étendre sa main pour sortir du purgatoire celui qui le plus prêt de la porte du Ciel. Le deuxième Je vous salue Marie, je le dis pour les 20,000 personnes arrêtées injustement parce que les policiers ont un quota à remplir. Ils arrêtent ceux qu’ils veulent et ils n’ont pas le droit de se défendre, l’avocat ne peut même pas les visiter. Alors je dis le «Je vous salue Marie» pour celui qui est découragé et je m’imagine qu’ils passent leur temps à pleurer. Je demande à Marie Auxiliatrice d’imposer ses mains sur celui qui en a le plus de besoin.

Le troisième Je vous salue Marie je le dis pour ceux qu’on dit qu’ils sont des criminels. Je demande à Marie quelque chose qui semble impossible et je le dis aux gens. Je demande à Marie d’imposer les mains sur celui qui est le plus près de la conversion et de permettre qu’il sorte de prison et qu’il vienne donner un témoignage de sa conversion. Je demande à Marie que ce soit quelqu’un qui est plein de tatous dans la figure. Je le recevrai comme Jésus lui-même. C’est sûr que les gens auront peur, comme les apôtres ont eu peur de Saint Paul au début, mais ce sera Jésus qui viendra lui-même nous parler de l’amour qu’il a pour ceux qui souffrent.

Bon, je suis arrivé à la fin de ma lettre. Je vous attends tous le 20 août pour la messe de 9 heures à l’église l’Assomption et, par la suite, ce sera le partage au sous-sol.

C’est de tout cœur que je vous bénis, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen

Réjean ptre


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