Bonjour à tous.
El Salvador
Le 8 décembre 2023

Réjean LachanceSan Miguel de Mercedes

Bonjour à tous!

Il me fait plaisir après un long temps de silence de venir vous donner de mes nouvelles qui sont bonnes, je dirais même, je dirais plus, (comme le dit le notaire le Potiron dans Séraphin) ce sont de très bonnes nouvelles. La première nouvelle est que je n’ai plus besoin de canne. Dans le genou, j’ai toujours un peu de douleur
mais j’ai des médicaments pour cela.

Quand la guerre a été déclarée en Palestine, Il y avait beaucoup de vidéos d’enfants blessés, des enfants cherchant leurs parents dans les décombres ou bien des parents cherchant leurs enfants et les recevant dans leurs bras blessés ou en train de mourir. Le vidéo qui m’a beaucoup frappé est celui d’un enfant de 12 ans qui avait perdu toute sa famille.

Le Pape François a demandé un jeûne dans le monde entier pour Israël et Palestine, pour la paix dans le monde. Il disait aussi que c’était très dangereux pour la troisième guerre mondiale. J’ai invité les gens à faire cette journée de jeûne et je leur ai dit que cette journée-là était un jeûne personnel et nous devions le faire parce que le Pape le demandait. Je voulais aussi qu’on fasse une journée de prière communautaire pour la paix dans le monde et aussi pour la Palestine, parce que c’est le pays qui a le plus souffert .

Alors, j’ai annoncé que le vendredi 1 novembre, fête de tous les saints, ce serait la journée de prière en communauté paroissiale pour la paix entre Israël et la Palestine. À 2:45 p.m., j’ai exposé le St-Sacrement et à trois heures nous avons prié le chapelet de la Divine Miséricorde. Après cela, j’ai mis de la musique religieuse pour passer un temps en silence. À 4 heures, nous avons médité les mystères joyeux et à 4:55 p.m., j’ai exposé le St-Sacrement et ce fut ensuite l’Eucharistie.

Durant le chapelet, je me disais que ces milliers d’enfants qui sont décédés ne sont pas pour la plupart des catholiques, ils sont pour la plupart des musulmans parce qu’il y a seulement 2% de catholiques en Palestine.

Je me demandais où sont ces milliers d’enfants car ils ne sont pas baptisés et c’est le Baptême qui ouvre la porte du Ciel. Si je dis aux gens qu’ils sont tous au Ciel, ils vont dire que ce n’est pas vrai que le Baptême ouvre la porte du Ciel et pourtant c’est vrai.

J’ai alors compris quelque chose: Il y a trois Baptême. Le premier, est le Baptême de désir. Je disais aux gens qu’au El Salvador, il y a eu depuis janvier 30,000 avortements. Ces enfants-là, ne sont pas baptisés. Nous, nous pouvons désirer pour eux le baptême, et ils sont baptisés par le baptême de désir. Alors, ces enfants-là, travaillent pour nous durant toute la vie. C’est dommage que les gens, pour la plupart, ne le font pas et n’y croient pas.

Le deuxième est le Baptême d’eau comme nous le faisons dans l’église. Les enfants sont baptisés au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Le troisième Baptême est le baptême de sang. Par exemple, Monseigneur Romero a reçu ce Baptême. Donc, nous pouvons désirer ce baptême pour tous ces enfants de Palestine ou d’Israël qui sont des petits martyrs. Donc aujourd’hui, désirons pour eux le Baptême de tous ces petits enfants qui sont morts martyrs.

Le plus beau, savez-vous quoi, quand nous allons chanter le Sanctus, tous les anges du Ciel, nos parents défunts, tous ces petits enfants qui sont maintenant en présence du Seigneur, parce que nous avons désiré le Baptême pour eux, ils seront dans l’Église avec nous. Qu’est-ce qu’ils feront? Ils intercéderont pour nous. Chaque petit enfant a déjà choisi quelqu’un d’entre nous et ils passeront toute l’éternité à prier pour nous pour qu’on puisse un jour les rencontrer.

Durant la consécration, je sentais vraiment la présence de ces petites âmes, j’en avais les larmes aux yeux. De toute façon, Dieu, Jésus et la Vierge Marie, n’abandonneront jamais ces petites âmes. Dieu, dans sa miséricorde, suscitera toujours des personnes qui désirent le Baptême pour ces enfants mort à la guerre ou les enfants avortés. Mais nous pouvons désirer aussi le Baptême pour ces jeunes et adultes qui meurent à la guerre, nous avons besoin d’eux pour notre chemin vers le ciel.

Après la messe, j’ai présenté un petit vidéo de 15 minutes pour que les gens se rendent compte de la souffrance en Palestine. Les gens n’ont plus le temps maintenant de prendre du temps pour écouter le cri des gens car ils passent leur temps dans le cellulaire. Après le vidéo, j’ai exposé le St-Sacrement jusqu’à 9 heures. À chaque heure, nous avons récité les mystères douloureux, glorieux et lumineux. A chaque heure, il y avait un ministre de la communion qui a donné un petit thème sur la souffrance dans le monde.

Le 30 novembre, nous avons célébré la fête de Saint-André. Jésus l’a appelé et, aussitôt, il a laissé le filet et a suivi Jésus. Que devons-nous laisser nous, comme filet? À quoi je suis attaché et qui m’empêche de suivre Jésus? On est appelé à être apôtre et disciple du Seigneur.
Est-ce que je suis vraiment apôtre de Jésus? Bien sûr, on répond « oui » tout de suite. Il y a une façon de savoir si je suis un apôtre. Qu’est-ce que je ressens quand je vois un gars chaud dans la rue? Est-ce que je le critique intérieurement? Si oui, je ne suis pas un apôtre de Jésus.

Qu’est-ce que je ressens quand je pense qu’il y a plus de 40 enfants en Palestine et Israël qui meurent tous les jours à cause de la guerre? Est-ce que je m’en fous? Si oui, je ne suis pas un apôtre de Jésus.

Qu’est-ce que je ressens quand je sais qu’il y a plus de 20,000 personnes qui ont été arrêtés injustement au El Salvador et qui sont en prison depuis plus d’un an et qui sont innocents? Est-ce que je m’en fous? Si oui, je ne suis pas un apôtre de Jésus.

Qu’est-ce que je ressens quand je sais que les papas, les mamans cherchent leur enfant qui a été arrêté injustement et ils ne savent même pas où ils sont? Sont-ils morts? Sont-ils enterrés dans une fosse clandestine qu’il y a dans la prison? Les parents n’en peuvent plus. Qu’est-ce que je ressens devant cela? Je m’en fous? Si oui, je ne suis pas un apôtre de Jésus.

Qu’est-ce que je ressens quand je sais que les grands criminels qui sont en prison et qu’ils savent qu’ils ne verront plus jamais le soleil de leur vie, (promesse du président) et qu’ils ne mangent pas à leur faim et qu’ils sont torturés? Qu’est-ce que je ressens? Je me dis qu’ils le méritent ou bien j’ai de la compassion. Si je m’en fous, je ne suis pas un apôtre de Jésus même si je reçois le Corps du Christ. Je suis plutôt un hypocrite. Et pire encore, si je ne peux ou ne veut pas prier pour ces gens-là, même s’ils ont tué toute leur vie, je ne suis pas un disciple de Jésus.

Qu’est-ce que je ressens quand je pense qu’il y a moins de 10% de pratique dans notre village? Je m’en fous ou bien j’essaie de faire quelque chose. Si je m’en fous, je ne suis pas un disciple du Seigneur. Ici, il y a une grande indifférence à Jésus. Je parlais avec un ministre de la communion et il me disait qu’il ne fait rien, qu’il ne parle pas, parce qu’il ne veut pas avoir de problèmes. Je lui ai dit qu’il était un lâche, un complice du mal. Plus tard, il y aura des problèmes avec Jésus.

Le vrai apôtre de Jésus doit avoir le plus possible un cœur comme celui de Jésus: la compassion et la miséricorde. Si je n’ai pas de compassion, si je ne ressens pas la souffrance des gens, je ne suis pas un apôtre. Nous ne pouvons pas être indifférents à la souffrance des gens. Est-ce que nous entendons les gens pleurer au El Salvador. Il y a tant de souffrances et le pire est à venir et, même si le pire est à venir, nous n’avons pas le droit de vivre triste et préoccupé parce que nous sommes dans les mains du Seigneur et de la Vierge Marie. Faisons- leur confiance comme un petit enfant fait confiance à son papa et à sa maman. Arrêtons de nous plaindre de tout ce qui nous arrive, même la souffrance est un cadeau de Dieu. À ce moment-là, Jésus et Marie sont en train de nous purifier, de nous faire beau pour être présenter devant Dieu. Ce sont des questions que je posais aux gens mais il est bon de se les poser même au Québec

Le 3 et 4 novembre, Monseigneur est venu pour la visite pastorale. Il a passé deux jours ici et il a célébré la messe dans les trois villages de la paroisse. Les gens étaient bien contents. J’en ai profité pour remettre à Monseigneur la lettre de démission comme curé de paroisse. À partir de 75 ans, nous sommes obligés de donner notre démission comme curé. Je l’ai fait l’année dernière mais Monseigneur n’avait pas donné suite à ma lettre. Alors, je l’ai refait cette année. Dans la lettre, j’avais deux demandes. La première était d’aller à la Maison de retraite à Citala et la deuxième était d’aller à l’hôpital des cancéreux à San Salvador, à l’endroit où Monseigneur Roméro a vécu.

J’ai fait lire la lettre par le Padre Ulises qui était avec nous. Après avoir lu la lettre, j’ai pris la parole tout de suite. J’ai dit: « Monseigneur, j’ai quelque chose à vous proposer. La Maison de retraite appartient au diocèse, Il manque environ 12 portes pour les chambres de bain qui n’ont pas été posées depuis mon départ en 2016. En plus, il manque de l’eau, ce qui fait qu’on ne peut pas recevoir de gros groupes. Monseigneur, vous savez bien que pas un prêtre ne va terminer la Maison de retraite. Ça fait 8 ans que je suis parti et rien de cela n’a été fait. Je vous demande de me donner un an, un genre de contrat et, dans un an, je vous promets que toutes les chambres de bain auront leurs portes et, en plus, la Maison de retraite aura de l’eau parce que mon intention est de faire un puit artésien.» Hier, un prêtre me disait:«Un puits artésien, ça coûte cher, comment tu vas faire pour vivre à la Maison de retraite, tu n’auras pas de paroisse?» Je lui ai répondu: «Toute œuvre de Dieu commence toujours dans la pauvreté. L’important est de faire confiance, de dire «OUI» et de se décider, et de faire le premier pas. Le reste, Marie Auxiliatrice va s’en occuper. Je suis son enfant non?»

Regarde, je lui disais: «Ici, dans le diocèse on n’a pas de maisons de prêtres depuis déjà plusieurs années et, à chaque année, on nous dit: «L’an prochain, on va commencer à construire la maison des prêtres, et jamais on commence. Il faudrait commencer dans la foi et faire confiance. Je lui disais quand Don Bosco a commencé la grande Basilique Marie Auxiliatrice , tout ce qu’il avait d’argent était pour acheter un seul bloc. Il a fait confiance et il n’a jamais manqué d’argent. L’argent arrivait quand il en avait de besoin. C’est ça la Providence! Comment je vais faire pour mettre 12 portes de chambre de bain? Je ne le sais pas. Comment on va faire pour le puits artésien? Je ne le sais pas mais je sais que nous le ferons. C’est Marie Auxiliatrice, la responsable de tout cela. C’est à Elle de s’arranger et je sais qu’Elle le fera. Don Bosco disait: «Fais confiance à Marie Auxiliatrice, aime-là, fais-là connaître et tu ne pourras plus compter les miracles qu’elle fera.» Et moi, j’y crois, la Maison de retraite est un miracle, mon travail à Montréal auprès des réfugiés est un miracle. Arrêtez de penser toujours à l’argent et agissez.

Un jour, alors que je demeurais à Montréal, je me rappelle qu’une famille est arrivée du Guatemala. Le gouvernement leur donnait un appartement, mais rien de plus. Ils étaient dans un 4 ½. Je ne savais pas comment les aider mais je savais que je trouverais. Quelqu’un m’appelle et me dit: «Une dame est décédée, elle avait un 4 ½ et il faut absolument que l’appartement soit vide ce soir. Alors, avec beaucoup d’aide des membres de l’Institut, on a vidé l’appartement et on a rempli l’autre. C’est ça la Providence et, en croyant, on arrive plus à compter les miracles que Marie Auxiliatrice accomplis!

Le diocèse n’a pas de Maison de prêtres. Ce n’est pas normal qu’un prêtre va mourir dans sa maison personnelle accompagné seulement de la cuisinière. En étant présent à la Maison de retraite, n’importe quel prêtre pourra venir passer quelques jours pour se reposer. Il n’y aura pas de prix pour recevoir les prêtres mais on devra se débrouiller pour la nourriture. Je n’aurai pas de cuisinière non plus. Le prêtre pourra apporter quelque chose pour partager.

Je ne sais pas encore la date de mon départ de la paroisse de Las Mercedes. Je sais que ce sera en janvier. Le 14 février, ça aurait fait 8 ans que je suis ici. Il est bon pour le prêtre de changer de paroisse et il est bon aussi pour les gens que le même prêtre ne reste pas trop longtemps en paroisse. Je ne serai pas vicaire. Je serai comme le chapelain de la Maison de retraite mais je serai disponible pour aider le curé dans certains villages. Je célébrerai la messe tous les jours dans la petite chapelle Saint-Roch et je serai probablement toujours tout seul. Le dimanche, je célébrerai dans la grande chapelle Marie-Auxiliatrice. Le dimanche, je pourrais aussi célébrer pour les petits villages les plus proches. Je leur demanderai d’apporter quelque chose pour le partager après la messe afin de se connaître davantage.

Mon intention est d’aider les gens à retrouver leur dévotion à Marie Auxiliatrice. Elle a tellement fait pour ces gens-là. Je parlerai au curé pour que le premier samedi du mois, la messe soit célébrée en l’honneur du Cœur Immaculée de Marie comme je l’ai fait pendant toutes les années que j’ai passé à Citalá afin qu’il ne mette pas de réunion ce jour-là.

Après l’année à la Maison de retraite, si c’est la volonté de Dieu, je désire aller à l’hôpital des cancéreux, là où Monseigneur Roméro a vécu. Je veux être là pour aider les personnes à mourir, leur donner l’onction des malades. Je veux exercer mon ministère de prêtre jusqu’à la dernière minute de ma vie. J’ai toujours demandé au Seigneur, depuis l’âge de 12 ans, de mourir du cancer pour sauver des âmes et pour l’Église qui est persécutée.

Le 23 décembre, le ministère de la charité va donner un repas pour les plus pauvres de la paroisse. On attend environ 50 personnes. Le 24 décembre, à partir de 2 heures de l’après-midi, on va jouer au bingo. Ce sera gratuit parce quelqu’un m’a donné $170.00 pour acheter des cadeaux.

Je voudrais remercier d’une façon spéciale toutes les personnes qui ont partagé durant cette année 2023. Merci aux communautés religieuses qui ont partagé généreusement. Merci à toutes les personnes qui, à chaque mois, depuis plusieurs années, font leur partage à Mission El Salvador. C’est sûr que vous ne manquerez jamais de rien. La Providence viendra toujours à votre secours.

En terminait je veux souhaiter à chacun de vous un Joyeux Noël. Ici, je vais célébrer l’Eucharistie à minuit le 24 décembre. Bien sûr, vous serez tous dans les intentions de la messe. Le Seigneur connaît chacun de vous et connaît aussi toutes les personnes que vous portez dans votre cœur. Eux aussi, seront sur la patène. Je vous souhaite aussi une heureuse et Sainte année 2024. Que ce soit une année de croissance spirituelle. Saint Thérèse de Jésus désirait tellement voir Dieu et elle a écrit un livre: «Je veux voir Dieu.» Ayons toujours ce désir dans le cœur, le désir de voir Dieu dans la nature, c’est assez facile. Ayez le désir de voir Dieu dans le plus pauvre, dans celui qui est rejeté. Ça, c’est plus difficile parce qu’on juge trop facilement. Rejetons toute critique intérieure qui nous éloigne de Dieu. Le désir de voir Dieu dans les événements, dans la maladie.

Priez pour moi, durant cette année, j’aurai l’occasion d’être seul, priez pour moi afin que ce soit une bonne occasion de faire une belle rencontre avec le Seigneur dans le silence et la solitude.

Si vous désirez envoyer un don, vous pouvez le faire à l’adresse suivante :

Mission El Salvador
871 165e rue
Saint-Georges de Beauce P.Q.
G5Y 0E3

Je vous bénis de tout cœur ainsi que toutes les personnes que vous portez dans votre cœur.

Réjean ptre. rejeanlachance72@gmail.com


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