Annonce d'une bonne nouvelle
El Salvador
Le 30 janvier 2006

Réjean LachanceBonjour à tous,

C‘est une grande joie pour moi de m’arrêter aujourd’hui pour vous donner des nouvelles qui sont bonnes. J’espère que vous allez bien et que la santé est bonne. Pour ma part, tout va bien. Après ce court salut, je vais vous raconter ce qui suit :

Ici, la situation dans le pays ne s’améliore pas du tout. En 2005, il y a eu 3679 meurtres. C’est beaucoup pour un tout petit pays. Le El Salvador compte 6 millions d’habitants et est 17 fois plus petit que le Québec. Le gouvernement, il y a deux ans a passé une loi qui s’appelle : « super mano dura » en disant que cette loi éliminerait complètement la violence. Le contraire se produit et il y a encore plus de violence. Ce n’est pas en arrêtant tous les jeunes qui sont tatoués que la situation va s’améliorer, mais en leur donnant du travail et en leur donnant un salaire raisonnable. En 2005, plus de 100 jeunes de 10 à 14 ans se sont suicidés. Comme vous le savez au El Salvador plus de 66% des enfants ne vivent pas avec leur père. Ce sont des enfants qui maintenant se sentent abandonner de leur père et vivent l’abandon.

Les protestants des Etats-Unis ont l’intention d’envahir le El Salvador. D’ici peu, ils arriveront par milliers. Ils disent à leur gens d’aller visiter les villages et quand ils auront 15 personnes, ils vont les nommer « pasteur » et ils vont leur construire une église. Leur but est d’avoir le plus de monde possible et dans deux ans ils vont demander au président de la République que le protestantisme soit la religion officielle au El Salvador. D’ailleurs le président actuel Tony Saca, est plus protestant que catholique. Il invite un pasteur protestant à toutes les réunions importantes. Quand il a été élu président, c’est le pasteur protestant qui a eu le rôle de faire la prière.

Comme vous le savez, j’ai eu de la grande visite pendant un mois, c’est mon neveu Christian, le fils de Marina qui est venu passer les fêtes de Noël, du jour de l’an et même le jour de son anniversaire de naissance. Nous avons vécu de belles expériences ensemble et je crois que les gens de San Miguel de Mercedes ne l’oublieront jamais parce que Christian s’est vraiment fait Salvadorien avec eux. Je crois aussi que Christian n’oubliera jamais aussi les gens de ce village.

J’ai envoyé le dernier vidéo à mon frère Denis. Pour ceux qui le demanderont vous pourrez voir l’enfant que vous avez parrainé quand je lui remets votre cadeau. Vous pourriez voir aussi les enfants à qui nous avons donné des cadeaux pour Noël. Vous pourrez voir l’arrivée de mon neveu, ses aventures tout au long de son voyage et son départ pour le Québec. Le titre de son vidéo est : BATTEMENTS DE CŒUR POUR LE SALVADOR. (L’idée vient de mon frère Denis)

Le 12 décembre, nous avons célébré la fête de Notre-Dame de la Guadeloupe qui est la patronne de l’Amérique. Un jour la Vierge Marie avait donné un rendez-vous à Juan Diego le lundi matin. Ce matin-là, son oncle était gravement malade et a demandé à Juan Diego d’aller tout de suite à la ville pour lui chercher un prêtre. Il voulait se confesser avant de mourir. Juan Diego s’est dit : Si je passe par le chemin habituel, la Vierge va m’attendre et je vais être retardé. Alors, il a décidé de passer par un autre chemin même si cela le rallongeait beaucoup. Mais Marie l’attendait et elle lui a demandé où il allait. Il lui a répondu qu’il allait chercher un prêtre parce que son oncle voulait se confesser avant de mourir. Marie lui a dit quelque chose de très beau : Pourquoi t’inquiètes-tu autant ? Pourquoi es-tu si angoissé ? Ne suis-je pas ta mère…

Dimanche le 18 décembre, j’étais à l’aéroport et j’attendais Christian. Il est arrivé à 8h.30 du soir et il a du faire la file pour faire une réclamation pour ses bagages. Je voyais l’heure passer et j’étais préoccupé parce que j’avais amené 4 jeunes de San Miguel de Mercedes et j’avais peur qu’il nous arrive quelque chose parce que c’est dangereux de traverser la ville de San Salvador en pleine nuit. Chaque fois que je m’inquiétais, une phrase me revenait à l’esprit : Pourquoi t’inquiètes-tu autant ? Pourquoi es-tu si angoissé ? Ne suis-je pas ta mère… Je recommençais à refaire confiance et au bout de quelques minutes je m’inquiétais de nouveau et cette même phrase me revenait : Pourquoi t’inquiètes-tu autant ? Pourquoi es-tu si angoissé ? Ne suis-je pas ta mère… Nous avons quitté l’aéroport à 11 heures du soir.

Du 23 au 27 janvier nous sommes allé vivre notre retraite à Cojutepeque, Cantón Candelaria. Ce sont des sœurs de Sainte-Thérèse qui ont cette maison de prières. C’est un endroit extraordinaire au point de vue paysage, mais il fait vraiment très chaud, puisque nous sommes au bord du Lac Ilopango. C’est un Evêque du Guatémala, Monseigneur Flores 82 ans qui nous a prêché la retraite.

J’étais content de faire cette retraite, je savais que cela me ferait du bien de prendre 5 jours d’arrêt, mais en même temps, j’étais préoccupé. J’avais une peur terrible. J’avais peur d’être obligé de passer une autre année à Chalatenango. Je ne savais même pas si Monseigneur Alas donnerait les nouvelles nominations. Si oui, est-ce que j’allais être là-dedans ?

Petite parenthèse :
« Aujourd’hui le 29 janvier, j’ai célébré la messe dans le barrio San Antonio. Depuis quelques mois, ils ont acheté un micro sans fil qu’on accroche après nous. La première fois que je l’ai mis, durant les lectures, le fil s’est accroché après les manchons de la chaise et quand je me suis levé tout a été arraché. J’avais l’air fin, je vous le dis. Vous savez au bout du micro, on met toujours un petit noir en éponge. Comme ce micro est tout petit, alors la petite éponge est toute petite, ronde environ de 3/4" de pouces de diamètre. Après la consécration du vin, je mettais le calice sur l’autel et le petit bout noir tout rond s’est détaché du micro a rouler sur ma chasuble et après sur l’autel. Quand j’ai vu cette bibitte noir rouler sur moi, j’ai failli lâcher un gros cri, mais les gens se sont rendus compte de ma réaction parce que j’ai sursauté. Je pensais que c’était une grosse coquerelle. »

Plusieurs prêtres me demandaient comment j’allais, je leur disais que j’allais bien, mais ce n’était pas vrai. Le midi, un prêtre m’a dit : Tu sais, tu vas avoir un changement, tu devrais être content. Mais lui, comment le savait-il ? Je ne le croyais pas. En mangeant, je lève les yeux et je vois au-dessus de la porte de la cuisine cette phrase : « Pourquoi t’inquiètes-tu autant ? Pourquoi es-tu si angoissé ? Ne suis-je pas ta mère… »

Ça m’a vraiment frappé, mais cela ne m’a pas enlevé les peurs. Je me disais que j’avais peu de foi. Pourquoi est-ce que je ne fais pas confiance en Dieu qui m’aime. A chaque temps libre, je prenais mon chapelet et je disais sur chaque grain : « Jésus je t’aime, et je suis sûr de Toi ». Ce qui me consolait, c’est qu’au moins je voulais faire confiance et je voulais faire la volonté de Dieu.

Nous avions la messe tous les jours à 6 heures. Quelques minutes avant la messe, le mardi, j’étais assis dans le banc arrière de la chapelle en attendant que tous les prêtres soient prêts. Monseigneur Alas s’est approché, m’a mis sa main sur mes épaules et m’a dit : « Il faut que je te parle après souper ». Le cœur m’a débattu tout le long de la messe. Qu’est-ce que voulait Monseigneur ? Voulait-il me mettre avec un autre prêtre encore une autre année ? Voulait-il me donner une paroisse ? Voulait-il me laisser à Chalatenango ? Pour moi, ça aurait été si simple de le savoir tout de suite.

Après le souper, Monseigneur m’a dit : « Comment ça va ? » je lui ai dit : « très bien ». Il m’a dit que ce n’était pas vrai que j’allais bien. Je lui ai répondu que c’était vrai que ça allait bien, mais que j’avais peur. J’avais peur de rester une autre année à Chalatenango. Il m’a demandé ce que je désirais le plus, et je lui ai répondu que je voulais faire la Volonté de Dieu et que je la connaîtrais par lui, mais que cela ne m’empêchait pas d’avoir peur. Il a ajouté : « qu’est-ce que tu désires le plus ? » Monseigneur, ce que je désire le plus, c’est d’avoir une paroisse pour exercer pleinement ma vocation de pasteur. (Monseigneur m’a dit qu’il aviserait plus tard s’il y a des changements qui se feront).

Ce que je viens d’écrire entre parenthèse et en caractère gras n’est pas tout à fait la vérité. La vérité est que Monseigneur m’a dit : « Commence à rêver, commence à faire des projets. Je pense te nommer curé à Citalá. Je vais aller parler aux prêtres de La Palma pour leur dire que je te nomme curé à là-bas , et si les gens de Citalá s’engagent à t’aider, je t’envoie, sinon je te ramène dans un mois. Dans le fond de mon cœur, je disais : « Merci mon Dieu ». Il m’a donné le nom de deux prêtres qui pourront m’aider, parce que ce sera ma première expérience de curé. En plus, Citalá n’a jamais été une paroisse. En fait, je serai le fondateur de cette paroisse, je serai le premier curé de Citalá.. Le Padre Javier et le Padre Alfredo vont m’aider à mettre la paroisse en marche. On se réunira de temps à autre et quand j’aurai des projets ou des questions, je n’aurai qu’à leur téléphoner.

Quand je suis revenu dans ma chambre, je me suis agenouillé et j’ai remercié le Seigneur pour la confiance qu’il avait en moi. Je lui ai aussi demandé pardon pour mes doutes, pour mes peurs. Mais ce n’est pas tout. Le lendemain, j’ai rencontré le Padre Alfredo et il me disait que cela l’inquiétait parce que je n’avais aucune expérience à cause que le Padre Tulio ne m’a jamais fait confiance au point de me donner des responsabilités dans la paroisse de Chalatenango. Il me disait que ce serait bon que je passe un bout de temps avec lui en paroisse pour apprendre davantage. Je lui ai dit que je préférais foncer.

J’ai recommencé encore à vivre des craintes en pensant que Monseigneur serait d’accord avec lui. Monseigneur ne me disait absolument rien, ni les autre prêtres. J’ai pensé que ce mercredi soir, Monseigneur donnerait les nouvelles nominations, mais rien. Le jeudi soir, je me suis dit que c’était sûr que nous le saurions enfin une fois pour toutes. Mais non rien.

La retraite finissait le vendredi midi, et ce fut vers 11 :30 de l’avant-midi que Monseigneur a annoncé qu’il allait faire de Citalá une paroisse et que j’étais nommé curé. Maintenant, c’était vrai, puisque Monseigneur venait de l’annoncer officiellement. Enfin, je le savais. Bien sûr, beaucoup de gens ici vont me manquer tout spécialement les gens de San Miguel de Mercedes et aussi de tous les villages. Mais ça, c’est la vie.
Quand j’arriverai à Citalá, j’aurai un FAX, ce sera plus facile de communiquer, parce qu’à Citalá, il n’y a pas de café Internet. Quand je saurai le numéro, je vous le ferai savoir.

Après que j’ai su que j’allais à Citalá, je suis allé à la chapelle et je me demandais : « Est-ce que je pourrai être curé à Citalá ? Est-ce que je pourrai conduire ce peuple sur le chemin de la sainteté. Ma réponse fut « non » si j’essaie de le faire seul. Oui, je pourrai si Jésus est réellement vivant en moi. Oui je pourrai si Marie m’accompagne dans ma mission de curé et de pasteur. Je serai « cura ». En espagnol le mot « curar » veut dire guérir. Je reçois de Dieu une « cure », je serai curé, ce qui veut dire que je serai un petit hôpital vivant qui a pour mission de soigner et de guérir.

Bien sûr, j’ai l’intention de me faire une règle de vie pour ne jamais mettre de côté la prière. J’ai cette grâce de pouvoir me lever de bonne heure tous les jours, c’est-à-dire 5 heures du matin, C’est merveilleux, parce que les premiers moments de ma journée sont pour le Seigneur. A Citalá, le presbytère communique directement avec l’église et cela est encore mieux.

Ce que je me disais aujourd’hui dans la chapelle, c’est que je dois me donner complètement, c'est-à-dire, que, ce que j’ai à fair,e je dois le faire par amour pour Jésus et pour les âmes. Je me suis rendu compte durant ces deux années de vie sacerdotale que tout ce que je fais par amour pour Jésus et pour les âmes ne me fatigue pas, au contraire, ça me redonne vie. Bien sûr, obligatoirement, j’aurai besoin de mon lundi de repos, j’aurai besoin de passer quelques soirées tranquilles, mais même ce repos sera pour les âmes parce que je me reposerai pour mieux les servir.

J’aurai besoin de célébrer la messe tous les jours, de prier avec joie mon bréviaire tous les jours.
« Un jour, un groupe de pèlerin était sur un bateau en pleine mer. Le curé les accompagnait. A un moment donné, une grosse tempête s’est levée et le bateau allait couler. Alors, le capitaine a demandé à tout le monde de jeter à la mer ce qu’ils avaient de plus pesant afin que le bateau puisse flotter sur les vagues. C’était la seule façon de sauver sa vie. Les gens ont commencé à jeter leurs valises, en fait, ce qu’ils avaient de plus pesant. Le curé lui, décida de jeter à l’eau son bréviaire, c’était quelque chose qui était pesant pour lui. Ce même curé appelait sont bréviaire : « sa belle-mère ».

A Citalá, la vie sera un peu plus difficile. Ici a Chalatenango, nous avons de l’eau 24 heures par jour. A Citalá, quelques heures à tous les deux jours ou plus. Ici à Chalatenango nous atteignons tous les villages en auto. On stationne en face de l’église. A Citalá, des 11 petits villages que j’aurai, 6 petits villages n’ont pas de route, donc il faut les atteindre à pied. Je suis content, je vais perdre le surplus de graisse et cela sera bon pour mes genoux.

En tout cas, je termine cette courte lettre en vous demandant de prier pour ce pauvre curé de 59 ans ou presque. Il aura besoin de vos prières. Demandez au Seigneur de faire de lui un saint prêtre, c’est ce que le peuple de Citalá a besoin.

Et moi, de tout mon gros cœur de curé, je vous bénis au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Unions de prières,

Réjean ptre

N.B : Avec l’argent que nous avons reçu des profits de la vente des articles du Magasin d’objets Religieux de Saint-Georges, nous avons acheté des cadeaux pour des enfants à Noël. Dans le vidéo, tous les cadeaux qui ont l’emballage, sont des cadeaux que nous avons acheté. Les autres ont été donnés par des enfants qui ont voulu partager un de leurs jouets. En plus, ici l’année scolaire commence le 16 janvier et avec l’argent , j’ai acheté à 4 jeunes entre 13 et 15 ans ce qu’il avaient besoin pour l’école : livres, crayons, sac scolaire et même l’uniforme, ce fut une belle aide pour les parents de ses enfants. De ces 4 enfants, deux n’auraient pas pu aller à l’école cette année. Les parents avec une grande peine avaient décidé de ne plus envoyer leur enfant à l’école à cause du manque d’argent. En plus, un jeune du nom de Jorge Alberto devait entrer à ce que nous appelons nous, le CEGEP, mais il ne pouvait même pas payer l’inscription de 15,00$ et devait payer 8,00$ à chaque mois. Je lui ai payé pour l’année. Merci au curé Laval Bolduc, à la responsable Denise Gauthier et à tous les bénévoles du Magasin d’Objets Religieux de la paroisse l’assomption de Saint-Georges.
Merci pour votre générosité !

N.B ; Quelques fois, je signe Ernesto ou d’autres fois je signe Réjean. Mon nom complet est : Joseph Ernest Réjean Lachance. Si je m’appelle Ernesto, c’est parce qu’en espagnol Réjean ne peut pas se prononcer ou bien on m’appelle Reagan. A Citalá, ce sera le padre Ernesto qui sera curé.


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