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Merci de tout coeur !
Citalá , El Salvador
Le 25 juillet 2006
Bonjour,
J’espère que vous allez bien et que la santé est bonne. Ici, pour ma part, tout va bien. Je suis heureux comme curé à Citalá. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucune difficulté, non! des difficultés, il y en a, et comme pasteur, il y a beaucoup de choses qui me font mal mais je dois respecter le cheminement de chacun.
Quand j’étais tout petit, vers l’âge de 9 ans, je lisais la vie de Saint Jean Bosco et je me rendais compte que c’était un homme qui avait une grande confiance en la Divine Providence. Il savait avec son cœur que Dieu ne l’abandonnerait jamais parce qu’il était aimé de lui.
Je me rappelle que je désirais vivre cette vie. Je ne voulais pas vivre une vie pleine d’inquiétudes mais je voulais faire confiance en la Providence. Mais pour faire confiance en la Providence, il faut être sûr de l’Amour de Dieu pour nous. Il faut être sûr de Lui. En 1978, je suis allé passé un an en Colombie. Là j’ai vu la pauvreté mais, ce qui m’a plus touché, c’était de voir des gens très pauvres et ils ne s’inquiétaient pas, parce qu’ils étaient sûrs que Dieu ne les abandonnerait jamais. Quand je suis revenu au Québec, je suis allé travailler à Montréal et j’ai rencontré des familles Salvadoriennes qui avaient fui le El Salvador à cause de la guerre. Je travaillais à l’hôpital Sainte Justine deux jours par semaine. Cela ne me donnait pas un gros salaire. J’arrivais tout juste à payer le loyer. Je rencontrais des familles beaucoup plus pauvres que moi. Alors je commençais à donner ce que j’avais. Je gardais juste le nécessaire : une tasse, une soucoupe, une assiette, une fourchette et un couteau. Mon appartement était complètement vide mais j’étais heureux parce que j’avais meublé une famille. Le plus beau, c’est quand j’ai commencé à donner, c’est là que j’ai commencé à recevoir. Des dizaines de fois, j’ai vidé mon appartement. Quand je donnais, je recevais toujours plus et je donnais encore plus. Je commençais à me rendre compte que la Parole de Jésus est vrai : « Regardez les oiseaux du ciel, il ne sèment, ni ne moissonnent et votre Père du Ciel les nourrit. Vous valez beaucoup plus qu’eux ». J’ai commencé à croire tellement en la Providence que je ne m’inquiétais plus du tout. Je travaillais et, comme on dit : « je me débattais comme un diable dans l’eau bénite » pour arriver à joindre les deux bouts et aider un peu les pauvres.
Je voulais partir pour le El Salvador. Je sentais un appel mais j’avais peur car je savais qu’il y avait beaucoup de violence. Un soir, j’étais chez moi à Montréal, j’écoutais de la belle musique classique. Je demandais au Seigneur : « qu’est-ce que tu veux de moi ? » En pensée, je me suis vu au El Salvador. Je voyais les enfants pleurer, les parents pleuraient, et je pleurais avec eux. Puis je me suis mis à les consoler. Ils riaient et je riais avec eux. Alors j’ai compris que ma mission serait de consoler Jésus dans les pauvres. Comment ? En étant un pauvre parmi les pauvres.
Je suis arrivé au El Salvador le 7 août 1994. Ici, je n’avais pas de salaire. Le plus beau souvenir que j’ai, c’est que je ne me suis jamais inquiété, parce que je voulais vivre une expérience de Providence. J’étais sûr de Jésus et de Maríe Auxiliatrice. Un jour, le 9 août 1995, il me restait que 5 colones = 0.60 cents. Le soir, je vais à la messe, je regarde Maríe et je lui dis : « Maríe, je suis sûr de Toi. Je suis certain que tu ne m’abandonneras jamais ». A ce moment là, c’est comme si Maríe m’avait dit : « Accepte de dépenser ton 5 colones pour un pauvre et tu recevras ». Au fond, j’étais attaché à mon 5 colones, parce que je me disais que je devais faire attention pour le dépenser. Je suis sûr que si, à ce moment-là, un pauvre m’aurait demandé de l’aider, je lui aurais répondu que je ne le pouvais pas. Le lendemain 10 août, c’était la fête patronale de San Lorenzo et j’allais avec le curé dans le petit village de San Lorenzo. En débarquant de l’auto, un petit garçon de 5 ans qui s’appelle Arnulfo vient me trouver et me dis : « j’ai faim, voudrais-tu me donner quelque chose à manger? » Je suis allé lui acheter quelque chose et j’ai dépensé mon 5 colones. Je n’avais plus rien. Grâce à Dieu, je ne m’inquiétais pas du tout. Vers trois heures de l’après-midi, nous sommes revenus à Citalá. Je vais à la poste et j’avais une lettre de mon frère. Dans l’enveloppe, il y avait un billet de 100.00$ américain avec un petit papier collé dessus et qui disait : « La Providence sait que tu en a besoin ». Quand j’ai vu cela, je pleurais de joie, non seulement pour le 100.00$, mais beaucoup plus parce que je pourrais dire au monde que l’Evangile c’est vrai. C’est vrai qu’on a un Père qui nous aime et qui ne nous abandonnera jamais. Je voulais encore plus vivre la simplicité de l’Evangile : faire confiance à Jésus à 100%. Ce qui me touche beaucoup, c’est que mon frère, deux semaines avant, a senti l’appel très fort de m’envoyer ce montant. Il n’avait pas le temps d’aller à la banque. Dieu savait que, ce jour-là, j’aurais besoin.
Un jour, je suis allé avec le curé à El Socorro. C’est le village le plus loin. Là, j’ai senti l’appel du Seigneur : je voulais être prêtre. Quand j’écoutais le curé, je me disais que je ne pourrais jamais parlé comme lui. Une voix intérieure me disait : « Mais tu pourras parler de l’Amour de Dieu ». Mon Evêque, Monseigneur Alas m’a permis d’aller étudier à Ars, en France. J’ai écrit au séminaire pour savoir le prix pour une année scolaire. On m’a répondu que ça coûtait 12,000.00$ par année. Je savais qu’ici, on ne pourrait pas payer pour moi. J’ai dit à Monseigneur : « le Seigneur sait que je n’ai pas d’argent et il m’appelle, alors, je sais qu’il m’ouvrira les portes. Deux jours avant mon départ, il ne me restait que 10.00$, c’est ce que je devais donner à l’aéroport. La veille, je vais à la poste. J’avais une lettre d’une dame que je ne connaissais pas. Il y avait dans l’enveloppe 1000.00$ américain. Je téléphone à Monseigneur et je lui dis tout content : « Monseigneur, j’ai l’argent qu’il me faut pour mon billet vers la France. A mon arrivé au Québec, il me restait deux semaines. Je devais ramasser 12,000.00$. C’est bien curieux, cela ne m’inquiétait pas du tout. Cela ne m’empêchait pas de dormir. Avec ma sœur et mon beau-frère, nous sommes allés visiter la dame qui m’a donné 1000.00$. Elle était heureuse et nous nous sommes sentis bien chez elle. Avant de la quitter, elle m’a dit : »Attends, je vais te faire un cadeau ». Elle va chercher son chéquier et me fait un chèque de 4000.00$ américain. Nous pleurions de joie, nous venions de toucher pour de vrai à la Providence. C’est Dieu lui-même qui nous montrait comment nous sommes aimés de Lui. Il nous demande seulement notre confiance. Il m’appelait et je lui faisais confiance et je n’ai jamais été déçu.
Je suis arrivé en France et je voulais remettre une bonne partie du montant au séminaire. Le supérieur m’a dit : « Non, garde-le, tu en auras sûrement de besoin, ce sont des bienfaiteurs de France qui vont payer toutes tes études ».
J’avais 52 ans. Je vous assure que plusieurs fois, je voulais laisser le séminaire. Ce qui me retenait c’était l’appel de Dieu, c’était les Salvadoriens qui m’appelaient. Un jour, après le dîner, je suis allé marcher, et cette fois-ci, c’en était sûr, je quitterais le séminaire à la prochaine vacance. Par une grâce du Seigneur, j’ai pris mon chapelet et j’ai dit 50 fois : « Jésus, je t’aime et je suis sûr de Toi ». Je sentais que je me calmais, j’ai redit la même chose encore 50 fois. Après cela, j’ai pris le goût et l’habitude de dire à Jésus que je l’aimais. Tous les jours, je répétais la même chose 50 fois, 100 fois et parfois 200 fois.
Le jour de mon ordination sacerdotale le 13 septembre 2003, le Seigneur m’a donné un beau cadeau. Je lui avais dit tellement de fois que je l’aimais, qu’il m’a fait sentir que je suis aimé de Lui. Maintenant, je le sais avec mon cœur. Je suis aimé de Dieu. Je suis aimé de Jésus, je suis aimé de Maríe. Je crois qu’il n’a pas de plus cadeau que celui-là : être sûr de l’amour de Dieu pour moi.
Aujourd’hui, comme prêtre, j’aime parler de l’amour de Dieu. J’aime dire aux gens que nous sommes aimés de Dieu. J’aime leur dire que la Providence, c’est tout simplement Dieu qui nous aime. Et si nous savons avec notre cœur que nous sommes vraiment aimés de Dieu, alors, on ne s’inquiète plus. C’est ce que je vis, c’est ce que nous vivons dans « Mission El Salvador ». Chaque fois que nous recevons un don qui sert toujours à faire du bien, nous savons très bien que Dieu vient, par vous, nous dire qu’il nous aime, qu’on a parfaitement raison de lui faire confiance.
Alors tout cela pour vous dire un gros « MERCI » pour votre don. Je sais que le Seigneur vous le rend en grâces et bénédictions de toutes sortes, car il ne se laisse pas gagner en générosité. Je demande à Jésus par le pouvoir de mon sacerdoce de vous bénir, de bénir tous ceux et celles que vous portez dans votre cœur. Et moi, de tout cœur, je vous bénis au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen
Unions de prières,
Réjean ptre
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