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Bonjour à tous!
Citalá, El Salvador
Le 10 août 2006
J’espère que vous allez tous bien. Ici, tout va très bien. La santé est bonne. Le moral est bon. J’aime Jésus, j’aime Maríe et qu’est-ce que je pourrais demander de plus. Oui, tous les jours quand j’élève l’Hostie, je demande à Jésus de faire de moi un saint prêtre. Je sais que les gens de Citalá ont besoin de quelqu’un qui soit témoin, qui aime Jésus de tout son cœur. C’est ce que je veux être.
Cette semaine, je donnais aux gens une comparaison. Quand une femme est enceinte et que, durant 9 mois, elle nourrit de son sang ce petit être à l’intérieur d’elle, et quand l’enfant naît, souvent les gens disent : « Ah ! Qu’il ressemble à sa mère. Ah ! Qu’il a le groooos nez de sa mère. Ah ! Il va être un gros patapouf comme son père ». Je n’ai pas dit tout cela mais je leur disais que l’enfant est nourri de sa mère pendant 9 mois, c’est pour cela qu’il lui ressemble. Nous, ça fait 20 ans, 30 ans, 50 ans qu’on se nourrit au Corps et au Sang de Jésus, pourquoi est-ce que les gens ne nous disent pas qu’on ressemble vraiment à Jésus dans notre amour pour les autres, dans notre façon de vivre la justice, dans notre façon de faire la paix ?
Je leur rappelais qu’une dame de Chalatenango était venue se confesser. Elle avait 91 ans. Donc, ça faisait au moins 80 ans qu’elle communiait. Je lui dis : « Vous pouvez dire vos péchés ». Elle me dit : « Ah ! Vous savez mon père que ce sont toujours les mêmes petits péchés ». Je lui réponds : « Vous trouvez cela normal ? » Elle part à rire et me dit : « Ah ! Mon père, le Seigneur sait de quoi nous sommes faits ». Non, cela n’est pas normal, le Seigneur ne veut pas que nous vivions une vie sans avancer vers la sainteté, oui, le Seigneur sait que nous sommes pécheurs, mais à chaque tentation, la grâce nous accompagne. Si, après tant d’années, on ne ressemble pas plus à Jésus que cela, c’est que nous ne communions pas dignement, c’est que nous n’avons pas cette soif de Jésus, c’est que nous n’avons pas le désir de devenir des saints.
La semaine dernière, je me suis levé comme tous les jours un peu avant 5 heures du matin. Quand je me suis levé, le nez me coulait, je ne sais pas pourquoi parce que la veille j’étais très bien. Je me suis levé et j’ai allumé la lumière. Ce que j’ai vu à la tête de mon lit, juste au-dessus de ma tête où j’étais couché, une grosse « motaditte » coquerelle, en exagérant un peu, elle avait au moins trois pouces de long. La mausus se délichait, peut-être était-elle entrée dans l’intimité de mon nez. Ce n’est pas tout, elle effilait ses aiguilles et, d’après elle, c’était afin d’aller plus en profondeur.
Je me suis levé, j’ai pris mon soulier, comme en faisant semblant de le mettre dans mon pied. J’en ai donné un bon coup sur le mur mais la mausus est tombée sans être touchée. J’ai tiré mon lit, elle était sur le plancher. J’en ai donné un bon coup sur le plancher mais elle a eu le temps de s’esquiver. J’ai passé au moins un bon 10 minutes a vouloir lui donner une leçon. Enfin… elle ne viendra plus m’intimider.
Le lendemain soir, je me couche en confiance. Je savais que cette coquerelle ne m’intimiderait plus. J’étais couché sur le dos, il faisait très noir. Je réfléchissais. Tout à coup, je reçois quelque chose en pleine face, je me lève d’une raideur, j’allume la lumière et ce que je vois dans mon lit une grosse cochonne de coquerelle toute amochée pour le coup qu’elle avait reçu. Je l’ai tirée par terre pour lui donner sa leçon parce que je ne voulais pas répandre son sang dans mon lit.
Ce n’est pas tout. Hier soir, je me couche et, encore une fois, j’étais couché sur le dos. Tout à coup, je reçois encore quelque chose en pleine face. Je l’attrape et je veux la tirer en bas mon lit. J’ai failli mourir étouffé. Ce que j’ai tiré, c’était la corde de ma médaille. La médaille de Maríe Auxiliatrice en me couvrant m’était arrivée en pleine face.
Lundi le 24 juillet, je suis allé à San Salvador pour le changement d’huile. Je suis parti d’ici à 4 :40 heures du matin pour être à San Salvador à 6 :30 a.m. On me dit que j’aurais le pick-up à 6 heures le soir. Dans l’espérance qu’il soit prêt avant 6 heures, je suis arrivé au garage à 5 heures. On vient me trouver pour me dire que les freins étaient complètement finis. On ne voulait pas me laisser partir ainsi. J’ai dû attendre jusqu’à 6 :45 p.m. pour qu’on me remettre le pick-up. J’ai décidé d’aller coucher dans un hôtel parce que ce n’était pas prudent de traverser San Salvador, Apopa et Aguilares, ce sont trois villes les plus dangereuses.
Je me suis couché vers 9 :30 heures du soir. A 10 :30, je me suis réveillé en sursaut parce que mon lit branlait comme un bon. J’entendais les gens courir dans le corridor. C’était un tremblement de terre pas très fort mais assez fort pour me faire trembler de peur. J’avais tellement peur que je me suis tourné sur le dos et je me suis endormi en un instant. Le lendemain, on annonçait que la force du tremblement avait été a 4,6º degrés à l’échelle. Ça me donnait quoi de sortir si le tremblement de terre était passé.
Ici, nous sommes en hiver, c'est-à-dire dans la saison des pluies. Les routes pour aller dans les villages sont épouvantables. Des fois, je me demande comment un pick-up peut tenir le coup. Quand je vais dans certains villages, ça monte comme dans la face d’un bœuf, même je crois, que le bœuf n’a pas la face aussi à pic. Quand la route est pleine de trous et que ça monte comme dans la face d’un bœuf, je ne peux pas monter bien lentement. Il ne faut surtout pas arrêter parce que ce serait impossible de repartir. Et comment reculer quand la route est étroite et un précipice de chaque côté. Je vois que la Sainte Vierge et mon ange Gardien me protègent. La semaine dernière, je suis allé trois fois dans des villages où je dois passer par cette montagne horrible. Je vais pour le changement d’huile et on me dit que les freins étaient complètement finis. On ne voulait même pas me laisser partir comme ça. J’aurais pu aussi bien descendre la montagne en pleine course, sans frein.
Dimanche dernier, je suis allé à Las Pilas. Il y avait une famille qui voulait y aller pour la première fois. Je leur ai dit que je n’acceptais pas plus de 6 personnes à cause du danger pour la descente. Si nous sommes trop pesants, on doit freiner plus souvent et les freins chauffent.
Le matin, quand je suis arrivé chez eux, il y avait 11 adultes qui sont montés plus 8 enfants. Je n’aimais pas beaucoup cela mais je leur ai dit que je les avais avertis. Pour vous donner une idée, on part de 1000 mètres et on monte en 8 kilomètres à 2900 mètres. Ce qui veut dire que ça monte vraiment beaucoup et à pic. Il y a des courbes qui sont vraiment dangereuses, c’est pour cela qu’on ne peut pas aller trop vite. Comme c’était la première fois que les gens venaient et qu’ils avaient un peu peur, avec raison, ils ont commencé à dire le chapelet, une autre dame disait les litanies de la Sainte Vierge. A un moment donné, je savais que je ne pourrais plus avancer, le pick-up n’avait plus de force. J’ai arrêté et j’ai voulu repartir mais je reculais au lieu d’avancer, on était dans une courbe et je vous assure que ce ne sont pas de petits précipices de 4 pieds. Les gens sont tous descendus et j’ai pu repartir. Ils ont compris pourquoi je ne voulais pas trop de monde. Mais je leur ai dit que c’était très bien parce que, à cause de la peur, ils avaient prié.
Ici, les cultivateurs sèment le maïs, les fèves et, quelques-uns, des tomates. Quand je suis allé dans cette montagne horrible un jour, je revenais à Citalá et la route était fermée. Je descends de l’auto pour voir ce qui se passait. Je vois deux tomates en plein milieu de la route. Elles voulaient faire une course pour voir qui arriverait la première en bas. J’ai décidé de les suivre. Une belle tomate, la plus belle et la plus ronde, était en avance, parfois elle regardait en arrière pour voir si l’autre la suivait mais elle avait toujours plus d’avance sur l’autre. Vers la fin de la course, elle se retourne encore, comme pour narguer l’autre petite tomate, mais elle oublie qu’en face d’elle il y avait une belle courbe. Elle passe directe dans le précipice et rentre en pleine face dans un arbre. L’autre tomate la voit et lui dit : « Allo ketchup ». Curieux, avant de commencer à l’écrire, je la croyais plus drôle, je viens de la relire et je n’ai pas ri du tout. Mais je décide de laisser cette histoire, peut-être que quelqu’un retrouvera le sourire. Mais dans tout cela, il y a une morale. Pourquoi ne pas s’entraider, pourquoi vouloir arriver à la sainteté tout seul. Cela n’est pas possible, on ne peut même pas arriver au ciel tout seul.
Aux Etats-Unis, on a décidé un jour de faire une course avec des handicapés mentaux de 14 – 16 ans. Il y avait 8 jeunes qui faisaient la course. La cloche sonne pour le départ. Tous avaient de la difficulté à marcher mais avançaient comme ils le pouvaient. Vers la moitié de la course, un jeune garçon de 14 ans tombe en pleine face. Au lieu de se relever, il se met à pleurer. Il était déçu de lui. La jeune fille qui était pour gagner la course a entendu les pleurs du jeune. Elle s’est arrêtée et a été voir le jeune. Tous les autres l’ont suivie. La jeune fille s’est penchée, elle a relevé le jeune et lui a donné un baiser et elle lui a pris la main en lui disant : « Viens, nous allons gagner la course ensemble». Tous les autres jeunes se sont tous pris par la main et tous sont arrivés ensemble à la ligne d’arrivée. Nous aussi, dans la vie, on doit s’entraider, on doit avancer ensemble vers le Seigneur. On ne doit pas faire comme la tomate. On ne doit pas se retourner et être content que quelqu’un se soit arrêté parce qu’il n’en peut plus. Si quelqu’un s’arrête, on doit être prêt à laisser tout pour aller lui aider, lui remonter le moral et repartir ensemble. Ainsi nous avancerons beaucoup plus vite vers la sainteté.
Depuis ma dernière lettre, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire. Il y a de quoi s’émerveiller et rendre grâce au Seigneur pour tant de générosité. Un jeudi, je vais voir les 6 jeunes dans l’atelier de couture. J’y vais de temps en temps mais pas trop souvent. C’était un jeudi. Nous avions trois machines à coudre. J’ai dit aux jeunes : « Si je vois que vous travaillez bien, j’aimerais que nous ayions trois autres machines à coudre afin que chacun puisse avoir sa machine ». Le même soir, on me téléphone que quelqu’un avait donné de l’argent pour acheter des machines à coudre. Les dons si généreux m’ont permis d’en acheter trois autres.
Je voudrais vous dire bien plus que « M E R C I » mais vous savez très bien que ce petit mot veut dire beaucoup. Il renferme beaucoup de grâces, il renferme des cadeaux que vous recevez et que vous recevrez au fur et à mesure que vous en aurez de besoin. Merci pour tout, merci pour vos prières. Merci au nom de tous ceux qui apprendront un métier. Vous pouvez être sûrs que le Seigneur ne se laisse jamais gagner en générosité, c’est pour cela que je n’ai pas peur de vous dire que ce merci est comme une boîte qui renferme des cadeaux extraordinaires.
La semaine dernière, j’ai décidé d’enlever la chambre près de la sacristie et faire une petite chapelle. Je sentais le besoin de faire cela car, dans la sacristie, il y a toujours un va et vient. Les gens parlent et j’ai beau leur dire de se taire, c’est plus fort qu’eux. Je sens le besoin de me recueillir avant la messe. Vous verrez cette chapelle sur le prochain vidéo.
Presque tout le mois de juillet, j’annonçais dans l’église que nous allions célébrer le premier vendredi du mois. Nous avons commencé en juillet mais il n’est pas venu beaucoup de monde. J’annonçais que le vendredi 4 août, j’allais confesser de 6 heures à 8 :30 a. m et qu’après je confesserais jusqu’à 9 :30 les gens qui allaient venir des villages environnants.
Ce matin là, je me suis levé à 4 heures pour avoir le temps de dire mon bréviaire et aussi de prendre du temps pour prier. A 5 :30 heures du matin, j’ai sonné les cloches de l’église et je suis allé ouvrir les portes. Imaginez-vous, qu’il y avait des gens qui attendaient. J’ai commencé tout de suite à confesser. Je confessais dans la petite chapelle que j’ai préparée. A 6 heures 30, une dame me dit qu’il y avait au moins 50 personnes. A 7 heures 30, je décide d’aller voir et, c’était vrai, je n’avais jamais vu tant de monde qui attendaient pour se confesser, même pas à Chalatenango qui est une grande ville.
J’ai demandé aux gens, de dire seulement les péchés et que, s’ils avaient besoin de direction spirituelle, je serais disponible plus tard. Les gens ont respecté cette demande. Après, on m’a raconté que les gens espéraient qu’ils ne viendraient personne des villages parce que la file était vraiment trop longue et que je devrais arrêter de confesser les gens de Citalá. Mais non, deux personnes seulement sont venues des villages. Heureusement, et moi aussi j’étais content.
Quand je suis sorti du confessionnal pour parler aux gens et, qu’après je suis rentré, j’étais en train de donner l’absolution à une personne qui ne s’était pas confessée depuis 20 ans. Je me suis senti bien ému parce que, depuis le matin, je confessais des gens qui ne s’étaient pas confessés depuis 3 – 5 – 10 – 15 et 20 ans. J’ai compris que les gens de Citalá changeraient parce que tous veulent vivre leur premier vendredi du mois. Je me disais que, si autant de gens se confessent tous les mois, c’est certain que Citalá ne sera plus le même village. Quand une personne reçoit l’absolution et qu’elle pleure, c’est là que je vois que c’est vraiment Jésus qui pardonne, parce que la personne se sent libérée.
En plus, j’étais ému, parce que c’était la fête du Saint Curé d’Ars, mon patron et j’étais sûr qu’au même moment que je confessais, je recevais cette grâce de la confession. Quand des gens ne sont pas confessés depuis 20 ans et que, maintenant, ils ont l’intention de se confesser tous les mois, cela me réjouit.
Le matin du 4 août, j’ai confessé de 5 :30 a.m. jusqu’à 10 heures 15 minutes. J’ai célébré la messe et j’ai confessé jusqu’à midi. Je suis allé dîner dans une famille et j’ai recommencé à 1 heures jusqu’à 2 heures de l’après-midi. A 2 heures, je donnais l’onction des malades. Des personnes bénévoles ont accepté d’aller chercher les malades dans leur maison. Il y avait au moins 40 personnes qui sont venues recevoir le sacrement de l’Onction des malades. Tous n’avaient pas de graves maladies mais tous avaient certains problèmes de santé qui les préoccupaient.
Ce que j’ai vécu ces jours-ci, je sais que c’est un cadeau du Sacré Cœur de Jésus. Je ne comprends pas beaucoup parce que je n’ai jamais vraiment eu une grande dévotion au Sacré Cœur mais je crois que le Seigneur voit que je veux faire le plus possible pour que les gens s’approchent de Jésus. C’est pour cela que je vois que c’est vraiment un cadeau du Sacré Cœur de Jésus. C’est aussi un cadeau de Maríe Auxiliatrice parce que Don Bosco disait ; « Parle de Maríe, fais-là connaître, et tu ne pourras plus compter les miracles qu’elle fera ». En ce jour du 4 août, c’est vraiment un miracle que nous avons vécu.
Vous savez, ici, la pratique religieuse est peut-être beaucoup plus grande qu’au Québec mais cela ne veut pas dire que la foi est plus grande. Hier le 5 août, je suis allé dans le village de San Lorenzo pour célébrer la messe. Je suis arrivé une heure avant la messe. Les gens commençaient à arriver et, si vous verriez, les gens parlent de n’importe quoi, ça rit, ça mâche de la gomme. Durant la messe, si quelqu’un arrive en retard, il commence à saluer tout le monde et quelquefois il salue à voix haute. Hier, je donnais la communion et, tout près de moi, les gens parlaient comme s’ils avaient été dans une salle paroissiale. J’ai arrêté et je leur ai demandé de se taire. Ici, au El Salvador, c’est ce que je trouve le plus dur. Il n’y a jamais de silence dans l’église et c’est pour cela que j’ai décidé de faire une petite chapelle à part. Mais je peux vous dire. et les gens le disent aussi, il y a beaucoup d’amélioration à Citalá.
Ici, il y a près de 100 enfants qui reçoivent la catéchèse. Elle se donne dans l’église et je ne trouve pas cela normal. L’église doit être un lieu de prière et de silence. Les enfants courent, passent devant le Saint-Sacrement et je crois qu’ils ne savent même pas ce qu’ils font. Ce matin, après la messe, j’ai eu une rencontre avec la chorale. Plusieurs sont en train de suivre des cours de guitare. Je leur ai dit que je leur défendais d’avoir ces cours dans l’église comme ils l’ont fait la semaine dernière. Aujourd’hui, je suis allé à San Miguel de Mercedes et on pensait que je reviendrais vers 6 heures. Je suis revenu à trois heures et j’ai vu que le cours de guitare se donnait encore une fois dans l’église. Je leur ai dit de quitter tout de suite l’église. Alors, j’ai un projet qui serait soutenu par Mission El Salvador : louer une maison. Il y en a une qui est à louer à 150.00$ par mois. C’est assez cher mais elle est tout près de l’église. Elle est assez grande pour avoir différentes activités. Je serais d’accord que la catéchèse se donne dans l’église pour les enfants qui feront la première communion en octobre. Mais les catéchistes devront leur enseigner le respect.
Aujourd’hui le 6 août, c’est la fête patronale du El Salvador. Tout le monde était en vacances durant cette semaine. Les gens ont deux semaines de vacances par année. En plus de celle-ci, ils ont des vacances durant toute la semaine sainte. Depuis jeudi, 6 jeunes sont venus de San Miguel de Mercedes. Hier soir, je les ai amené manger un hamburger. Comme le repas tardait, deux des jeunes se sont disputés et le plus fort a donné un petit coup de poing dans la face de l’autre. Alors, celui-ci était bien fâché. Il a décidé qu’il ne mangerait pas. Je lui ai dit : « Tant mieux, nous en aurons plus ». Je l’ai laissé faire, nous avons partagé son repas et je ne lui ai pas offert autre chose. Ce jeune-là est un jeune qui a des problèmes, il a 12 ans, il se fâche rapidement et il est agressif, etc…
A un moment donné, je le regardais et j’ai eu de la compassion pour lui. Ses parents sont séparés. Je ne crois pas que sa mère l’aime ou, si elle l’aime, elle l’aime mal parce qu’elle passe son temps à le disputer, à le punir. Pour elle, c’est toujours lui qui est le coupable. Sa mère part quelquefois pendant deux ou trois jours dans la capitale pour essayer de gagner de l’argent. C’est lui qui doit s’occuper des 5 autres enfants plus jeunes que lui. Elle vit avec un autre homme qui boit et est très agressif. Au restaurant, je le regardais et je sentais que je l’aimais. En arrivant à la maison, les jeunes ont décidé d’aller jouer avec le ballon dans le parc mais, lui, n’a pas voulu. Je l’ai invité à venir s’asseoir avec moi dans le hamac. Il a commencé à changer et j’ai compris que, cet enfant, on ne le changera jamais avec la violence mais il changera quand il sentira qu’il est aimé.
Parfois, nous vivons des moments où nous sentons que nous ne sommes pas aimés, même pas du Seigneur, en raison peut-être d’un passé douloureux. Mais, si nous regardons en arrière, on peut voir que nous sommes vraiment aimés de Dieu. A chaque moment de notre vie, le Seigneur nous montre qu’on est aimé de lui. On a des cicatrices d’amour plein le corps. Jésus et Maríe sont toujours à côté de nous pour nous empêcher d’être grugés par le mal. C’est le mal qui nous empêche de voir jusqu’à quel point nous sommes aimés. En parlant de cicatrice, il me vient à l’esprit une histoire vraie. Cela s’est passé aux Etats-Unis : une famille décide d’aller passer, une fin de semaine sur le bord de la mer. Ils ont loué un chalet et, tout près, il y avait un étang qui communiquait avec la mer. Un jour, après le dîner, le petit garçon de 8 ans décide d’aller se baigner. Sa mère le surveillait par la fenêtre et, tout à coup, elle voit un crocodile qui s’approchait. Elle sort en courant pour sauver son enfant et, en arrivant sur le bord de l’étang, elle donne la main à son enfant mais, au même moment, le crocodile attrape son enfant par les pieds. La mère le tirait de toutes ses forces et le crocodile de son bord essayait aussi de manger l’enfant. Un homme qui passait par là a entendu les cris et sort son fusil et tue l’animal. L’enfant a été amené à l’hôpital et, grâce aux bons soins des médecins, il a pu marcher de nouveau. Un jour, un journaliste est entré dans sa chambre d’hôpital et a demandé à l’enfant de lui montrer ses plaies que le crocodile lui avait faites. L’enfant les lui a montrées et lui a dit : « Il y a d’autres plaies que vous devez voir, ce sont celles-ci » : il a relevé les manches de sa chemise et a dit : « Ces plaies-là, c’est ma mère qui me les a faites avec ses ongles en voulant me sauver la vie et ce sont ces plaies-là que j’aime le plus ».
Nous aussi, nous avons des plaies qui ont été faites à cause de nos péchés. Mais il y a aussi des plaies d’amour. C’est Maríe qui nous les a faites en tentant de nous tirer des griffes du démon. Ce sont ces plaies-là, que nous devons regarder le plus souvent. Les autres plaies, elles se cicatrisent à cause du pardon reçu de Jésus. Il faut arrêter de regarder les plaies du crocodile et regarder les autres plaies, les aimer et les offrir.
Ici, depuis mon arrivée, il y a beaucoup de choses que j’ai dû changer. Vous savez que, dans une paroisse, lorsque il n’y a pas de prêtres, les gens font ce qu’ils veulent et ce qu’ils peuvent. Il y avait des choses dans la liturgie qui n’étaient pas acceptables. Peu à peu, je change ces choses-là et j’essaie d’être fidèle à ce que l’Église nous demande. Ils ne comprennent pas toujours le pourquoi mais je leur lis le texte à partir des documents de l’Église et ils acceptent alors sans bougonner. En plus, après la messe, on recueillait un sac plein de déchets : cannettes, gommes à mâcher, sacs de chips, etc… Aujourd’hui, on a plus ce problème.
Aujourd’hui, je réfléchissais et je rendais grâces au Seigneur pour la formation que j’ai reçue à Ars. Je crois que c’est le plus beau cadeau que j’ai reçu d’Ars. Si je forge ma liturgie, je ne crois pas que cela transformera les gens mais, si je suis fidèle à ce que l’Église me demande, même si la liturgie est simple, elle transformera les gens.
En terminant, je voudrais vous remettre un cadeau dans cette lettre. C’est une belle petite boîte bien emballée et, quand vous l’ouvrirez, elle sera pleine de « MERCIS » qui seront des bénédictions du Seigneur. Dans les moments les plus difficiles, allez chercher un « MERCI ». Ce qui est merveilleux, c’est que la boîte ne se videra jamais.
Je vous bénis de tout cœur,
Réjean,
Casa parroquial,
Citalá, Chalatenango
Salvador. C.A.
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