Bonjour à tous
Citalá, El Salvador
Le 30 octobre 2006

Réjean LachanceC'est une joie pour moi de m’arrêter encore pour vous donner des nouvelles qui sont bonnes. J’espère que vous allez bien et que la santé est bonne. Ici, pour ma part, tout va bien, ça ne roule pas toujours comme dans la graisse de beans mais je peux dire que tout va bien et que je suis heureux. Il s’est passé beaucoup de choses depuis ma dernière lettre circulaire. La première, c’est que nous avons reçu les reliques de Sainte Marguerite-Maríe le 29 août à 4 heures de l’après-midi et jusqu’à midi le lendemain. Cela faisait deux mois que nous préparions cette rencontre. Les gens le désiraient et c’est pour cela qu’il est venu beaucoup de monde. 5 policiers accompagnaient la relique. Le même soir, à 6 heures, j’ai célébré la messe du Sacré-Cœur et, jusqu’à minuit, il y a eu une soirée de prières. Pendant ce temps-là, je n’ai pas arrêté de confesser.

Le vendredi suivant, c’était le premier vendredi du mois. J’avais dit aux gens que j’ouvrirais l’église à 5 heures et que je confesserais jusqu’à la messe de 11 heures. A 4 :30, j’étais dans l’église et il y avait des gens qui attendaient à la porte pour être les premiers à se confesser. J’ai ouvert la porte à 4 :45 du matin et il y avait au moins une bonne quinzaine de personnes qui attendaient. Si je vous dis cela, c’est pour donner un témoignage de ce que fait le Sacré-Cœur de Jésus dans ma paroisse. Cette journée-là, il y a eu au moins de 20 à 25 personnes qui ne s’étaient pas confessés depuis de 2 à 5 ans. Je me réjouissais beaucoup parce que je savais que ces gens-là reviendraient à l’église tous les dimanches. Mon rêve n’est pas tant de remplir l’église seulement pour la remplir, mais que ces gens-là soient de bons chrétiens dans leur milieu. C’est comme cela que la paroisse sera changée. Elle sera changée par le témoignage des gens.

Le 24 septembre, jour de la fête de Notre-Dame de la Merci, 32 enfants ont fait la première communion. Une semaine avant, je leur ai passé un examen à la manière du Père Frost au séminaire. Les enfants étaient vraiment nerveux. J’avais préparé 11 questions que j’ai mises dans un plat différent. Les enfants venaient et choisissaient 5 questions à laquelle ils devaient répondre. Quand l’enfant arrivait à la table des questions, je leur donnais un verre de Pepsi et un biscuit. Malheureusement, je n’avais pas un bon thé anglais, ni les bons biscuits du Père Frost. Les enfants se calmaient un peu. Il y en avait quelques-uns qui tremblaient, un autre a pleuré. C’était des questions faciles mais ils devaient les savoir. L’enfant qui a eu le moins a eu 8 sur 10. Je me revoyais en eux. Ils faisaient exactement ce que je faisais. Avant de passer l’examen, je me promenais dehors et je revoyais mes notes. Après l’examen, un gros poids était tombé. J’étais heureux de voir les enfants car, après l’examen, ils étaient comme des veaux qu’on sort de l’étable au printemps.

Le 23 septembre, je les ai tous confessés. Je vous assure que j’ai été bouleversé, vraiment bouleversé. Sur les 32 enfants entre 9 et 12 ans, il y en avait au moins 20 qui parfois voient à la télévision des films pornos. En même temps, c’était beau parce qu’il disaient qu’ils ne voulaient plus voir ça car ils avaient perdu la paix. Des enfants pleuraient après la confession car ils se sentaient libérés. Ici pour ceux qui ont le câble et, presque tous l’ont maintenant, à 9 heures du soir, il y a toujours un film pornographique. Parfois, paraît-il, que ça commence à 8 heures. Le conseil économique de la paroisse m’avait fait posé le câble. Je l’ai eu trois jours et je leur ai demandé de le faire déconnecter. Un dimanche à la messe et, cela avant les confessions, j’ai averti les parents du danger. Quelques-uns ont fait déconnecter le câble.

Depuis mon arrivée comme curé à Citalá, j’avais une préoccupation. Je me disais. «Comment est-ce que des catholiques peuvent envoyer leurs enfants à un collège adventiste?» Je ne trouvais pas cela normal du tout. Un paroissien, Don Cruz, envoie deux de ses enfants là-bas. Plusieurs fois à l’homélie, je disais quelques mots sur cela. Je leur disais qu’il existait un collège catholique à La Palma et que ce serait bon d’envoyer leurs enfants là-bas s’ils ne voulaient pas les envoyer à l’école publique. Je leur disais que leur enfant serait bientôt tout mélangé. Je leur disais que, là-bas, on leur enseigne leur doctrine et c’est normal, car c’est un collège protestant.

Quand je parle de Marie, je leur dis l’importance que leur enfant porte une médaille de Marie, car le démon a peur de Marie. L’autre jour, un enfant de 8 ans portait sa médaille et le professeur au collège protestant lui a demandé de l’enlever. L’enfant a dit « non ». Alors, le professeur l’a envoyé à la direction. Il y a des gens qui commencent à dire que je n’aime pas l’école publique. Je leur réponds : « Cela n’est pas vrai mais, comme pasteur, c’est mon devoir d’être contre le fait que des parents catholiques envoient leurs enfants à un collège protestant ». Dimanche dernier, j’ai parlé pas mal sévèrement de cela. Le même jour, dans l’après-midi, Don Cruz est venu me voir pour savoir ce qu’il devait faire. Il me disait : « Je veux ce qu’il y a de mieux pour mes enfants. Ils apprennent mieux qu’à l’école publique, etc… » A la fin, je lui ai dit : « Est-ce vraiment cela qui est le mieux ? Est-ce vraiment mieux pour eux de les envoyer dans un collège protestant? »

Le même soir, j’ai téléphoné à Don Cruz et je lui ai dit que, demain matin, j’irais au collège de La Palma et j’invitais son fils Miguel, qui est mon filleul. Don Cruz est venu aussi et Miguel était très fâché car il ne voulait pas y aller. Il voulait continuer ses études au collège protestant. On est arrivé au collège des sœurs avant les classes. Il y avait plusieurs enfants d’arriver et les enfants lui ont fait visiter les classes. Il était emballé et il a joué au ballon avec eux. Maintenant, il dit qu’il va parler à tous les enfants catholiques qui vont au collège protestant pour leur dire d’aller à La Palma.

Le 7 octobre, en la fête de Notre-Dame du Rosaire, Monseigneur Alas est venu confirmer 112 jeunes. Le 16 septembre, il y avait une retraite pour les parents et les parrains de ceux qui allaient être confirmés. Il y avait près de 150 personnes. Nous avons commencé à 8 heures et tout s’est terminé avec la messe de 2 heures de l’après-midi. De 8 heures du matin jusqu’à une heure, j’ai confessé sans arrêt. Je peux vous dire, sans craindre de me tromper, que 90% des gens ne s’étaient pas confessés depuis des années.

Le 5 octobre, j’ai fait le tour des villages pour confesser tous ces jeunes. Je suis arrivé à 7 :30 heures a.m. à Los Planes, puis je suis allé à Lagunetas, à San Ramón, à El Llano de la Virgen, et j’ai terminé à San Lorenzo vers 5 heures. Avant les confessions, je parlais une quinzaine de minutes au groupe et je leur offrais de faire une confession générale. Je leur expliquais que, si un jour ils avaient caché un péché, c’était le temps de le dire. Que Jésus leur pardonnerait les péchés de toute leur vie. Sur les 112 jeunes, il y en a au moins une bonne trentaine qui ont voulu faire une confession générale. Ils disaient que depuis qu’ils étaient tout petits, ils avaient caché un péché parce qu’ils avaient honte de le dire et que, maintenant, ils ne pouvaient plus garder cela dans leur cœur. Un jeune de 15 ans m’a beaucoup touché car il a fait une confession générale avec une telle humilité que j’en avais les larmes aux yeux. Il me disait : « Si tu savais comment je veux aimer Jésus. Je veux le faire connaître, je veux parler de Lui, je veux un jour prêcher. J’ai le goût de devenir un prêtre ». Je n’oublierai jamais le visage de ce jeune. Après la confession, il rayonnait et je me disais : « C’est vrai le sacrement du pardon, c’est vrai que ce sacrement est une libération qui vient de Jésus ».

Le lendemain, 6 octobre, c’était le premier vendredi du mois. A 4:20 a.m. j’étais en train de dire mon bréviaire dans l’église. J’entendais des voix dehors. J’ai terminé de prier et puis j’ai ouvert l’Église à 4 :45 a.m. Il y avait plein de monde qui attendait. Ce matin là, j’ai eu plein de joie. Un monsieur ne s’était pas confessé depuis 50 ans. Il venait et voulait vivre les premiers vendredis du mois. Un autre monsieur, un ami depuis longtemps, ne s’était pas confessé depuis le jour de son mariage. Il s’était séparé avec sa femme, il a vécu avec une autre pendant plusieurs années. Quand je l’ai vu entrer, j’étais heureux de le voir. Il a 81 ans. Ça faisait 32 ans qu’il ne s’était pas confessé. Quand je lui ai donné l’absolution, il pleurait de joie parce qu’il a fait une confession générale et je lui disais que son âme était blanche comme le jour de son baptême. Depuis ce jour, il vient à la messe presque à tous les jours. Dans l’après-midi, j’ai confessé les 22 jeunes de Citalá qui allaient être confirmés le lendemain.

Je vous avais déjà parlé que je voulais former des ministres extraordinaires de la communion. Alors, depuis quelques temps, j’en avais choisi un ou deux de chaque village. Après la confirmation, nous avons tous dîné avec Monseigneur. Ils ont pu lui poser toutes sortes de questions et Monseigneur a pris le temps d’y répondre. Tous les gens étaient vraiment contents. Le 11 novembre, nous commencerons la formation à La Palma chez les sœurs. Comme je parlais dans chaque village de la confession générale, ils ont tous eu la même idée de faire une confession générale avant de commencer à se former. Ils viendront tous coucher ici le vendredi pour faire une confession générale. Ils seront 12. Après la formation qui durera quelques mois, ils seront institués ministres extraordinaires de la Communion par Monseigneur. Nous le ferons un dimanche pour que ce soit une fête. Le ministre extraordinaire de la communion pourra venir chercher le Saint-Sacrement ici à Citalá le samedi pour que les gens puissent communier le dimanche. Il faudra se trouver 11 petits ciboires parce que je ne veux pas que les gens emportent le Saint Sacrement dans des boites de plastiques comme cela se faisait avant.

Le 25 novembre, nous ferons un Pèlerinage sur les pas de Monseigneur Romero. Nous partirons à 6 heures le matin et, à 9 heures, je célèbrerai la messe dans la chapelle où Monseigneur Romero a été tué. Puis nous visiterons la petite maison où il a vécu, sur le terrain de l’Hôpital des Cancéreux. Ensuite, nous irons à la UCA, là où les 6 prêtres Jésuites, la cuisinière et sa fille ont été tués. Je ne connais pas cet endroit. Dans l’après-midi, nous irons à la Cathédrale, là où repose le corps de Monseigneur Romero.

J’avais fait 50 billets pour un autobus. Je pensais que je ne pourrais pas les vendre tous. J’ai été obligé d’en refaire 50 autres pour un deuxième autobus. Maintenant, le deuxième autobus est plein à craquer et beaucoup de gens retardataires veulent y aller. Alors, on aura un troisième autobus, mais pas plus. Pour chaque autobus, il y aura un responsable. Quand j’ai téléphoné pour l’autobus, le monsieur me demandait 120.00$ aller et retour. Nous ne voulons pas faire de l’argent avec cela. Alors le prix du billet pour chaque personne est de 2,50$ aller et retour. Mais, il y a toujours un mais : le monsieur ne veut plus maintenant faire le voyage parce que nous devrons aller dans le centre-ville de San Salvador. Il a peur parce que c’est dangereux. Alors, j’ai cherché un autre autobus, mais le monsieur nous demande 160.00$. Ce qui fait que le prix du billet ne sera plus de 2,50$ par personne mais de 3,50$. Mais, comme les gens ont payé, je devrai moi-même débourser 40.00$ par autobus. Ce n’est pas grave car mon désir est que beaucoup de gens viennent avec nous. Ici, vous savez, Monseigneur Romero n’est pas aimé par plusieurs personnes, surtout par ceux qui sont du côté du Gouvernement actuel. Il pense que Monseigneur Romero était communiste, guérillero, etc…

Au mois de septembre, je disais au Conseil Économique que j’aimerais avoir deux micros sans fil pour pouvoir dire le chapelet tous les jours avant la messe. La façon dont les gens disaient le chapelet ne me plaisait pas du tout. Ils le disaient vraiment trop vite. Les litanies ça déboulait. Ceux qui disaient le « Je vous salue Maríe » parlaient presque tout bas et on entendait presque rien. C’est pour cela que je voulais avoir deux micros sans fil : un micro pour la personne qui dira le chapelet et l’autre pour moi qui répondra plus lentement. Le Conseil se réunit tous les jeudis soirs et, le lendemain vendredi, ma sœur Nicole m’appelle pour me dire qu’un monsieur avait donné un bon montant d’argent pour les ateliers de couture et de ceinture. Alors, j’ai dit à Nicole de lui téléphoner pour lui demander s’il acceptait qu’une partie de l’argent serve pour les micros. La même journée je crois, un autre monsieur a donné généreusement et avec cela nous avons acheté deux hauts parleurs que nous avons mis dans la tour de l’église. J’avais tout filmé cela, mais ma caméra est K-poutte. Tous les soirs à 5:30, nous récitons le chapelet. Je trouve cela vraiment important que dans chaque paroisse, il y ait le chapelet. Je suis sûr que cela apporte beaucoup de bénédictions. Malheureusement, environ 25 personnes seulement viennent pour le chapelet et une bonne cinquantaine pour la messe de tous les jours.

Depuis des mois, je pensais former un petit groupe d’enfants qui viendraient prier une fois par semaine. On se réunirait pour partager l’Evangile et prier Maríe Auxiliatrice. Cette semaine, il est venu un groupe d’enfants et je leur ai parlé de cela. Je leur ai demandé de ne pas me donner une réponse tout de suite mais plutôt le lendemain. Hier soir, ils sont revenus et m’ont dit « oui ». Alors le petit groupe s’appellera « Foi et compassion ». Foi en Jésus et Marie et Compassion pour les autres. Alors, si vous avez des intentions de prières, vous pourrez nous les envoyer, ou bien, venir les porter vous-mêmes… C’est bien curieux car, tous ces jeunes moins un, sont les frères des autres jeunes que j’avais avant d’aller au Séminaire d’Ars. Vous vous rappelez que je vous avais dit que je peinturais un local en haut complètement du presbytère. C’était un local de débarras. Ici, je n’aime pas ces locaux de débarras. Nous en avons besoin mais ce local doit être propre sinon il se remplit de grosses coquerelles d’au moins 4 pouces de long. Je suis sûr que mon frère Fernand sait que je ne mens pas. Alors, ce local servira de petite chapelle.

Dans chaque village où je vais, nous avons maintenant des enfants de chœur. Don Cruz m’a donné 24 verges de tissus blancs pour faire des aubes. Une dame me fait les aubes gratuitement. Environ une bonne quarantaine car, dans chaque village, il y a au moins 4 enfants qui sont enfants de chœur. Je trouve cela très important car, le Pape Jean-Paul II, dans sa lettre aux prêtres en 2004, disait qu’avoir des servants de messe dans une paroisse est une source de vocation, et j’y crois.

Ici, depuis plus de 50 ans, il y a un problème à Citalá. Nous voulons faire une salle paroissiale qui serait un deuxième étage au-dessus de la petite salle que nous avons présentement. A partir de janvier prochain, la formation ne se donnera plus à La Palma mais ici à Citalá. Nous pouvons avoir de l’aide de l’Allemagne d’un groupe qui s’appelle Adveniat. Le problème, c’est que pour tout le terrain et même l’église, nous n’avons pas les papiers qui disent que tout cela appartient au diocèse. Un curé, et cela fait environ 50 ans, a voulu avoir ces papiers car, comme vous le savez, toutes les églises doivent être au nom du diocèse. Pour avoir ce papier, le maire doit donner le titre légal. Le maire du temps a voulu faire cela mais il a été menacé de mort de même que le curé. Depuis aucun prêtre n’a eu le courage d’aller jusqu’au bout.

Depuis mon arrivée, je veux faire cela mais le maire a peur. L’autre jour, nous avons eu une réunion avec tous les gens qui voulaient venir. Quand nous avons commencé à parler de cela, plusieurs personnes ont protesté en disant que je voulais maintenant vendre l’église. Que l’église n’est pas à vendre, que l’église appartient au peuple de Citalá, etc. Pas moyen d’expliquer quoi que ce soit. Les gens sont sortis agressifs. Mais je leur ai dit que j’irais jusqu’au bout et que nous aurions ces papiers et l’église serait au nom du diocèse. Nous avons maintenant un document officiel du gouvernement qui dit que tous les biens de l’église peuvent être mis au nom du diocèse. Monseigneur Alas a dit que cela ne s’est jamais vu dans le monde entier.

Il y a un mois, à une réunion de prêtres à Chalatenango, un groupe de personnes sont venus nous parler. Ils voulaient nous remettre une petite banque en forme de maison. C’était dans le but de prier pour le El Salvador. Car, dans notre pays, la violence augmente de plus en plus. On nous demandait de remettre cela à nos paroissiens et leur demander de donner quelque chose. La petite banque en forme de maison, n’est pas pour mettre de l’argent dedans, mais bien plutôt pour mettre des intentions de prières. Ce sont des religieuses Carmélites qui ont construit leur maison dans le milieu le plus violent de la Capitale. L’offrande sera pour les aider à terminer cette maison. Je me suis dit que j’accepterais d’en prendre 25. Je me demandais comment remettre cela aux gens et comment les intéresser à mettre à l’intérieur des intentions de prières.

Puis, il m’est venu une idée et j’ai pensé qu’elle était d’un génie, mais non, elle venait j’en suis sûr du Seigneur. Le 8 - 9 - 10 novembre, nous aurons les 40 heures. Ce qui veut dire que le Saint-Sacrement sera exposé jour et nuit pendant 40 heures. L’idée de génie, c’est que les gens apportent leur petite maison et nous allons la mettre devant le Saint-Sacrement. Après avoir eu cette idée, j’ai redemandé 25 autres petites maisons. Le dimanche suivant, j’ai parlé de cela aux gens dans l’église et toutes les petites maisons sont parties comme des petits pains chauds. Alors, j’ai téléphoné aux religieuses et je leur en ai demandé 200 autres. Je les ai réparties dans tous les petits villages. La semaine dernière, je voulais en avoir 200 autres de plus mais elles en avaient seulement 86. Je suis donc allé les chercher.

Je dis aux gens et, ce que je dis, je le crois. Les gens peuvent demander quoi que ce soit, ils seront exaucés mais, bien sûr, tout dépend de la foi qu’ils ont. Plusieurs personnes me disaient qu’elles ne savaient pas lire et encore moins écrire. Je leur ai dit que cela n’était pas un problème. Je leur ai dit : « Prenez un papier, dites aux Seigneur votre intention puis, sur le papier, faites une ligne comme si vous étiez en train d’écrire votre demande. Le Seigneur sait lire cela. Les gens étaient contents. Je vous assure que cela sera très beau de voir plus de 350 petites maisons devant le Saint-Sacrement. Il y aura une petite boîte où les gens pourront mettre leurs offrandes. Après les 40 heures, j’irai porter les maisons et les offrandes aux religieuses.

Tous les 3e dimanche du mois, il y a un camion qui va jusqu’à Lagunetas pour chercher les gens qui attendent au bord du chemin pour venir à la messe. Ce sont les gens des petits villages qui sont loin. Le camion demande 1.00$ par personne aller et retour. L’autobus demande 1,60$ pour un aller seulement. Comme il vient beaucoup de monde ce dimanche-là, l’église était pleine. Il y avait beaucoup de monde debout. Alors, j’ai décidé que ce 3e dimanche du mois, il y aurait une première messe à 6 heures le matin et, l’autre messe, comme d’habitude à 8 :30 heures a.m. Comme cela, les gens des villages seront bien contents.

L’autre jour, je suis allé à Chaguitón pour célébrer la messe. Beaucoup de gens de El Socorro sont venus. Je disais à un jeune : « Je trouve cela beau que vous veniez à la messe ici. Il me répond : « Ce serait péché de ne pas venir à la messe quand il y a une messe si près de chez-nous ». Je n’ai rien dit mais je trouvais cela beau. Quand je fais ce trajet avec les gens, nous devons marcher 2 heures pour arriver à El Socorro et je vous assure que ce n’est pas facile. Au mois de février, le maire a fait construire une route. Aujourd’hui, ce n’est plus une route. Les pluies de l’hiver l’ont emportée. Ils ont dépensé des milliers de dollars pour faire cela mais, comme c’est très mal fait, ça ne dure pas. A beaucoup d’endroits, ils ont fait du remplissage mais l’eau a tout emporté. Le maire actuel a promis de la réparer. J’ai bien hâte car je pourrai y aller en pick-up. Mais il ne faudra pas manquer de frein parce que je me ramasserais très très bas dans le précipice. J’aimerais beaucoup voir les visages de mes frères et sœurs ; Denis, Marina, Gaétan et Fernand dans ce chemin. Je pourrais les filmer et ce serait un film comique qui se vendrait dans le monde entier. Nicole passerait une couple de semaines à rêver au précipice.

Vous savez, ici le Seigneur fait des merveilles dans les cœurs et dans les familles. Mais n’allez pas croire que tous les gens sont de bons pratiquants. Ici, il y a de grandes langues d’au moins un kilomètre de long. Les gens se détruisent parfois entrent eux. Leur langue contient plus de venin que celle d’un serpent. L’autre jour, un serpent venimeux est entré dans une maison. La dame dormait dans son lit. Le serpent l’a piqué mais c’est le serpent qui est mort, à cause du venin de cette dame.

Il y a des choses qui sont tristes et, tout cela, à cause de l’émigration. A toutes les semaines, beaucoup de personnes s’en vont aux Etats-Unis. Le plus triste, c’est que beaucoup de pères de famille s’en vont. Ils s’en vont dans le but de sortir de la misère mais la misère est mille fois plus grande. Ici, les gens qui travaillent pour FOVIAL, (c’est comme la voirie au Québec) commencent à 7 heures le matin et terminent à 4 heures de l’après-midi et gagnent 5.00$ par jour. Je vous assure que pour un père de famille, cela n’est pas suffisant, pour un jeune non plus. Alors, ils s’en vont aux Etats-Unis. Maintenant, un coyote (celui qui fait passer la frontière illégalement) demande 7,500.00$ à 8,000.00$. Le père de famille doit travailler fort aux Etats-Unis pour réussir à payer la dette, envoyer de l’argent à sa famille, payer toutes les dépenses de chaque jour. En plus, il sait très bien que maintenant aux Etats-Unis, pour être légal, il lui faudra au moins entre 10 et 15 ans, s’il est chanceux. Alors, peu à peu, il se forme une nouvelle famille et, celle d’ici, est oubliée.

L’an dernier, un monsieur de Citalá est parti pour les Etats-Unis dans le but de se sortir de la misère. Ils ont 4 enfants. Le plus vieux a 13 ans et la plus jeune a 3 ans. Le monsieur, dernièrement, a téléphoné à sa femme pour lui dire qu’il reviendrait en décembre mais pas pour reprendre avec sa femme et ses enfants mais avec une autre. Alors, qu’est-ce qui se passe ? Ce sont des femmes et des enfants qui pleurent. Maintenant, le plus vieux est révolté, agressif. Il a une tristesse en lui. Le problème ne s’arrête pas seulement là. Beaucoup de jeunes aux Etats-Unis, envoient de l’argent aux parents ou beaucoup de pères envoient de l’argent à leurs enfants. Alors, beaucoup de jeunes ne veulent plus travailler parce qu’ils savent qu’un chèque arrivera à chaque mois.

Mais, il y a un problème encore plus grave peut-être. Tous ces enfants abandonnés, tous ces jeunes qui se révoltent à cause de l’abandon, sont aptes pour entrer dans une « gang ». Ici, il y a 35,000 à 40,000 jeunes qui appartiennent à des gangs. C’est assez grave parce qu’ils sont des criminels. Au El Salvador, il y a entre 10 et 15 meurtres par jour, en moyenne. Dans la capitale et dans les grandes villes, ces jeunes exigent un montant d’argent chaque semaine à chaque commerce, à chaque propriétaire d’autobus. Si la personne ne veut pas donner, elle va mourir. Le Seigneur m’a placé dans ce monde de misère. C’est dans ce monde de misère que je dois montrer la bonté, la miséricorde du Seigneur. C’est dans ce monde de misère que je peux m’émerveiller car, là où la misère déborde, la bonté et la miséricorde du Seigneur est encore plus grande. Dieu, dans notre misère, nous tend une corde.

Je crois bien que ce sera la dernière lettre cette année. C’est un peu de bonne heure mais je veux en profiter pour vous souhaiter mes meilleurs vœux pour Noël et pour la Nouvelle Année. C’est vraiment une joie pour moi de vous partager tout ce que le Seigneur fait dans les cœurs. De vous partager aussi la misère des gens. De vous partager aussi ma misère. En sachant tout cela, vous avez maintenant une grande responsabilité : celle de prier pour moi, pasteur de ce peuple qui souffre et qui pleure. De prier pour ces gens qui ne veulent rien savoir de la conversion. Je me rappelle quand j’ai senti l’appel de venir au El Salvador, le Seigneur m’a fait comprendre que ma mission serait de consoler Jésus dans les pauvres. Comment ? En vivant la condition du pauvre, en étant un pauvre parmi les pauvres. C’est toujours cela que je veux vivre.

De mon côté, rappelez-vous que je prie pour vous tous le 13 de chaque mois. J’offre l’Eucharistie pour vous tous. Je ne peux pas tous vous nommer mais le Seigneur, Lui, vous connaît. Alors, c’est une joie pour moi aujourd’hui de vous bénir au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen.


Unions de prières, Réjean ptre
Casa Parroquial.
Citalá, Chalatenango
El Salvador. C.A.


Consulter les archives


Copyright © 2004-2026 Mission El Salvador Tous droits réservés