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Les jeunes et la foi
El Salvador
Le 14 janvier 2005
Bonjour à tous,
J’espère que vous allez bien et que la santé est bonne. Pour ma part, tout va très bien.
Comme vous le voyez, j’ai commencé à écrire cette lettre le 8 décembre et nous sommes maintenant le 14 janvier. Je n’avais pas pu la terminer, mon ordinateur était brisé. Puis vers le 17 décembre, je vais dans un Café-Internet à Chalatenango, je rentre le CD dans l’ordi, et la lettre n’était pas dans le CD. Je reviens ici, j’ouvre mon CD et la lettre y était. Je retourne dans un autre Café-Internet et la lettre n’y était pas. Puis le travail a commencé pour de bon et je n’ai pas pu envoyer la lettre avant Noël. Tout de suite après Noël, je suis allé à San Salvador, j’ai envoyé la lettre par Internet à Nicole, mais elle ne l’a jamais reçu. Je me demande qui l’a reçue, je me suis sûrement trompé d’adresse.
Du 10 au 14 janvier, nous étions en retraite. C’est Monseigneur Gregorio Rosa Chavez , Evêque Auxiliaire de San Salvador qui nous prêchait la retraite. Il a très bien connu Monseigneur Romero, alors ce fut bien intéressant. Nous étions dans un endroit formidable.
Mercredi le 12 janvier, Monseigneur Alas nous a donné les nouvelles nominations. Toute la journée du 12, je répétais : « Jésus, je t’aime, et je suis sûr de Toi ». Je l’ai dit au moins deux cents fois. Je le disais, parce que j’avais une peur terrible, je ne voulais surtout pas être une autre année avec le Padre Tulio. Je voulais par cette prière accepter d’avance la Volonté de Dieu.
Monseigneur nous a dit que le Padre Tulio irait à Chalatenango et comme il ne pouvait pas se passer de moi, j’irais avec lui. Sur le coup, je pense avoir eu une face de bœuf. J’étais tellement déçu, et je crois que tout le monde s’en est rendu compte. Monseigneur ne m’avait pas averti avant, et je l’ai appris en même temps que les autres. Après la réunion, je suis allé me coucher, et j’ai continué de dire : « Jésus, je t’aime, et je suis sûr de Toi ». Je le disais vraiment avec tout l’amour de mon cœur, parce que j’avais de la difficulté à accepter cette nomination, et pourtant, je voulais faire la Volonté de Dieu et je savais que c’était la Volonté de Dieu.
Durant la nuit, je me suis réveillé et je me suis surpris à dire : « Merci Seigneur », et je me disais : Que je suis heureux de prouver au Seigneur que je l’aime en faisant sa volonté qui n’était pas du tout ce que je désirais. Au déjeuner, Monseigneur m’a dit qu’il voulait me parler. On a marché un peu et il m’a dit : « Si tu n’avais pas embarqué dans cette aventure du sacerdoce, tu ne te promènerais pas d’une paroisse à l’autre ». Je lui ai dit : « Monseigneur, je l’accepte et je sais que je vivrai une autre expérience qui sera bonne pour moi, mais la vérité et je vais être franc avec vous, je ne voulais surtout pas être une autre année avec le Padre Tulio ». Je lui ai rappelé que je lui avais déjà dit que je me sentais mourir avec lui, parce que c’est un gros bébé qui se plaint tout le temps. Je lui disais que le Padre Tulio était toujours parti, et qu’il n’était presque jamais dans la paroisse. Je lui ai dit qu’en septembre, quand le Padre Tulio n’était pas là, j’avais visité presque tous les villages et en décembre aussi à cause des premières communions et de la confirmation, et que cela me faisait vivre. Je lui ai dit que je ne voulais pas parler en mal du Padre Tulio et que durant toute l’année tout a été bien entre nous.
Il m’a dit : « Tout ce que tu me dis est vrai, je le sais très bien. On va s’asseoir ensemble et chacun va avoir ses responsabilités. Il est possible que tu aies la responsabilité des villages, mais une journée dans la semaine, tu la passerais au bureau ». La Cathédrale fera partie de notre paroisse. Nous partirons d’ici le 22 janvier. Aujourd’hui, je suis heureux, parce que je sais que c’est la volonté de Dieu. Mais je vous assure, que cela me fait de la peine de laisser Concepción, surtout les villages. Il y avait au moins 12 jeunes qui sentaient l’appel au sacerdoce, mais le Seigneur sait ce qu’il fait et ce qu’il fait est toujours bien fait. Nous serons trois prêtres, celui qui vient d’être ordonné le 18 décembre sera avec nous. Chalatenango est la capitale du département du même nom, et c’est une ville très achalandée et a plus de 40,000 habitants. Aujourd’hui, à Comalapa, il fallait que je dise un petit mot à la messe. En premier le Padre Tulio a parlé, quand je suis venu pour parler, je ne pouvais plus prononcer un mot. Puis, je me suis calmé et j’ai remercié les gens pour leur amitié. Ici, à Concepción, je n’étais pas ému. La différence, c’est qu’à Comalapa, les gens sont beaucoup plus simples, il y a beaucoup de petits villages et les gens sont plus pauvres, et ils sont beaux à voir. Il est tellement plus facile de voir Jésus en eux.
Tous les ans, il y a le festival du hamac, parce qu’ici à Concepción Quezaltepeque et tous ses villages, c’est vraiment le coin du hamac. Dans toutes les familles on fait des hamacs. Si je vais dans un village vers 6 heures du matin, les gens sont dans la rue, ils tordent le fil avant de commencer de faire le hamac. Tous les enfants de 7 et 8 ans peuvent faire des hamacs, c’est le gagne-pain du coin. C’est pour cela que depuis environ 15 ans, il y a le festival du hamac afin de faire connaître ce produit.
Il y a aussi à la fin de chaque festival une soirée de danse, ils mettent leur gros haut-parleur collé sur le presbytère. La messe a terminé à 7 heures et à 9 heures la danse a commencé. Je sais ce qui se passe dans ces soirées de danse. Les jeunes boivent, fument et s’en vont ensemble. Je disais à l’homélie que nous devions avoir le zèle des âmes, que nous devions sentir la souffrance de Jésus parce que ce soir, des jeunes allaient perdre la pureté de leur cœur.
La danse a lieu dans la place en face de l’Eglise, tout commence vers 9 heures du soir et se termine vers trois heures du matin Ce soir-là, c’est le groupe « Three, Two, One » qui sont venus animer la soirée. Ils ont amenés avec eux deux prostituées. Dans la soirée vers 11 heures, l’animateur disait qu’ils faisaient trop chaud et invitaient les jeunes filles à enlever un morceau de vêtement. Elles ont finies par tout enlever, et l’animateur pour 1.00$ invitait les hommes à venir toucher la jeune fille. Les jeunes allaient en file toucher la jeune fille. Le Padre Tulio n’a pas voulu dormir ici à cause de la musique trop forte. Moi, j’avais décidé de rester ici. Nous, on ne savait rien de ce qui s’était passé. Le dimanche soir à la réunion, on nous a racontés cela. Les gens disaient que nous, les prêtres devions aller voir le maire, (c’est lui qui donne le permis) moi, je leur disais que c’était vrai, mais que les laïcs, les catholiques, les parents devaient aussi aller voir le maire pour se plaindre. La place était entourée d’une clôture, mais ce qui me faisait le plus mal, c’est qu’on laissait entrer les enfants à l’intérieur. Il y a des enfants de 8, 10 12 ans qui sont restés là jusqu’à 2 heures du matin et les parents dormaient dans leur lit.
Le samedi suivant, je me suis rendu compte que personne était allé trouver le maire pour se plaindre, personne de ceux qui avaient dit qu’ils iraient. Alors à l’homélie, j’ai dit aux gens que leur devoir était d’aller voir le maire pour se plaindre. S’ils ne faisaient rien, ce serait encore pire la prochaine fois. Je leur demandais s’ils allaient laisser le démon gagner une autre fois. Je leur rappelais que la semaine dernière je leur avait dit que nous devions avoir le zèle des âmes, avoir une inquiétude dans le cœur parce que des jeunes perdraient leur pureté, et ce soir-là, des jeunes, beaucoup de jeunes avaient perdu la pureté du cœur, ils avaient perdu la paix dans le cœur. Je leur disais que le maire les écouterait sûrement et que lui serait content que les laïcs enfin se lève pour dénoncer ce qui est mal.
Je disais aux parents que ce n’était pas normal de laisser leurs enfants de 8, 10, 12 ans à la danse pendant qu’eux dormaient sur leurs deux oreilles. Un enfant de 10 ans, m’a dit : « J’ai perdu la paix ». Cela a fait réfléchir les parents. Ils ont compris la gravité de leur indifférence. Je leur disais que ce même groupe irait au CEGEP la semaine suivante. Je leur demandais s’ils acceptaient d’envoyer leur jeune dans une soirée comme celle-là.
Dans la semaine suivante, le directeur du CÉGEP a téléphoné à ce groupe et leur a dit que s’ils avaient l’intention de faire la même chose qu’ils ont fait ici dans la place en face de l’Eglise, c’était mieux pour eux de ne pas venir. Quelques personnes sont allées voir le maire, mais très peu, car les gens ont encore peur de dénoncer. Le maire a promit que jamais on verrait plus quelque chose comme cela ici.
Ce même groupe va venir pour la danse la veille de la fête de l’Immaculée comme c’est la coutume. Ils avaient l’intention d’amener la prochaine fois des hommes. Mais le maire, la police vont tout surveiller nous a-t-on dit. Vous savez quand on dénonce quelque chose comme cela, on se fait un peu des ennemis, mais il faut le faire. Je sais dans mon coeur que les fidèles de notre paroisse sont les personnes que le Seigneur nous a confiés, comme les enfants ont été confiés à leurs parents. Nous sommes père de ce peuple, et il faut faire quelque chose. C’est beau d’annoncer l’Evangile, mais il faut aussi dénoncer le péché, les injustices, tout ce qui est mal. C’est notre mission à tous, c’est la mission du prophète et nous sommes tous prophètes par notre baptême.
Mercredi dernier, nous avons eu ici 143 jeunes qui ont été confirmés. Nous avons confessé chaque jeune. Une chose qui m’a beaucoup surpris et je disais au Padre Tulio que cela me préoccupait beaucoup et je me demandais si la doctrine sur la communion et la confirmation que donnaient les catéchistes était vraiment correcte. 90% des jeunes ne venaient pas à la messe et ne s’étaient pas confessé depuis leur première communion. Je ne crois pas qu’on peut administrer les sacrements de cette façon.
Ce sera la même chose pour la première communion, il y a plus de deux cents enfants qui vont faire leur première communion dans différents villages durant ce mois de décembre. La plupart des enfants ne vont jamais à la messe et il y en a qui n’ont jamais mis les pieds dans une Eglise. Ce qui fait qu’après leur première communion, ils vont revenir pour la confirmation, puis pour le mariage, puis dans leur tombe. Il y a de quoi être préoccupé et se poser des questions sur l’enseignement religieux. Ici, comme il n’a pas de catéchèse dans les écoles, les enfants viennent une heure pas semaine ici à l’Eglise.
Si j’étais responsable des catéchistes, je les suivrais de près, je suivrais de près l’enseignement qu’ils donnent. Je verrais aussi le témoignage qu’eux donnent. Il y a des catéchistes qui ne vont presque jamais à la messe dominicale, et disent aussi qu’ils n’iront jamais aux réunions de formation. Je ne crois pas qu’on a le droit de garder un catéchiste comme cela. Je disais tout cela au Padre Tulio, mais c’est lui qui est le responsable des catéchistes et c’est à lui de prendre la décision.
Un jour, il y a eu une réunion de catéchistes, le Padre Tulio ne pouvait pas y aller, alors, je suis allé. Je disais aux catéchistes que si eux, n’allaient pas à la messe, ils ne pouvaient pas être catéchistes, que s’ils ne venaient jamais à une réunion de formation, qu’ils ne pouvaient pas non plus être catéchistes. Je leur disais ce qu’ils devaient donner aux enfants, c’est une soif de Jésus. Ils doivent avoir faim de Jésus, ils doivent désirer, avoir faim de recevoir le Corps de Jésus, sinon leur enseignement n’était pas correct. Pour pouvoir donner la faim de Jésus, il faut qu’eux aient fait une rencontre personnelle avec Jésus, il faut qu’ils soient des priants. Ils faut qu’ils aiment Jésus jusqu’à être prêt de donner sa vie pour Lui.
Durant tout le mois de décembre, on confessera des enfants, je vais aller dans plusieurs villages. Il y a des villages qui ont 45 enfants. Alors j’arriverai à 8 heures, je confesserai les enfants et puis, les parents et la messe aura lieu à 3 heures de l’après-midi. La plupart des villages, c’est moi qui irai, parce que le curé aura autre chose à faire. Pour ma part, j’en suis bien content, vous voyez que le Pick-up servira beaucoup.
Il y a deux semaines, un garçon de 10 ans est venu au presbytère à 6 :30 heures du matin. La porte de ma chambre qui donne à l’extérieur était ouverte. Il a cogné et m’a dit qu’il voulait se confesser. Il m’a raconté les problèmes dans sa famille. Ses parents sont séparés, dernièrement le père est venu après avoir passé 9 ans aux Etats-Unis. Là-bas, il n’a jamais donné de nouvelles à sa famille, il n’a jamais envoyé un sous pour aider sa femme et ses trois enfants. À son retour des Etats-Unis, il leur a donné beaucoup de problèmes. Il est maintenant parti pour le Guatemala et a dit qu’il reviendrait le 24 décembre pour tuer sa femme et ses enfants. Le jeune garçon me disait : « souvent, je fais de la peine à ma mère. Je me fâche, et après cela, je me retire dans un coin tout seul et je pleure, parce que je voudrais être bon, je voudrais aimer Jésus ». Je me disais qu’un enfant qui pleure parce qu’il veut être bon pour pouvoir mieux aimer Jésus, c’est un enfant que le Seigneur appelle à quelque chose de très grand. C’est un enfant que le Seigneur appelle d’une manière toute spéciale à la sainteté. Après, je lui ai demandé ce qu’il voudrait faire plus tard. Il m’a dit : « je voudrais être prêtre ». J’en étais sûr. Je lui ai donné le petit livre de la vie de Saint Dominique Savio.
Un autre enfant de 10 ans qui va faire sa première communion est venu se confesser. Il a commencé à dire ses péchés et s’est mis à pleurer. Il ne pouvait plus s’arrêter. Il pleurait et me regardait dans les yeux, comme s’il voulait me dire : « fais quelque chose pour moi ». Il pleurait parce qu’il veut aimer Jésus et sentait qu’il ne l’aimait pas assez. Que c’est beau. Jésus au ciel ainsi que la Vierge Marie, les anges et tous les saints doivent pleurer de joie. Je me disais que cet enfant m’avait évangélisé. Je dois aussi pleurer de ne pas assez aimer Dieu.
La dame qui est Juge du Palais de Justice ici à Concepción m’a téléphoné il y a trois semaines. Elle avait près d’elle une dame qui est très pauvre. Cette dame a une petite fille de 5 ans qui ne peut pas marcher, elle veut l’envoyer à l’école. Elle a besoin d’une chaise roulante. Elle me demandais si ce serait possible de lui en procurer une. Je lui ai dit de ne pas se préoccuper qu’elle aurait sa chaise avant que l’école commence.
Il y a une semaine, le Père Marysse m’a écrit de la France et m’a dit qu’ils enverraient un autre Conteneur, qu’il était maintenant au port, qu’il devrait arriver à la fin de décembre ou au début de janvier. Hier, j’ai reçu la liste du Conteneur et je vois qu’il y aura dans le Conteneur 10 chaises roulantes. Alors, la petite fille aura sa chaise roulante. Dieu écoute le cri des pauvres. Dans le conteneur, il n’y a aucune boîte qui vient à mon nom. Alors, j’ai parlé au responsable laïc de Caritas, je lui ai demandé s’il accepterait de me donner ce que j’aurai de besoin. Il m’a dit « oui, mais nous te demanderons un petit montant pour pouvoir défrayer ce que nous devons payer pour recevoir le Conteneur ». Ce qui est très normal.
Durant la dernière moitié du mois de novembre, j’ai beaucoup confessé à cause de toutes les confirmations. Un jour, je devais me rendre dans un village pour confesser 45 jeunes. Comme le dîner n’était pas prêt, je suis parti sans manger. J’offrais la faim pour tous ces jeunes qui viendraient se confesser. J’ai réalisé une chose : c’est comme si j’étais plus disponible à la voix de l’Esprit Saint, c’est comme si les paroles me venaient et que c’était les paroles que les jeunes avaient besoin d’entendre. Je me rappelais la vie du Saint Curé d’Ars. Lui, il jeûnait souvent, il faisait des sacrifices pour les âmes, et il y avait des conversions. Quand je confesse, j’ai dans le cœur que les gens se convertissent, qu’il y ait un changement dans leur vie. Un changement profond du cœur et je crois vraiment que c’est un devoir pour nous les prêtres de porter tous nos paroissiens, tous ceux qui viennent se confesser, c’est un devoir de les porter dans la prière, mais aussi dans le sacrifice. Je crois que cela nous aide à être plus disponible à la voix de l’Esprit Saint. Il connaît les cœurs et sait ce que les gens ont besoin d’entendre. Alors, depuis ce jour, j’essaie de manger moins quand je vais confesser. Si on offre tout par amour pour Jésus, cela ne coûte pas, au contraire, c’est une joie profonde de faire faire quelque chose pour que Lui soit plus connu et plus aimé.
Il y a des moments ou je me dis : « que je suis heureux d’être prêtre. Quelle belle mission, que c’est beau de rencontrer des gens qui pleurent de ne pas aimer Dieu. Que c’est beau de rencontrer des gens qui pleurent parce qu’on leur dit que Jésus les aime. Quelle belle mission ! Cela ne veut pas dire que tout est toujours beau, que tout est facile. Non, il faut lutter, il faut se battre contre le démon qui rôde. Il faut faire des gestes d’amour, ainsi le démon est perdant.
Il y a quelques mois, les parents d’une jeune fille de 10 ans m’ont racontée leur souffrance. La jeune fille a problème de surdité. D’une oreille, elle est sourde complètement, de l’autre, elle entend environ à 65%. Etant donné qu’elle n’entend pas beaucoup, alors, elle peut parler difficilement. Des médecins de Costa Rica l’ont examiné et ont dit qu’avec une opération elle pourrait récupérer l’autre oreille, puis ils lui feraient suivre une thérapie pour qu’elle puisse parler correctement. Le tout coûterait 6000.00$. Je voudrais dire un « merci tout spécial » à Marina qui a fait des démarches auprès de l’hôpital de Sainte Justine, parce que je sais que de temps en temps, ils font venir un enfant pour n’importe quel problème et ils l’opèrent gratuitement. Marina a fait tout son possible, mais peut-être qu’un de vous à d’autres contacts possibles. Je crois que ce serait vraiment une bonne œuvre. La petite fille s’appelle Yeimi Yamilet. Je comprends la souffrance des parents. Ils pensent à elle quand elle sera rendue à l’adolescence. Quelqu’un qui parle anglais pourrait peut-être téléphoner au « Montreal’s Children ».
Cette lettre circulaire, ainsi que toutes les prochaines lettres, seront envoyées du Québec. Bien sûr, c’est moi qui les écrirai à partir d’ici. Quand tout sera fini, j’enverrai la lettre à Nicole par Internet. Elle, et les membres de Mission El Salvador, vous la feront parvenir. Plus de 100 lettres vont être envoyées partout. Parfois le temps me manque pour écrire les adresses, coller les timbres et faire tout imprimer. Je ne veux pas dire que les membres de « Mission El Salvador » n’ont pas de travail. Ils m’ont offert cela et je l’accepte de grand cœur. Cela ne voudra jamais dire que je ne répondrai pas personnellement à toutes les lettres. Cela je le ferai toujours, et je prendrai toujours le temps pour répondre aux lettres personnelles. J’espère que vous continuerez à m’écrire, car cela fait toujours plaisir et me fait du bien de recevoir de vos nouvelles.
Le 3 décembre, nous sommes allés au service du père d’un de nos prêtres. Les funérailles ont eu lieu à la maison parce que l’Eglise était vraiment trop petite. Nous étions 19 prêtres plus l’Evêque. Ce fut une belle cérémonie, mais il y a toujours quelque chose qui me frappe. Souvent les prêtres parlent entre eux durant la messe et rient ensemble.
Ici dans l’Eglise, c’est la même chose. Les gens arrivent avant la messe et ils parlent comme si nous étions dans une salle paroissiale. Cela me fait mal, parce que je sais qu’en faisant cela, ils ne se préparent pas du tout pour recevoir le Corps du Christ. Parfois, je m’ennuie du silence de nos Eglises. Ici, il n’est pas possible de prier avant la messe. Parfois, je regarde les gens dans l’Eglise, et je me rends compte que l’Eglise est pleine, mais la foi n’y est pas. Au début, dans la sacristie, c’était plein de personnes, ça parlait, ça jasait à pleine tête, je me suis fâché quelquefois, je leur demandais de sortir. Je l’ai dit quelque fois durant l’homélie que je n’accepterais plus personne dans la sacristie à part du sacristain, 15 minutes avant chaque messe. Maintenant, il y a un silence dans la sacristie, si quelqu’un doit entrer, il s’excuse et demande la permission.
De ce temps-ci, nous sommes dans la neuvaine de notre Patronne l’Immaculée Conception. Beaucoup de personnes viennent à la neuvaine, ils vont participer aux processions, mais ce sera tout pour l’année. Ce sont des catholiques quand il y a des processions. Très souvent, j’ai chialé à l’homélie à cause que les gens parlent tout le temps. Ce qui est encore pire, c’est que les parents viennent avec leurs enfants à la messe tous les dimanches, mais ils laissent jouer leurs enfants dehors ou dans l’Eglise. Un jour, un monsieur de San Ignacio est venu à la messe. Le Padre Tulio la célébrait. Au début de la messe, les gens parlaient dans l’Eglise. A l’heure de la communion, c’était la même chose. Le monsieur a vu une ombre noire se promener et avait la forme d’un homme. Il riait. Il s’approche du monsieur qui était à genoux et qui remerciait Dieu pour la communion. L’ombre lui dit : « Pourquoi, est-ce que tu ne parles pas comme les autres ? » C’est parce que je suis en action de grâces. Tu vois, lui dit l’ombre, c’est de cette façon que je vais posséder ce peuple. Qu’ils continuent de parler, qu’ils continuent de distraire les autres, et il est parti en riant.
Je reprends cette lettre aujourd’hui le 18 décembre. Mon ordinateur était k-poutte. Je l’ai amené chez le médecin, et ils me l’ont réparé pour 20,00$. Ce qui n’est pas si mal. Le pire, c’est que vous ne recevrez pas cette lettre pour Noël.
Je viens tout juste d’arriver de l’ordination sacerdotale. Nous serons un prêtre de plus dans le diocèse. Nous sommes 27 prêtres. C’était la première fois que j’assistais à une ordination comme prêtre. J’étais vraiment heureux d’aller imposer les mains au nouveau prêtre. Durant l’homélie de Monseigneur, je revoyais mon année de sacerdoce. Je me réjouissais à la pensée que pour moi, ça toujours été une grande joie de célébrer la messe et j’essaie vraiment de toujours la célébrer avec mon cœur. Je suis sûr que ma ferveur a augmenté depuis le début. Je pensais aussi, que je suis toujours heureux de confesser. Avant chaque messe, je passe une heure dans l’Eglise. A toutes les fois, il y a quelques personnes qui viennent se confesser. Il y a des gens qui viennent d’une autre paroisse ou d’un village, ils veulent se confesser, et me disent qu’ils ont appris que j’étais dans l’Eglise une heure avant chaque messe. Je me disais aussi que je suis heureux comme prêtre. Je suis content d’être prêtre. Je crois que c’est à cause de la grâce de Dieu, mais c’est aussi à cause de vos prières et vos sacrifices.
Je vous avoue qu’aujourd’hui après la messe d’ordination, j’aurais pleuré comme un enfant. Les gens ont fait 3000 sandwiches et c’est vraiment beau. Toutes les personnes qui sont venus ont eu droit à une sandwiche et un verre de jus. Les gens sont venus de loin, ils ont marché et ils avaient aussi faim que nous. Nous, les prêtres, les religieuses, les séminaristes et leur famille, avons eu droit a de la viande, du riz, de la salade, et un gros plat plein de fruits. Nous aurions dû être avec les gens dehors. Il y a des gens qui n’ont pas beaucoup la chance de parler à un prêtre, parce que le prêtre est toujours trop occupé quand les gens veulent lui parler, d’autres sont trop gênés pour déranger le prêtre. Je trouvais cela vraiment triste, je n’avais plus d’appétit. J’ai mangé quand même car je ne peux pas parler. Mais si un jour Dieu me fait la grâce d’être curé, je ne ferai jamais cela. Je ne parlerai peut-être pas plus, mais je parlerai par mon exemple. Un séminariste mangeait à la même table que moi, je lui ai dit comment je me sentais. Il n’a rien dit, c’est normal, car c’est la coutume du pays.
Hier soir, c’était l’anniversaire de naissance du curé. Il a invité les gens, les musiciens. Plusieurs personnes sont venues. Ils ont eu droit à un morceau de gâteau et nous, les prêtres étions dans la salle à manger, avec de belles assiettes. Il y avait de la nourriture à volonté. C’est injuste. Je remercie le Seigneur de ne pas m’habituer à ces choses-là. Cela doit toujours me faire mal. Si un jour, je n’ai plus mal, je serai en danger, mais j’espère de ne jamais m’y habituer.
Comme vous le voyez sur la photo, j’ai mit l’enseigne aimanté sur le Pick-up que j’ai reçu de mon frère, qui dit : « Don du Canada ». Pour moi, c’est très important, parce que cela me fait penser que j’ai ce Pick-up tout neuf, payé complètement. Je sais que c’est un cadeau du Seigneur et je l’apprécie, mais je sais aussi que c’est le fruit de beaucoup de sacrifices de votre part. Encore une fois, je vous dis : « Merci beaucoup. » J’aurais aimé me faire photographié tout près du Pick-up, mais comme vous le savez, j’aime prendre des photos, mais pas être dessus. Je me suis fait disputer pour cela, mais je ne me suis pas encore corrigé.
Samedi dernier, il y avait la retraite pour les enfants qui vont faire leur première communion. Ils étaient plus de 100. Sur les 30 catéchistes, seulement 8 sont venus, 5 filles et trois garçons. Il y avaient une jeune fille qui faisait l’animation à l’avant quand je suis rentré, car j’avais confessé avant. Cette jeune fille avait un pantalon très serré, un gilet très court, je crois que c’était le gilet de son baptême. J’ai appelé le responsable des catéchistes, et je lui ai dit qu’elle ne pouvait pas être devant tous les enfants de la façon qu’elle était habillée.
Le Padre Tulio, n’était pas ici. Alors, j’ai décidé de réunir les catéchistes et de leur parler. Sur les 8 catéchistes, trois jeunes filles était habillées ainsi. Je les ai réunie et sans regarder personne, je leur ai demandé si elles allaient à la messe. Sur les 8, seulement une allait à la messe tous les dimanches. Une des jeunes filles s’est mise à rire, quand elle a vu que personne n’allait à la messe. Je la regarde et je lui dis : « Tu ne devrais pas rire, tu devrais pleurer. Si vous n’allez pas à la messe, comment pouvez-vous donner le goût de Jésus aux enfants, et si les enfants n’ont pas le goût de Jésus, vous perdez votre temps, car vous n’avez pas remplie votre mission. » Je leur disais qu’une garçon de 12 ans m’avait dit qu’il se sentait mal quand il voyait sa catéchiste mal habillée. Je leur ai dit que cette année, je serais plus proche d’eux, et que je ne voulais voir personne, aucune catéchiste habillée avec un pantalon très serré et un gilet très court. Je n’accepterais pas non plus un catéchiste qui n’allait pas à la messe. À la fin, je leur ai demandé ce qu’elles pensaient de cela. Une jeune fille m’a dit qu’elle était très contente, parce que dit-elle, nous nous laissons entraîner dans un monde comme celui-là, et nous avons besoin que quelqu’un nous remette à l’ordre. Une autre a dit qu’elle y penserait, car elle semblait choquée, c’est la même qui faisait l’animation à l’avant. J’ai raconté au Padre Tulio que j’avais fait une réunion avec les catéchistes, il ne m’a rien dit, mais il a été surpris, car lui, laisse tout passer. Jamais, il va voir un seul catéchiste et cela, n’est pas normal. Pour ma part, c’était la première fois que je faisais une chose comme celle là, car c’est le Padre Tulio qui est le responsable d’eux.
Il y a deux jours, je suis allé à Guachipilín, confesser les jeunes qui devaient être confirmés aujourd’hui le 22 décembre. Ce sont des jeunes qui ont entre 15 et 17 ans. La plupart de ces jeunes ne s’étaient pas confessé depuis leur première communion. J’ai tellement trouvé cela beau de les voir. Trois jeunes m’ont dit : « Je veux changer, je veux être quelqu’un qui donne un témoignage dans mon village. Je ne veux plus manquer la messe le dimanche. Je veux être fidèle à Jésus, j’ai mal d’avoir abandonné Jésus ». Quand je suis allé pour la retraite, je leur disais que s’ils le désiraient, ils pourraient faire une confession générale, une confession de toute leur vie et qu’après, leur âme serait blanche comme après le baptême. Ces trois jeunes ont demandé quand ils se sont confessés de faire une confession générale. Aujourd’hui, ils ont été confirmés. Je vous assure que leur cœur était plein de joie. Après la messe, ils ont demandé de se faire photographier avec moi. Moi, qui n’aime pas les photos de face, je préfère de dos. Vous savez quand je vois ces jeunes-là, j’ai le goût de faire beaucoup de sacrifices pour eux. Dans des moments comme cela, je me sens vraiment père d’un peuple. Quelquefois, j’ai mal à l’intérieur de voir certaines personnes si indifférentes. D’autres fois, j’ai le cœur plein de joie de voir ce que le Seigneur fait dans le cœur des gens.
Deux semaines avant dans ce même villages, une trentaine d’enfants ont fait leur première communion. Je suis allé les confesser. Un jeune de 12 ans me disait que son grand désir était de voir sa mère communier avec lui. Il ne l’avait jamais vu communier. Une dame est venue se confesser, ça faisait 15 ans qu’elle ne s’était pas approchée du sacrement de la confession. Quelle surprise pour le jeune Christian, quand il a vu sa mère s’avancer pour communier. Il pleurait de joie.
Je termine cette lettre en vous souhaitant une Bonne, Heureuse et Sainte Année. Que le Seigneur vous donne un grand désir de la Sainteté. Notre vocation, c’est d’être des saints, des saints pour que Jésus soit mieux connu et mieux aimé.
Je vous bénis de tout cœur,
Réjean ptre
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