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Nouvelles d\'Haïti
El Salvador
Le 3 février 2010
Haiti 2010-02-05
Voici une lettre de mon frère Jean Paul qui a vécu le tremblement de terre en Haïti.
Bonjour Réjean,
Je vais très bien. Tu sais c\'est avec beaucoup peine que j\'ai laissé Haïti et les gens auquel j\'ai fait des pansements jour et nuit. Billy et sa famille vont tous très bien. Son petit neveu de 12 ans est mort écrasé dans la maison de Billy. Son nom est Jean Evens.
Billy a tellement pleuré lorsque je lui ai appris la nouvelle de mon départ. Je lui ai dit que depuis qu\'il est petit j\'ai toujours voulu avec lui faire la volonté de Dieu et ne rien refuser à Jésus. Qu\'il nous était demandé un sacrifice de plus. Il m\'a répondu: C\'est vrai, merci pour toute l\'éducation que tu m\'as donné.
L\'institut me permet de retourner en septembre si Dieu le veut, vers le 8 septembre en l\'honneur de la Vierge Marie. Les maisons des Pères Montfortains seront complètement détruites. Billy et moi, nous mangions trois bons hamburgers chacun lors du tremblement de terre. Trois étages se sont écroulés à côté de ma chambre. Ma chambre est seulement fissurée. J\'ai perdu seulement un verre. Mais tout le reste était pèle mêle. J\'ai perdu mon auto et Billy sa moto. Les trois étages se sont écrasés sur l\'auto et la moto. Un père Montfortains est mort dans ses décombres et 10 étudiants en théologie sont morts écrasés sous les décombres. J\'ai couché 12 jours à la belle étoile, les gens disaient: Docteur Jean-Paul vite des blessés arrivent, c\'était pendant la nuit. Il me semblait que comme une grange en feu, il fallait aider. Mais je me suis senti très lâche de revenir au Québec laissant tous ces pauvres gens à eux même. J\'ai obéi dans la foi, sans rien y comprendre du tout. Billy, lui me remplaçait au mouroir, les malades et les soeurs couchaient dehors et les blessés venaient sans arrêt. Dans la cour des Pères nous étions des milliers, nous avions faim, soif. Nous avions la messe tous les matins, le chapelet, la louange ect...
J\'ai demandé au Seigneur lorsque j\'étais couché sur le gravier à côté de deux blessés grave. \"Pourquoi ? Le silence de Dieu m\'a permis de comprendre que le Bon Dieu est et sera toujours le Bon Dieu et que son amour pour eux était si grand qu\'il est venu en chercher. J\'aurais voulu être du nombre.
C\'est là avec beaucoup d\'amour et de tendresse, j\'ai soigné le corps blessé de Jésus. Comment ne pas être plus proche que d\'être là à soigner Jésus souffrant. Les gens criaient leur amour pour Dieu \"Merci Bon Dieu\"
Prie pour moi, je suis à Sutton chez André Daigneault, demain je pars pour Québec, je serai à la Maison du Renouveau pour notre récollection et en même temps je déménagerai au Renouveau. L\'Institut achète l\'auto que Viateur Beaulieu m\'a prêté afin que je puisse être autonome.
Dimanche Marina viendra me chercher pour une semaine. Après l\'Institut m\'offre un travail. Celui de filmer les conférences à la Maison du Renouveau et répondre à ceux qui veulent des DVD sur Rassemblement à son Image qui nous avait été donné il y a quelques années. Ce sera un travail de deux jours par semaine. J\'aurai beaucoup de temps pour prier et aller témoigner dans les paroisses si l\'Institut me donne la permission. Comme j\'ai tout perdu, je dois recommencer à nouveau et me trouver un autre endroit pour rester. Je compte sur Billy pour cela.
Jean-Paul
Haiti 2010-02-05
Voici une lettre de mon frère Jean Paul qui nous raconte les douze jours de souffrances vécues en Haïti après le tremblement de terre. Comme il le dit si bien, ce fut douze jours de souffrances, mais douze jours où il a pu toucher le Corps du Christ ensanglantée.
« Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire »
(Mt 25-35)
Il faut suivre le Christ pendant plusieurs années avant qu’Il se retourne et nous regarde pour nous demander « Que cherches-tu ? » même pas « Qui cherches-tu ?» Et nous de lui répondre
« Où habites-tu Seigneur ». L’Appel a un nom, le Christ a un nom.
Dès mon arrivée en Haïti le 6 Octobre 1997, je fus saisi d’amour pour le peuple Haïtien. Je me suis dit : C’est pour la vie ! Je partais pour un an. Cela fait déjà treize ans.
Chaque jour, je me rendais à pied au mouroir des Sœurs de Mère Teresa, et ce trajet de deux heures était pour aller donner des soins à des malades atteints du sida. J’étais comme envahi par une flamme de tendresse et d’amour. Le mouroir répondait à un appel qui se faisait entendre en moi : « J’ai soif ; j’ai soif de tes mains et de tes pieds pour aller prendre soin de mes malades! « Donne-moi à boire du trop plein de ton cœur pour le déverser dans mes pauvres. »
Ces années ont été pour moi un changement radical dans ma vie. Douze années ont passé et chaque jour m’a apporté mon heure d’adoration, la récitation du chapelet et l’assistance à la messe. Cela transforme une personne de côtoyer la mort tous les jours!
Cependant j’ai vécu au moins cinq années où la violence m’a obligé à être très prudent dans mes allées et venues. Les malades me disaient : « Jean-Paul les bandits ne te voient même pas dans les rues de Port-au-Prince. Jamais ils ne lèveront la main sur toi. Marie te couvre de son manteau de protection ». Et ce fut très vrai !
« L’amour ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai (1 Co 13-1,6)
Tout ce que veut le Seigneur, il le fait
Au ciel et sur la terre,
Dans les mers et jusqu’au fond des abîmes. (Ps 134)
La terre tremble le 12 Janvier 2010, j’arrivais du mouroir. Je pensais à ce malade que je venais de rencontrer et qui ne cessait de me regarder. Je lui avais demandé pourquoi il me regardait ainsi. Et il m’avait répondu : « Parce que je t’aime ! Jésus est en toi. »
J’étais entrain de manger trois vraiment bons hamburgers…. Tout s’écroulait dans ma chambre : le réfrigérateur s’est vidé de même que l’armoire à linge. Laissant tout, je sortis de ma chambre pour m’apercevoir que les trois étages à côté de moi s’étaient effondrés. J’allai donc à l’extérieur : que de cris, que de bruit et l’église était complètement rasée! Deux dames blanches de poussière, prisonnières dans l’église avec un enfant, me faisaient signe et me demandaient de l’eau à boire. Comment les faire sortir de là ! J’ai pris une barre de fer et j’ai brisé la fenêtre éventrée. Mais je ne les ai jamais revues par la suite.
Il y avait un hôpital de huit étages effondré devant l’église. J’entendais des cris de douleurs. Le curé me demande d’aller sortir deux dames dans les décombres de l’église. Je me suis glissé sous les décombres sans pouvoir leur venir en aide, je leur ai parlé. Elles avaient sur elles une grosse barrière de métal. Elles me disent : « Nous allons mourir » Je leur répondis : Non! demain matin nous allons vous sortir de là; et c’est ce qui s’est produit. C’est moi qui leur ai fait des pansements.
Dans la rue, les gens couraient, pleuraient, criaient et les blessés commençaient à arriver dans la cour chez les Pères Montfortains, là où je vis. Le soir arrivait et deux jeunes que j’ai transportés dans la cour étaient gravement blessés. Un d’eux subissait une hémorragie, l’autre avait une fracture du pied d’où le sang coulait abondamment. Edy, celui qui souffrait d’une double fracture à la jambe me dit : « Papa, ne me laisse pas ici tout seul. Je le rassure et lui dis : « Je monte à ma chambre pour y chercher une couverture de laine afin que tu n’aies pas froid et je me coucherai ici près de toi toute la nuit. Après l’avoir recouvert, je me suis couché sur l’asphalte à côté de lui. Toute la nuit, il essayait de téléphoner à sa femme pour avoir des nouvelles d’elle et de sa petite fille d’un an, mais sans résultat. L’autre blessé qui saignait beaucoup se lamentait continuellement. Vers une heure du matin, son téléphone sonne sur lui, je me précipite pour répondre mais le téléphone cesse de sonner; j’ai cru que sa famille le cherchait. Vers deux heures de la nuit, je ne l’entendais plus se lamenter… il était décédé.
Pendant la nuit, j’entendais des cris, des pleurs. La nuit était fraîche et étoilée mais je ne réussissais pas à dormir. Je disais au Seigneur « Pourquoi ? ». Tu aimes tellement les Haïtiens que Tu es venu les chercher pour les délivrer enfin de leur misère ». Le lendemain matin, Le Père Quesnel, curé de la paroisse Saint-Louis-Roi-de-France où j’habitais, nous réunit tous pour la messe. Voici ce qu’il nous dit : « L’église que vous voyez écrasée, ce n’est pas ça l’Église. L\'Église, c’est nous tous ici rassemblés. Je vous demande de ne pas interpréter. Le Bon Dieu est toujours le Bon Dieu et Il nous aime. Laissez-Lui faire ce qu’Il a à faire. Je vous demande trois choses : « Prier, Aimer, Servir »…moi, j’ai ajouté « Attendre ». Que faire de plus… Ma voiture dont je me servais pour aller travailler a été écrasée par trois étages de ciment. Un prêtre Montfortain, le Père Jean-Baptiste, préfet des novices est décédé dans les décombres. Dix étudiants en théologie sont décédés tous ensemble, après leur cour, dans leur voiture qui les ramenait à la maison.
Il n’y avait plus ni électricité, ni eau, ni Internet, enfin plus rien qui m’aurait permis de communiquer avec le Canada. Je n’ai cependant pas eu le temps de penser à moi une seconde! Je faisais des pansements pour les blessés avec le peu que j’avais; j’étais heureux de leur venir en aide. Je touchais le corps ensanglanté de Jésus. Avec beaucoup de tendresse, de douceur et d’amour je faisais des pansements jour et nuit. On me réveillait en disant : Docteur Jean-Paul, vite! Un blessé qui arrive. La faim et la soif se faisaient sentir; pendant huit jours je n’ai mangé qu’une tranche de pain dont on avait enlevé le moisi, et « garni » de beurre d’arachide sec, et ceci…arrosé d’un verre d’eau. J’avoue que j’ai mangé avec appétit!
Après huit jours, nous recevions de « L’Aide Internationale » et à compter de cet instant
on ne manquait plus de rien. Une famille protestante, à côté de moi, se chargeait de me procurer de la nourriture car je leur avais donné ma boîte de provisions que j’avais reçue la veille…Je continuais à faire des pansements tous les jours et faisais aussi le tour des blessés car il en arrivait toujours. Un jour j’ai refait le pansement d’un homme à qui on avait fait une suture à la tête. Comme il y avait enflure, j’appelle la femme-médecin lui demandant d’examiner la blessure. En examinant la plaie, le médecin retire une roche assez grosse de la blessure; et avec beaucoup de soin j’ai moi-même retiré une bonne quantité de sable, grain par grain, de la blessure et refait le pansement. Pendant cinq heures, j’ai aussi appliqué des pansements à deux dames qui souffraient de graves brûlures sur le corps. Malheureusement, elles sont décédées au cours de la nuit.
Un bon matin, je décide d’ouvrir mon téléphone cellulaire qui se met à sonner. C’était ma sœur Nicole de la Beauce. Je lui raconte que je me portais très bien et que je faisais des pansements jour et nuit…Qu’elle raconte cette bonne nouvelle aux autres! La nouvelle a vite fait le tour et on m’a demandé de retourner au Québec!
Je n’étais pas content car je pouvais aider un peuple qui avait tant besoin d’être secouru! Il me semblait que c’était lâche de ma part de partir et de les laisser à eux-mêmes. J’ai quand même obéi aux ordres. Fatigué, oui; et il y avait aussi la senteur des morts, la poussière qui prend à la gorge! Et ceux qui cherchaient leur famille … Je voulais tant faire la volonté de Dieu!
Dans la cour chez les Pères nous avions la messe tous les matins, et l’adoration du Saint Sacrement et la récitation du chapelet tous les jours. Pour ma part, je n’étais pas au courant de l’ampleur du tremblement de terre et ce fut très difficile d’entrer à l’Ambassade du Canada où les Pères Montfortains sont venus me conduire. C’est à ce moment que j’ai pu me rendre compte de l’ampleur du désastre. J’ai couché deux soirs sur le trottoir devant l’Ambassade où environ trois mille personnes voulaient y entrer. Seules les femmes accompagnées d’enfants et les personnes nées à compter de 1930 pouvaient y pénétrer.
Le deuxième matin, cela faisait un bon douze heures que je n’avais ni mangé ni bu.. Dans la foule qui attendait d’être choisie, se trouvait une petite fille aux cheveux bouclés qui mangeait une glace. Je la regardais du coin de l’œil et me disais : ah! Si je pouvais seulement lécher sa glace, cela me soulagerait. Tout à coup, elle lève la tête et me dit en créole :
« Vous en voulez ? » Et moi de répondre ah oui! J’aimerais bien. Finalement elle me l’a toute donnée …et je l’ai acceptée.
Le soir, vers huit heures, je dormais sur l’asphalte devant l’Ambassade du Canada et un jeune Haïtien me réveille en disant : « Ce n’est pas bien que vous dormiez comme cela par terre; je vais vous donner une couverture pour mettre par terre et une autre pour vous couvrir. »
Les nuits étaient fraîches – 29 degrés –Aussitôt couvert je dormais déjà. Le Major Carlo Deccicio, membre de notre Institut, communiquait avec moi selon mes possibilités, car la « pile » de mon cellulaire n’était pas totalement chargée
Finalement je suis entré à l’Ambassade où j’ai attendu un bon seize heures avant d’être rapatrié à Ottawa. J’ai voyagé en première classe car j’ai eu l’audace de demander un siège non occupé. J’ai dormi pendant tout le voyage et arrivé à Ottawa…mon Dieu que j’ai eu froid!!!
Mon désir, vous le savez sans doute, est de retourner en septembre pour continuer cette mission à laquelle le Seigneur m’a appelé. Je ne suis pas traumatisé par ce que j’ai vu et entendu. Je n’ai que de beaux souvenirs en pensant à la foi des Haïtiens. En pleine nuit j’entendais ces cris :
« Merci mon Dieu ». Je continuerai mon travail au mouroir des Sœurs de Mère Teresa auprès des sidéens et des malades de toutes sortes.
Jean-Paul Lachance Cour :jeanpaul.lachance@yahoo.fr
Missionnaire en Haïti W.I.
Tél. :011-509-3410-00571
011-509-3937-5566
« Être ce quelqu’un qui apaisera Sa Soif » Mère Teresa
Jean-Paul Lachance
Missionnaire en Haïti
C.P. 19187 –Bas-peu-de-chose-
Port-au-Prince
Haïti W.I.
Haiti - 3 - 2010-02-05
Voici une lettre de mon frère Jean Paul comme missionnaire en Haïti. Dieu a mis depuis son séjour en Haïti un ange sur sa route, et cet ange lui a été fidèle jusqu\'au bout. Si Jean -Paul n\'avait pas eu cet ange, il serait probablement mort à ce moment-ci.
Dans la Bible l’ange est présenté comme un messager de Dieu reliant le ciel à la terre. Dans plusieurs récits bibliques, il intervient au côté de l’homme pour l’aider à surmonter des épreuves et retrouver la force poursuivre le chemin.
Ce sont les faibles et sans défense qui nous montre qui est Dieu. Les pauvres de toutes sortes, les blessés, les rejets, les exclus sont configurés à l’Amour, même s’ils n’en sont pas conscients.
J’aimerais vous parler d’un jeune homme qui a été et qui est toujours un ange sur ma route.
Les sept premières années et demie en Haïti, j’ai vécu chez les Pères Rédemptoristes. À l’été 1998, le supérieur de la communauté me demande si je voulais aller « garder le noviciat » à Jérémie, situé à environ douze heures de route de Port-au-Prince, ce qui signifiait m’occuper des divers services de maintenance. Oui, lui ai-je répondu, cela me fait plaisir! J’y suis demeuré trois mois.
De retour à Port-au-Prince, j’ai recommencé à me rendre à pied au mouroir des Sœurs de Mère Teresa. À la fin de ma journée de travail, je retournais chez-moi à pied. Je remarquai qu’un jeune garçon d’environ treize ans me suivait…J’ai voulu l’en décourager et lui ai dit que je n’avais pas d’argent à lui donner et qu’il pouvait retourner chez lui ; mais il persistait à m’accompagner sans recevoir d’argent.
Après plusieurs mois, le jeune me demande de l’envoyer à l’école à quoi je répondis affirmativement. Je souligne que je connaissais déjà son père (depuis un an) qui était malade et hébergé au mouroir. À la suite d’une maladie de cœur, ce dernier décède en décembre 1998. L’enfant qui se nommait Billy me demande si j’accepterais d’être son père adoptif. Sans réfléchir, je réponds « oui » ; j’ignorais qu’en acceptant j’adopterais aussi la famille au complet…ils étaient onze!
Billy a été pour moi un ange, un ami qui m’a protégé durant les années qui ont suivi. Par sa douceur et son amour et son grand respect, il a changé ma vie. Billy a donné sa vie pour moi, et moi pour lui…et Billy est devenu mon chauffeur et a aussi terminé son « secondaire » Avant le séisme, il étudiait le français à l’Institut français de Port-au-Prince où il avait réussi une session. Tous les jours, je travaillais le français avec lui.
Lors du tremblement de terre, nous étions tous deux ensemble et lorsque le soir, il est retourné dans sa famille, la maison était complètement rasée et son neveu de 12 ans Jean Evens, décédé. Au cours de la nuit, Billy arrive pour me dire qu’il me remplacerait au matin au mouroir pour me permettre d’aller chez les Pères, faire des pansements…et c’est ce que nous avons fait.
Tous les soirs, pendant douze jours, Billy m’apportait à manger et cinq bouteilles d’eau. Il dormait dans la petite tente que les Pères m’avaient prêtée où il y avait place pour quatre personnes. Au matin, il allait tout joyeux me remplacer au mouroir…un homme de Dieu, ce jeune de 26 ans!
L’annonce de mon départ a été pour lui la plus grande épreuve de sa jeune vie! Il pleurait ; je sentais sa douleur. Nous avons pleuré tous les deux mais non des larmes de désespérance…Je lui ai dit : « Billy, depuis ta jeunesse je t’ai toujours dit qu’on doit toujours faire la volonté de Dieu en toutes choses. Aujourd’hui, cela nous est demandé. » « Jean-Paul », me dit-il, merci pour toute l’éducation que tu m’as donnée. »
Le lendemain, Billy était un homme nouveau! Pendant deux jours, lorsque j’étais devant l’Ambassade du Canada et que je couchais dehors sur le trottoir, Billy était présent avec moi; il n’a jamais failli à la tâche.
Le deuxième matin, devant l’Ambassade, les soldats canadiens nous ont repoussés à cause de la grande foule d\'haïtiens qui voulaient entrer. C’est à ce moment-là que j’ai perdu toute l’avance que j’avais réussi à obtenir, et de plus, mes valises étaient perdues dans la foule! Billy les a retrouvées et me fait signe d’approcher, ce que je m’empresse faire. Arrivé près de Billy, ce dernier arrache mon passeport de mes mains en disant à la dame de l’Ambassade que j’étais un prêtre qui avait dormi par terre dans la rue et que c’était assez! Il fallait que j’entre maintenant! La jeune dame, saisie, regarde mon passeport qui était valide et dit à Billy oui, il peut passer.
J’ai passé sous la corde de sécurité et Billy m’a remis mes valises et, de peine et de misère, je lui ai donné la main et lui ai dit MERCI! Le soir, vers dix heures, il a fait deux heures de trajet en taxi pour s’assurer que j’étais bien à l’intérieur de l’Ambassade et que je pouvais quitter. Nous avons communiqué une dernière fois au téléphone alors que je pouvais le voir de l’autre côté de l’Ambassade.
Depuis mon retour au Québec, Billy m’appelle souvent. Il est le gardien de tous les biens que j’avais en Haïti, sauf bien sûr, de mon auto qui a été écrasée par trois étages de la maison des Pères Montfortains. En ce moment, il cherche une maison où je pourrais habiter…Nous envisageons aussi une chambre que je pourrais occuper chez les Pères Spiritains qui habitent tout près du mouroir des Sœurs de Mère Teresa où je travaille.
Billy est un homme à connaître – un homme selon le cœur de Dieu - et très facile à aimer. Son amour pour la Vierge Marie est extraordinaire. Souvent, après les heures à l’école, il se rendait à la Cathédrale pour prier. Il fait partie d’un groupe de jeunes - « Les jeunes de Saint-François d’Assise » - qui animent les messes du dimanche pour les malades au mouroir. Plusieurs d’entre eux ont découvert leur vocation à la vie religieuse.
Quant à Billy, il a toujours désiré se marier et avoir des enfants. Pour chaque personne qu’il rencontre, il est une source d’espoir et sa discrétion fait de lui un homme en qui on peut avoir confiance Quant au reste de la famille, depuis quelques années, j’ai eu la joie de trouver pour eux des parrains et marraines, au Québec, qui assureront leur éducation scolaire.
Billy Fils-aimé, un ange sur ma route pour poursuivre la mission!
Jean-Paul Lachance,
Missionnaire en Haïti[i]
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