Bonjour à tous
Citalá
Le 1er janvier 2011

Réjean LachanceC’est une joie pour moi de m’arrêter en ce premier jour de l’année 2011 afin de vous souhaiter une bonne, heureuse et sainte année. Je demande au Seigneur de bénir tous vos projets, mais aussi de bénir votre famille. Je crois que c’est ce que tous et chacun espèrent le plus.

Je voudrais aussi remercier tous ceux et celles qui ont donné à Mission El Salvador durant cette année 2010. Tous vos dons arrivent ici au El Salvador. Votre don est vraiment précieux. Une chose que je peux vous dire et je suis sûr que je ne me trompe pas, c’est qu’au début de cette année, vous n’êtes certainement pas plus pauvre, parce que le Seigneur ne se laisse jamais dépasser en générosité.

Ici, nous sommes en été. Les pluies sont arrêtées depuis la mi-octobre. Dernièrement, nous avons eu beaucoup de froid. Les températures à la Maison de Retraite ont descendu jusqu’à 10 degrés. Cela me fait rire de voir les gens, ils ont un manteau d’hiver comme nous avions chez nous, ils ont une tuque de laine sur la tête, mais le plus drôle, c’est que certains ont des gants.

Depuis le mois de septembre, les choses bougent ici. Comme vous le savez peut-être, nous aurons un festival de chants, cela ne s’est jamais vu à Citalá. J’ai commencé à écrire les noms de tous ceux qui voulaient chanter. Aujourd’hui, je suis rendu à 155 noms. Nous ne pourrons pas en prendre plus que cela. C’est pour cela que le festival de chants durera un peu plus de 24 heures. Nous commencerons le vendredi à 4 heures par l’Eucharistie et nous terminerons le samedi à 6 heures par l’Eucharistie. Actuellement, les chanteurs ont entre 3 ans et 72 ans. Si vous saviez comment cela a réveillé les gens. De Citalá, nous aurons 42 chanteurs, cela m’a surpris beaucoup, c’est presque un miracle.

Le thème de notre festival sera : Nous voulons chanter. Les gens de Citalá veulent chanter, les gens de Citalá ont besoin de chanter. Moi, malheureusement je ne pourrai pas chanter parce que ma voix, depuis que je suis à Citalá, fait un peu défaut. Parfois, je la perds complètement. Un jour, tout seul, j’ai essayé de chanter une chanson qui me plait beaucoup, mais ça n’a pas marché. Le conseil économique de la Maison de Retraite fera une pièce de théâtre que j’ai écrite. Et moi, je suis là-dedans. J’ai écrit aussi une autre pièce mais ce sera le village de Los Planes qui la présentera.

Les gens n’auront pas le temps de s’ennuyer, parce que le chanteur interprétera une seule chanson à la fois et, à chaque chanson, on changera de chanteur. Nous, nous ferons notre pièce vers les 2 heures du matin, parce que je sais que les gens voudront me voir et voir la pièce que nous ferons. Comme je ne veux pas que les gens aillent se coucher, nous la mettons durant la nuit et il est possible, si on a du temps, de la répéter durant la journée.

Un monsieur de Los Planes est en train de me faire une guitare d’au moins trois mètres de longueur. Nous la mettrons dans le parc avant d’entrer à l’église et, sur la guitare, sera écrit en grosses lettres le thème de notre festival. Chaque chanteur aura un cadeau. J’ai déjà quinze cadeaux de ramasser. J’ai commencé à visiter quelques épiceries. Tous, à date, donnent un coupon d’une valeur de $10.00. Un restaurant donnera deux hamburgers, deux hots dog et 4 cannettes de boissons gazeuses.

Un autre restaurant donnera un dîner pour 2 adultes et deux enfants, le breuvage compris. Je visiterai avec d’autres personnes toutes les épiceries et restaurants de la paroisse et je suis sûr que chacun donnera quelque chose. Parfois, je suis ému, les gens sont d’une grande générosité. Au début de novembre, nous avons donné une enveloppe qui était écrit dessus : « S’il vous plait, aidez-nous ». Comme il nous restait 345.00$ et que nous voulions faite le toit de l’atelier j’avais fait 100 enveloppes et on les donnait aux gens qui en voulait. Tout le monde voulait une enveloppe et j’ai été obligé d’en faire 100 de plus. Grâce à cela, on a amassé plus de $700.00 à date, parce que les enveloppes continuent d’entrer. Je n’en revenais pas, dans certaines enveloppes, il y avait trois billets de 20.00$. Dans une enveloppe, il y avait même $250.00. Je suis sûr que ces gens ne manqueront jamais de rien, parce que Marie les récompense.

Le travail à la Maison de Retraite va bon train. Nous avons fini tout ce qui sera les ateliers. Cette semaine, ils feront le plafond de l’atelier qui sera aussi le plancher de la grande salle. Comme vous le savez, en bas de la grande salle, ce sera les ateliers. Je crois bien qu’en avril, la grande salle devrait être finie.

En fin de semaine dernière, nous avons célébré notre fête patronale de la Maison de Retraite : La Sainte Famille. Pour nous, ce sera toujours le 30 décembre. Le 29, dans l’après-midi, nous nous sommes réunis vers 4 heures. Nous avons apporté quelque chose à manger parce que les gens viennent de loin et ils espèrent toujours trouver quelque chose à manger. Comme nous sommes loin de tout, il faut toujours apporter quelque chose, mais tout le profit va à la Maison de Retraite.

Au début, des gens venaient vendre quelque chose pour eux-mêmes. Si on avait laissé faire, ce serait devenu trop commercial, et cela on ne le voulait pas. Ça doit rester une maison de prières. À 6 heures p.m. le 29 décembre, nous nous sommes réunis au pied de la Vierge et la chorale a chanté un chant à Marie. Nous avions mis des torches tout le long du chemin jusqu’à la chapelle. C’était vraiment très beau. Nous avons fait la procession, il y avait environ 150 personnes. Dans la chapelle, j’ai exposé le Saint-Sacrement une demi-heure et puis ce fut l’Eucharistie. À 8 heures du soir tout était terminé.

Le 30, nous sommes partis à 6 heures du matin d’ici. Encore là, il faut apporter tout ce qui faut pour le déjeuner et aussi pour le dîner. Monseigneur est venu célébrer l’Eucharistie. Quand il vient à Citalá, il est très heureux. Au début de la messe, il a félicité les gens pour leur comportement. A un moment donné, il m’a dit : « Je ne peux pas parler comme cela dans les autres paroisses. Ces prêtres de Chalatenango sont…. Et il n’a pas terminé sa phrase. Il m’a dit dans tout le diocèse, tu as les meilleurs paroissiens, cela se voit. Il me dit aussi en riant : « espèce de brute, ne va pas dire cela aux autres prêtres. Cette semaine, je suis allé dans la paroisse du Padre Tulio, qui est le Vicaire Général, et je leur ai dit ceci : votre église, c’est un vrai marché, c’est horrible. Dans tout le diocèse, il n’y a pas d’autres paroisses comme Citalá ».

Ici, les gens étaient habitués à faire tout ce qu’il voulait dans l’église, c’était pire que le super marché. Aujourd’hui, les gens ont changé, bien sûr, certains au début m’ont détesté. Maintenant, quand ils vont dans une autre paroisse, ils viennent me dire que c’est horrible dans telle église, parce que les gens parlent sans arrêt, même pendant l’homélie.

Parfois, j’ai eu la tentation de tout laisser tomber, de les laisser faire ce qu’ils voulaient mais, ce que je désire pour mes paroissiens, c’est qu’ils grandissent, c’est que la messe deviennent quelque chose d’essentiel dans leur vie. S’il n’a pas de préparation avant la messe, notre messe peut être manquée. On ne vient pas recevoir Jésus comme on vient recevoir un morceau de pain. J’ai habitué les gens à dire le chapelet lentement, à dire les prières de la messe lentement, surtout le Notre-Père. Quand Monseigneur vient, il rappelle aux gens et leur demande de dire le Notre-Père lentement. Cela me réjouit, car les gens voit bien que ce que je leur dis, Monseigneur le pense aussi.

Je continue de raconter notre fête du 30 décembre. Après le diner, je suis revenu reconduire Monseigneur et puis je suis retourné à la Maison de Retraite spirituelle. Il y a eu un gros tirage de 25 cadeaux. Ce tirage a rapporté à la Maison de retraite environ 840.00$. Ce fut aussi le couronnement de la reine. Dans chaque village et dans chaque barrio (village) de Citalá, nous avions une candidate. Celle qui a vendu le plus de numéro à 0.05 cents a gagné et ce fut la jeune fille de Los Planes qui a gagné. Le total d’argent que les candidates ont rapporté est de 3,900.00$.

Quand nous avons commencé faire le toit de l’atelier, l’ingénieur nous a dit que cela nous coûterait environ $4000.00. Il nous restait en banque 345.00$ J’ai dit à l’ingénieur de tout acheter. Puis est venu la fête patronale, cela nous a rapporté plus de $2000.00. La paroisse nous a donné 1000.00$. Je recevrai bientôt 2000.00$ et $1000.00 pour nous acheter un système de son. En tout, la fête du 29 et 30 décembre a rapporté plus de 7000.00$. Parfois, je me demande d’où vient tout cet argent. Je vous ai donné tous ces chiffres, c’est dans le but de vous rappeler que ce projet n’est pas mon projet, c’est le projet de la Vierge et, si Elle le
veut, alors c’est Elle qui frappe aux portes et touche les cœurs. Si j’avais pris cela comme mon projet, je serais maintenant dans un hôpital psychiatrique. A la Providence, il faut y croire. Quand Monseigneur est venu, il m’a demandé le total de la dette que nous avons. Je lui ai dit que tout ce qu’on achetait, on le payait. Donc, nous n’avons pas de dettes.

Le 1er janvier, je préparais la messe et je lisais la première lecture. C’était la bénédiction que Dieu a donné à Aaron pour qu’il bénisse le peuple d’Israël. Je me suis rappelé la bénédiction que nous recevions de papa le jour de l’an. Je me suis dit : « Moi ici, je suis père, pourquoi est-ce que je ne bénirais pas les gens après la messe? »

Durant l’homélie, j’ai dit aux gens que j’allais les bénir. Je leur ai dit qu’à un moment donné, j’ai douté de ce pouvoir que Dieu m’a donné. Je me disais comment est-ce que je peux bénir ainsi. Après je me suis dit, que ce n’est pas moi qui bénis, c’est Jésus lui-même, moi je ne suis qu’un instrument entre ses mains. Un marteau ne peut rien faire tout seul, s’il n’y a pas une personne qui le conduit. Le marteau peut-être le plus laid au monde mais il peut quand même enfoncer un clou. Si le clou est enfoncé, cela ne dépend pas du marteau, cela dépend de la personne qui le conduit. Alors, moi je suis ce marteau, et le clou est enfoncé par le Seigneur.

J’ai demandé aux gens de venir en famille. Je pensais qu’il viendrait une dizaine de familles se faire bénir, Mais non, l’église était pleine et tout le monde est venu. Je vous avoue que parfois, je devais arrêter de parler, car c’était vraiment émouvant. Je toussais pour montrer que j’avais la grippe. Toute la famille venait, oncles, tantes etc… et mettait la main sur l’épaule de l’autre et tous se fermaient les yeux. La bénédiction a duré plus de 45 minutes. Je n’étais pas fatigué, c’était beau et j’étais conscient, j’étais sûr que c’était Jésus qui bénissait.

Au mois de novembre, je suis allé dans un petit village, nous avons marché plus de 4 heures pour y arriver et il fallait revenir. Le pire, c’est qu’il fallait descendre et remonter des montagnes. Je me suis rendu compte que je suis maintenant trop vieux pour refaire cela. C’est vraiment trop loin, mais je vous assure que je m’y plais là-bas, les gens sont bons intérieurement. Le paysage est vraiment très beau. Cela fait 4 fois que j’y vais et, à chaque fois, je n’arrête pas de dire que c’est beau.

Demain, je vais aller dans un autre petit village du nom de Plan de Ranchos. Ce n’est pas trop loin, il faut marcher environ une heure trente minutes. Je ne vais pas célébrer la messe, je vais visiter quelques familles. J’aime beaucoup aller visiter des familles, je trouve cela important d’entrer chez eux, de connaitre leur milieu etc… Cela me permet de mieux les comprendre.

Je termine cette lettre en me recommandant à vos prières afin que je sois de plus en plus le prêtre que le Seigneur veut que je sois. Mais je peux vous le dire encore une autre fois que je suis heureux d’être prêtre. Vous savez que le 13 de chaque mois, je célèbre la messe aux intentions de nos bienfaiteurs et je vous offre au Père avec Jésus.

Je vous laisse et c’est de tout cœur que je vous bénis, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen



Padre Ernesto Lachance
Casa parroquial,
Citalá, Depto. Chalatenango
El Salvador C.A.


info@missionelsalvador.org

P.S. Nous avons pensé vous aviser que Réjean aura 64 ans le 16 février prochain. Vous aurez sûrement pour lui une pensée dans vos prières ce jour-là.

Nicole Lachance


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