Bonjour à tous
Citalá, El Salvador
Le 13 avril 2011

Réjean LachanceBonjour à tous,


Il me fait plaisir de prendre quelques minutes pour vous donner de mes nouvelles, même si cela ne fait pas trop longtemps que je vous ai écrit.

L’an dernier, j’insistais pour que les servants de messe participent, je les obligeais à répondre et à chanter durant la messe. L’an passé, j’ai entendu Pablo qui chantait et je trouvais qu’il chantait bien. Alors je lui ai demandé s’il accepterait de chanter au couronnement du petit prince et de la petite princesse le 31 juillet 2010. Il m’a dit « oui ». Je ne le croyais pas beaucoup. J’ai cherché aussi quelques jeunes de Los Planes, ainsi que quelques adultes. Cette journée fut un succès.

Le père d’un jeune pleurait quand il a entendu son enfant chanter. On m’a demandé de dire la parole finale. J’ai tout de suite annoncé aux gens que nous aurions un festival de chants Western. Je ne savais pas encore quand et comment. Cela n’était pas grave. J’ai senti cet appel et j’ai foncé. J’en ai parlé au conseil. Tout le monde était d’accord, mais pas pour faire un 24 heures. On me disait qu’il n’y aurait pas de monde. Je leur ai dit qu’il fallait foncer sans avoir peur.

A mon retour du Canada en septembre l’an dernier, nous avons commencé á préparer le festival et nous avons mis une date qui serait les 1er et 2 avril 2011. J’ai commencé par chercher des chanteurs dans tous les villages. Pour Los Planes, j’ai acheté 6 guitares avec l’argent de ma paye du mois. Grâce à cela, tous les 6 jeunes jouent maintenant de la guitare et accompagnent à la messe. Les gens s’inscrivaient avec peine à cause de la gêne.

Un jour à Zalguazapa, j’ai demandé à deux jeunes de 11 et 12 ans de chanter une chanson car on me disait qu’ils chantaient bien. J’en étais émerveillé. Je leur ai demandé s’ils accepteraient de chanter au festival. Ils ont dit « oui ». En décembre, j’ai annoncé aux gens que, durant la visite pastorale de février et mars, nous ferions une pratique de chants avec tous ceux qui s’étaient inscrits. Le but était de savoir quelle chanson ils chanteraient. Je vérifiais chaque chanson sur Internet pour savoir si cela pouvait se chanter.

J’ai demandé aux petites filles, aux jeunes filles et aux dames, de bien se vêtir le jour du festival. Je leur ai demandé de mettre soit une robe ou une jupe et que personne ne chanterait en pantalon. Je me doutais qu’une dame de Citalá me mettrait à l’épreuve. J’étais sûr qu’elle viendrait chanter en pantalon. Elle devait chanter à 4:30 a.m. et elle est venue en pantalon. Je lui ai dit que si elle voulait chanter, elle devait changer de vêtements. Elle est allée se changer rapidement. Toutes les autres personnes sont venues chanter soit avec une jupe ou avec une robe. Les gens ont vraiment respecté cela.

Au début de janvier, nous avions 151 chanteurs. Le Conseil a bien vu que nous devions faire un 24 heures. En tout, nous avions près de 300 chansons et il fallait tous les rentrer dans les 24 heures. Nous avons décidé de célébrer la messe à deux heures au lieu de 6 heures, afin de pouvoir donner à tout le monde la possibilité de chanter.

Ce fut une grosse préparation, des semaines et des semaines de travail, mais ça valait la peine. Bien des fois, quand j’allais dans les villages et que j’écoutais les gens chanter, cela m’émerveillait. Je trouvais qu’il y avait tellement de talents cachés qu’il fallait faire quelque chose pour les sortir de leur cachette. Le 19 mars, nous avons fait une soirée Western avec des jeunes de El Chilo et Zalguazapa. Ceux Los Planes n’ont pas voulu venir. Il est venu plus de 200 personnes à cette soirée. Je voulais donner aux gens un aperçu de ce que serait notre festival, et ce fut un succès. Les gens ont beaucoup aimé cela.

Comme vous le savez, nous voulions remettre à chaque chanteur un cadeau. Il en fallait 150 et nous les avons eu, j’en avais même 10 de plus. Le Seigneur nous montre toujours sa bonté, sa générosité envers nous. Je me suis laissé travailler le cerveau pour savoir comment distribuer ces cadeaux. Il m’est venu une idée : j’ai acheté deux grands *venir* et j’ai dessiné le monde avec ces 5 continents et leurs couleurs. J’ai mis le nom de chaque pays. J’ai coupé des petits morceaux de bois de deux pouces carrés et je les ai peinturés selon leur couleur et j’ai mis le nom du pays dessus. Après que les gens avaient chanté, ils pigeaient un petit morceau de bois, si c’était écrit Québec en rouge, ils devaient aller chercher l’enveloppe qui était sur le Québec, etc.

Le vendredi soir, ils y avaient tellement de monde dans le parc que c’était très difficile de marcher. Il y avait plus de monde que durant la fête patronale. Les gens qui chantaient 5 chansons ne la faisaient pas tout d’un coup, elles étaient réparties sur les 24 heures. Sur les 150 chanteurs, il y en a 12 qui se sont retirés sans dire pourquoi. C’était probablement la gêne. A deux heures 40 du matin, nous avons joué notre pièce de théâtre. Tous les gens ont attendu jusqu’à cette heure pour voir la pièce. Ce fut assez beau, nous avons fait rire les gens et c’était notre but.

Il y a un groupe de 6 enfants de Zalguazapa ainsi que Pablo et Eduardo qui sont de El Chilo, qui ont formé un groupe de mariachis. La plupart joue de la guitare et les autres sont en train d’apprendre. Ils ont maintenant leur costume et leur chapeau. Quand j’irai à San Salvador, je leur achèterai une ceinture genre Western. Ils se sont donnés un drôle de nom. Au début je n’aimais pas cela beaucoup, mais c’était leur nom. Ils s’appellent : Los invasores de la Sagrada Familia. Après, je me suis dit que c’était un très beau nom. Moi, ce qui m’attire beaucoup, c’est la famille, et eux, ils veulent envahir la famille. La chose la plus dure durant le festival a été le système de son. Ce n’était vraiment pas fameux. Les pauvres guitaristes parfois jouaient de la guitare et on n’entendait rien.

Je voulais vous dire aussi que durant le festival, nous avons eu un tirage avec 21 prix et vente de nourriture durant les 24 heures. Avec le tirage, nous avons eu un profit de 1395.00$ et avec la vente de nourriture il y a eu un profit de 1667.00$. Je ne sais pas comment les gens ont fait pour manger autant. Il est venu beaucoup de monde de l’extérieur. Même mon ancien curé, le Padre Tulio de Concepción Quezaltepeque, est venu tout spécialement pour cela. Il était émerveillé de voir autant de monde et aussi d’entendre les gens chanter. Il a dit à quelqu’un que dans sa paroisse, il ne pourrait jamais monter un évènement comme celui-là. Je crois qu’il pourrait, mais il ne devrait pas avoir peur du travail. Pour ma part, je recommencerais et je recommencerai.

Il y a quelques mois, avec le 1000.00$ que j’avais reçus, nous avions acheté un système de son portatif, c’est comme une valise. Ce n’est pas très puissant, par exemple pour le parc, ce n’est pas assez fort, mais nous l’utilisons dans la chapelle et c’est parfait. Cela nous a aidés beaucoup. Quand nous faisons une soirée Western, c’est vraiment très bien.

Le 21 mai, les jeunes de Zalguazapa iront chanter à El Coyolito. Cela rentre dans le programme de leur fête patronale. Il y aura un prix d’entrée et l’argent gagné sera séparé entre eux. Après le festival, ils ont été invités à aller chanter dans une maison privée le 10 mai à El Llano de la Virgen, jour de la fête des mères. Ils m’ont demandé combien ils devaient être payé et je leur ai dit de demander 10.00$ chacun, alors les gens ont accepté. C’est avec cet argent qu’ils pourront s’acheter une ceinture Western. Ils désirent aussi un accordéon et un guitarron (genre de grosse guitare). Nous avons décidé au conseil de faire une soirée Western à tous les premiers samedi du mois ici à Citalá. Par exemple, en mai ce sera Citalá qui chantera, en juin Zalguazapa et en juillet ce sera le tour de Los Planes, etc.…

Je veux fonder une école de chants. Je ne sais pas comment on le fera, mais c’est un grand désir que j’ai. Avant aujourd’hui, les gens de l’extérieur appelait le village de Citalá : Village fantôme parce qu’il n’y avait rien qui intéressait les gens. Je l’ai dit après le festival aux gens, maintenant personne n’aura plus le droit d’appeler Citalá, village fantôme.

L’an dernier, avant de partir pour le Québec, nous avions écrit plusieurs lettres à différents endroits pour demander de l’aide. Nous avions fait trois demandes à ADVENIAT en Allemagne, mais, par trois fois, ils nous ont refusé. En octobre, nous avons reçu une lettre d’eux. Ils nous posaient quelques questions et c’était toujours les mêmes. Je me suis dit que ça ne valait pas la peine de répondre et le conseil était d’accord. Le 17 mars, je vais à la Maison de Retraite et le responsable des travaux me dit qu’ils étaient prêts à mettre le toit, les fenêtres et les portes mais que, seulement pour le toit, cela coûterait 9800.00$. Je lui ai dit que nous n’avions pas d’argent pour l’instant mais qu’ils devaient continuer de travailler. Je leur ai demandé de faire 4 toilettes à l’extérieur et aussi de commencer l’autre module de chambres. Le monsieur a averti ses gens que possiblement nous arrêterions de travailler pour quelques temps. Je ne leur avais jamais dit cela et, en plus je ne suis pas d’accord que nous arrêtions les travaux parce que ce projet n’est pas notre projet, c’est le projet du Seigneur et de Marie.

Je suis revenu de la Maison de Retraite vers trois heures de l’après-midi, parce qu’à 4 heures nous avons l’heure d’adoration et l’Eucharistie. Cinq minutes avant l’heure d’adoration, je vais dans le bureau et je vois que j’avais une lettre d’ADVENIAT. Je l’ouvre, mais pas avec enthousiasme. Je vois que la lettre commence en nous disant que nous avions été accepté et qu’on nous enverrait deux paiements : un de 10,000 Euros et après un autre de 5000 Euros.

Vous comprenez ma joie quand je suis allé à l’heure d’adoration. J’étais tellement content, pas seulement pour l’argent que nous recevrons, mais avant tout parce que je me disais que nous avons raison de faire confiance totalement à Notre Dame Auxiliatrice. Je le dis souvent au conseil : le jour où nous commencerons à douter, nous ne recevrons plus. Certaines semaines, ils nous restaient 300.00$, ce n’est même pas assez pour payer les employés, mais nous n’en avons jamais manqué. Quand nous recevrons cet argent, nous en aurons assez pour poser le toit de la grande salle et aussi pour poser toutes les portes et fenêtres.

Vous savez, il y a quelque chose de merveilleux qui se passe à Citalá. Les gens de plus en plus demandent à Jésus d’augmenter leur foi. J’aime beaucoup dire aux gens qu’ils nous manquent de foi, et qu’on doit la demander tous les jours. Jésus peut et veut nous aider. Il faut tout simplement croire en Lui et ne jamais douter. Il faut tellement être sûr de l’amour du Seigneur pour chacun de nous que rien ni personne peut nous faire perdre la foi. Souvent à la messe à la consécration, les gens disent d’une seule voix : Mon Seigneur et mon Dieu, mon Dieu et mon tout. Ça se dit machinalement, c’est comme au Hockey, quand il y a un but, tout le monde se lève en même temps pour applaudir.

Je dis aux gens : Si vous vivez des moments de doute, vous pouvez dire : Seigneur, augmente ma foi. Si vous vivez des moments de manque de confiance, vous pouvez dire : Jésus, j’ai confiance en toi.
De plus en plus, j’entends dire : Seigneur augmente ma foi. Tout ce qui se passe à la Maison de Retraite, cela a aidé beaucoup à augmenter notre foi. En fin de semaine dernière, nous avons eu, à la chapelle Marie Auxiliatrice, une retraite pour les vocations. Je l’avais annoncée plusieurs fois. La dernière fois, il est venu 30 jeunes, c’était une vraie honte. Il vient un prêtre, une religieuse, un séminariste et un couple marié.

Au conseil, j’ai dit aux gens qu’il viendrait beaucoup de monde. Je leur ai dit qu’on donnerait deux pains et une boisson gazeuse pour 0.50 cents. Je savais qu’on perdait 0.03 cent pour chaque enfant, mais cela n’était pas important. Il fallait que les plus pauvres puissent venir. Le conseil disait qu’il fallait apporter 200 pains. Je leur ai dit que ce n’était pas suffisant. Il en fallait trois cents. Après, je leur ai dit qu’il fallait en demander 400. On m’a regardé avec de gros yeux parce que c’était trop de pains et c’était grave de perdre 0.03 pour chaque enfant. Je leur ai dit de ne pas s’en faire et que nous allions faire du profit. Il est venu, à part d’une trentaine de parents, 196 jeunes de 10 ans à 22 ans. Ce fut très beau. La retraite devait terminer à 2 heures de l’après-midi. Imaginez-vous, avant que la retraite commence et que le prêtre arrive, il n’y avait plus de pains, plus de boissons gazeuses. J’ai dit aux gens que j’allais demander au prêtre de terminer à midi pour que les gens aillent diner chez eux. J’étais content parce que lui aussi devait terminer à midi. Et savez-vous quoi, nous avons fait 8.00$ de profit.

Il y a plusieurs garçons et filles qui ont senti l’appel du Seigneur. Il y a un jeune de 16 ans de Zalguazapa qui veut devenir prêtre mais il a seulement une sixième année. Je lui ai dit que peut- être son institutrice pourrait lui donner un cours à part et faire deux années en une. Il lui a téléphoné tout de suite et elle a accepté. Il m’a demandé de lui donner un livre de Dominique Savio.

Aujourd’hui, je sentais le besoin de vous raconter tout cela. C’est important de dire aux autres les merveilles que le Seigneur fait. Le Seigneur fait beaucoup pour ce peuple de Citalá, mais je peux dire qu’il a fait et qu’il fait beaucoup pour moi. Le plus beau, c’est la paix qu’il met dans notre cœur. C’est aussi le zèle des âmes, l’audace apostolique, qui fait qu’on peut avancer sans compter notre temps, sans se plaindre.

Il y a aussi une autre preuve qui me dit que le Seigneur veut que nous allions de l’avant avec tous les projets de chanteurs. Imaginez-vous, nous recevrons dans le conteneur en mai prochain, 5 guitares, dont 4 sont complètement neuves. Je voudrais dire «MERCI » à toutes ces personnes qui se sont dévouées pour trouver ces guitares. J’en ai déjà 3 qui sont promises. J’ai formé une chorale d’hommes seulement. Je n’en veux pas plus que 6 ou 8 et nous aurons la première pratique en fin de semaine. Les chanteurs seront formés de la meilleure manière possible. Ils chanteront une fois à toutes les trois semaines. Un monsieur de Citalá accompagnera la chorale avec deux enfants, dont Pablo. En plus, trois personnes dont moi-même voulons apprendre à jouer de la guitare.

Merci à toutes les personnes qui nous aident et qui prient pour moi. Je tiens aussi à remercier toutes les communautés religieuses. Chaque don que nous recevons est un cadeau du Seigneur et nous l’apprécions beaucoup. Le Seigneur vous le rend, j’en suis sûr. Je vous rappelle que le 13 de chaque mois, jour de la date de mon ordination (13 septembre 2003), je célèbre la messe aux intentions de tous les donateurs et toutes les donatrices.

Je voudrais en terminant vous souhaiter une belle Semaine Sainte. Il faut demander à la Vierge Marie de nous aider à suivre Jésus, pas seulement le dimanche des Rameaux quand tout le peuple crie « Hosanna.» Il faut demander à Marie d’avoir le courage de suivre Jésus, même le vendredi saint afin de pouvoir ressusciter avec Lui le jour de Pâques.

C’est avec joie que je vous bénis de tout cœur au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen

JOYEUSES PÂQUES!

Padre Ernesto Lachance (Réjean)
Casa Parroquial
Citalá. Dept. Chalatenango
El Salvador C.A.


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