Joies et bonheurs de prêtre
El Salvador
Le 16 février 2005

Réjean LachanceBonjour à tous,

C’est avec joie que je vous écris en direct de la Capitale du département de Chalatenango, qui est la ville du nom de Chalatenango. Je suis arrivé ici définitivement samedi le 29 janvier. Je ne pouvais pas déménager avant, car je célébrais la messe tous les jours à Concepción à 6 heures le matin.

Vous savez, ce n’est pas si facile de laisser un endroit qui a été dur, mais qui m’a rendu heureux. Le plus difficile, c’est quand je voyais des gens pleurer, surtout les enfants. Il y a des gens de Concepción Quezaltepeque qui sont en train d’écrire une lettre et faire signer une pétition. Je leur avais dit en premier de ne pas faire cela. Puis, je leur ai dit que je ne me mêlais pas de cela. Au fond, cela ne peut pas me faire du tort, au contraire, cela va aider Monseigneur à me connaître, et cela peut être providentiel pour moi. Au fond, Monseigneur ne me connaît pas beaucoup, parce que j’ai fait mes études en France.

Imaginez-vous, la dame qui sera responsable du groupe, autrement dit, celle qui parlera au nom des autres est protestante. Ils iront 3 ou 4 personnes pour parler à Monseigneur et cette dame-là et son mari, vont comme responsables. Cette dame est celle qui, grâce au groupe de l’Institut de la région du Saguenay a pu avoir de l’eau chez elle. Elle est vraiment reconnaissante.

Je veux en profiter pour vous dire, comment le Seigneur est bon, comment le Seigneur prend soin de ses pauvres. Nous avions demandé à une dame la permission de passer le tuyau sur son terrain. Elle n’a pas voulu. Alors, nous avions demandé à un autre monsieur et il a accepté. Bien sûr, cela nous a coûté le double en tuyau parce que nous voulions nous connecter sur le tuyau principal. Tous les gens du barrio Las Flores n’ont pas d’eau durant l’été qui dure 6 mois. Cette dame a de l’eau durant toute l’année. Beaucoup de personnes viennent chez elle pour chercher de l’eau. Si la première dame avait accepté pour que nous passions le tuyau chez elle, durant les 6 mois de l’été, elle n’aurait pas d’eau non plus. Vous voyiez, parfois nous critiquons en pensant que Dieu ne nous écoute pas, mais Dieu voit plus loin que nous, il a un autre projet et il est toujours meilleur que le nôtre

Dimanche dernier, je suis allé dans le village de Candélaria qui appartient à Comalapa. Une dame m’a dit qu’ils iraient voir l’Evêque pour que Monseigneur me retourne à Concepción. Des hommes et des femmes vont aller voir l’Evêque. Les gens de Candelaria, de El Pilón, de la Cuchilla, de Guachipilín, et de Comalapa vont y aller. Ils ont dit qu’ils diraient à l’Evêque que depuis son départ en 1988, ils n’ont jamais vu un prêtre qui visitait les gens dans leur maison, et que j’étais toujours disponible pour confesser. Un monsieur m’a dit : « j’ai confiance en toi, je me sens bien et je peux me confier, tandis qu’un prêtre qu’on voit seulement à l’Eglise, c’est difficile d’avoir la même confiance ». J’avoue que je me sens un peu mal à l’aise devant cela, mais je me dis que c’est une marque d’affection envers moi et je rends grâces au Seigneur pour cela. Je suis sûr que d’un autre côté, il y a des gens qui sont très contents que je parte.

Dimanche le 6 janvier, cette même dame de Candelaria m’a téléphoné pour me dire qu’elle avait la pétition en main, et qu’elle avait beaucoup de signatures. Elle est allée voir le coordinateur du village et il lui a dit qu’elle ne devait pas aller voir l’Evêque avec cela, que je devais accepter la volonté de Dieu, etc. Le monsieur pensait que j’avais demandé à cette dame de faire cela, Je n’aurais jamais pu faire une chose pareille. Il y a des gens qui sont un peu jaloux parce que j’allais visiter des familles. Chaque fois que je visitais quelqu’un c’était parce que j’avais été invité. Cela m’a un peu bouleversé.

Alors, j’ai pensé que je devais aller voir l’Evêque dès le mardi matin pour lui parler de cela. Le mardi suivant, je me suis présenté à l’Evêché et j’ai attendu que l’Evêque arrive. Je lui ai raconté que les gens de Candelaria et des autres villages avaient signé une pétition pour qu’il me retourne á Concepción Quezaltepeque parce que je lui disais que depuis son départ en 1988, ils n’avaient jamais eu un prêtre qui les visitait. Monseigneur a commencé à rire et il était content. Il m’a dit : « Voilà, c’est ça que je veux de mes prêtres. Je veux qu’ici quand vous irez visiter un village pour la messe, je veux que vous passiez la journée là-bas. Je lui ai dit : « Monseigneur, il faudra que vous le disiez au Padre Tulio ». Il m’a dit qu’un bon jour, nous allons nous réunir les trois prêtres et lui et qu’il va nous parler de cela.

Il m’a dit : « si vous allez seulement dire la messe, ce n’est pas une visite pastorale, il faut que durant la journée, vous visitiez les familles, vous notez le nom des malades, les intentions des gens et à la fin de la journée, vous célébrez la messe pour toutes ces intentions, cela est vraiment une visite pastorale».

Il y a environ 4 mois, un jeune homme de 30 ans est venu me voir, il s’est marié avec une jeune fille qui est témoin de Jéhovah. Les parents du jeune homme, n’ont jamais accepté cette fille et ce sont de bons chrétiens, très engagés dans la Pastorale. Il me disait que ses parents la détestaient. Je lui ai dit que je ne croyais pas que ses parents étaient si durs, parce ce sont des gens très engagés et que si c’était vrai que ses parents détestaient autant sa femme, que si c’était vrai que ses parents avaient de la haine dans le cœur, c’est sûr qu’ils ne pourraient pas communier.

Il est retourné chez lui et il a dit à ses parents que j’avais dit qu’ils ne pourraient plus communier. La dame est venue me parler et m’a raconté qu’ils laissaient tout tomber parce que j’avais dit qu’ils ne pouvaient plus communier. Je lui ai dit que je n’avais jamais dit cela. Ils m’ont dit qu’ils laissaient tomber le renouement conjugal, la messe le dimanche, etc. Alors durant les 4 mois, ils ne sont jamais venus à la messe, excepté en dernier, je commençais à les voir un peu plus.

Avant de quitter Concepción, je pensais que je devais aller les visiter. Mais un soir, ils m’ont téléphoné si je pouvais les rencontrer. Ils sont entrés tous les deux dans le bureau. Tous les deux me disaient : Depuis 4 mois, nous ne venons presque plus à la messe, on n’a jamais communié depuis ce temps et cela nous manque tellement. Je souffre tellement me disait le monsieur, d’être loin de Jésus. J’ai soif de Lui. Nous voulons recommencer, on ne peut pas se détacher de Jésus quand on l’a connu et qu’on a tant reçu de Lui. Ils ont parlé près d’une heure, je les ai écouté. Je trouvais cela tellement beau de voir cette soif de Jésus qu’ils avaient. Je leur disais que tout ce qui était arrivé a été un cadeau du ciel pour eux, car ils ont découvert comment Jésus était important pour eux et le plus beau, c’est qu’ils ne peuvent plus se passer de Lui. Ils ont demandé de se confesser. Je leur ai dit qu’après la confession, je leur donnerais la Communion. Le monsieur pleurait de joie et me disais, si tu savais la joie que tu me donnes, je sens en moi un feu qui brûle et j’ai tellement hâte de recevoir Jésus. Ils se sont confessés un après l’autre. La dame est venue se confesser et s’est agenouillée, elle a demandé pardon au Seigneur avec des pleurs. Ce fut pour moi une très grande joie de voir des gens qui avaient tant soif de Jésus.

Tous les jeudis, il y a la messe à 9 heures à la Cathédrale et après le Saint-Sacrement est exposé jusqu’à 8 heures du soir. Hier soir, Monseigneur était avec nous, parce que c’était l’inauguration de la nouvelle chapelle du Saint-Sacrement. Avant l’heure d’adoration de 7 heures du soir, quelques personnes sont venues se confesser et j’ai confessés jusqu’à 8 :30 heures p.m. Ce matin le 4 février, je célébrais pour la première fois la messe à la Cathédrale (aux intentions de Jean-Paul) et en plus dans la chapelle du Saint-Sacrement. Au moment de la consécration, quand le prêtre impose les mains sur les espèces du pain et du vin et qu’ils dit : « Sanctifie ces offrandes pour qu’elles deviennent le Corps et le Sang du Christ », j’étais vraiment ému et j’ai compris un petit peu plus la grandeur du Sacerdoce. Que c’est beau ! Que c’est grand ! A chaque fois que j’élève Jésus pour le montrer aux gens à la consécration, je dis à Jésus que je crois, mais je lui demande toujours d’augmenter ma foi.

Quand je me retrouve devant tout le monde dans la Cathédrale pleine à craquer, j’avoue que je me sens faible et nerveux dans le sens que je sais que les gens ont soif de Dieu. C’est pour cela, quand on chante l’alléluia, je me mets devant le Saint-Sacrement ou devant le Christ sur la croix et je lui demande de m’envoyer son Esprit pour que je dise les paroles que les gens ont besoin d’entendre. Je rends grâces au Seigneur de me sentir si faible, si pauvre devant Lui, ainsi, je dois me fier en Lui, je dois avoir confiance en Lui, je dois lui demander de l’aide, l’aide du Saint-Esprit. Je sais que si je suis fidèle, ce n’est pas à cause de moi, c’est à cause des grâces que je reçois sans cesse. Depuis mon ordination, je parle toujours de Marie un petit peu, c’est ce que j’avais promis à Marie avant d’être ordonné. Je lui avais dit que si un jour je devenais prêtre, je ne ferais jamais une homélie sans parler d’Elle.

Dimanche le 6 février, Monseigneur Alas est venu souper avec nous. Il m’a regardé et m’a dit ceci : « Quand est-ce que tu vas aller en France pour célébrer ta première messe au Séminaire ? Ce serait important que tu y ailles ce serait un beau témoignage à donner. Tu pourrais prendre un mois et en profiter pour aller au Canada ». Je lui ai dit, que le plus gros problème était l’argent. Mais je pense que si Monseigneur Alas m’a parlé de cela, c’est peut-être la volonté de Dieu que j’y aille. Où peut-être pourrais-je faire un seul voyage en France sans aller au Québec, ah, ah.

Je vous avoue que je pensais que je ne retournerais jamais en France, maintenant que l’Evêque m’a parlé de cela, le désir grandit en moi. J’aimerais aller voir les séminaristes qui étaient avec moi, maintenant la plupart sont prêtres. J’aimerais aussi aller voir les séminaristes Québécois qui sont au séminaire. J’aimerais aller visiter quelques amis Français, surtout ceux et celles qui sont à Bourg en Bresse. J’aimerais revoir les Pères du Séminaire, tout spécialement le Père Marysse, etc, etc. Mais j’aimerais beaucoup aller célébrer la messe au tombeau du Saint Curé d’Ars. Ah ! J’aimerais aller à Turin en Italie pour célébrer la messe au Tombeau de Saint Jean Bosco. J’aimerais aller en Belgique pour célébrer la messe au tombeau du Bienheureux Edouard Poppe. Comme vous le voyez, j’ai de grands désirs, mais je ne pourrai pas tous les réaliser en une semaine. Je vais laisser faire l’Italie, mais en Belgique, j’ai beaucoup d’amis et je vais y aller si Dieu le veut. Là-bas, il y a Roger et Yvonne, ce sont eux qui sont venus au El Salvador. Je passerai 5 ou 6 jours en France, ce ne sera pas beaucoup. Tout cela, je le portes dans la prière. Que la Volonté de Dieu se fasse. Si je fais ces voyages, ce sera durant tout le mois de juin.

Mardi je suis allé dans le petit village de Chapas, je suis arrivé une heure avant l’heure de la messe, et j’ai confessé durant toute cette heure. Hier, mercredi des Cendres, je suis allé dans un autre petit village pour célébrer la messe à 5 heures. J’y suis arrivé à 4 heures, et j’ai encore confessé durant l’heure. Les gens ont vraiment soif de Dieu, ont soif de retrouver la paix, ont soif qu’on leur dise une parole d’encouragement, on soif d’un conseil. C’est pour cela que je trouve que cette mission que le Seigneur a donné aux prêtres est vraiment très grande et il faut vraiment demander à l’Esprit Saint de mettre en nous les paroles que les gens ont besoin d’entendre.

Durant toute la semaine prochaine, je serai seul en paroisse. Le Padre Ulises sera du lundi au vendredi en formation. Le Padre Tulio va au Mexique pour 9 jours. En plus d’être ici à Chalatenango, je devrai aller toutes les fins de semaine à Nombre de Jésus, le Padre Ulises sera ici les fins de semaine.

Aujourd’hui le 16 février, vers 8 :00 heures du matin, 20 personnes sont venues de Candelaria et des autres villages plus haut mentionnés. Ils sont allés voir l’Evêque ce matin. En arrivant à Chalatenango, ils ont vus Monseigneur entrer dans son bureau et ils l’ont suivi. Monseigneur avait un rendez-vous à San Salvador, mais il a pris le temps de les recevoir durant une quinzaine de minutes. Parmi eux, il y avait 3 hommes et 5 enfants. Il parait que Monseigneur les a très bien reçus. Je ne leur ai pas posé de questions, ce n’est pas mon affaire.

Après ils sont tous venus au presbytère. Je ne sais pas comment ils l’ont su, mais ils sont arrivés avec un gâteau. Ils ont chanté quelques chansons accompagnées par deux guitaristes. Ce fut une surprise pour moi, j’étais bien content de les recevoir tous. J’étais content, car j’étais seul. Les Pères Tulio y Ulises n’y étaient pas. Ils sont restés jusqu’à 11 heures et je suis allé tous les reconduire chez eux en Pick-up.

Ce soir, j’avais l’intention de sortir et d’aller visiter une famille. La cuisinière m’a demandé si je souperais ici, je lui ai dit que « non ». Il faut que tu restes ici, car des gens de Comalapa et de El Morro vont venir et ils veulent te parler. C’est très bien, je vais rester lui ai-je dit. En fait, ils voulaient venir pour ma fête. J’ai reçu un cadeau, trois mouchoirs et une paire de bas.

La semaine dernière, je suis allé à Nombre de Jésus. Je devais aller célébrer la messe le samedi soir et deux le dimanche matin. Au presbytère on devait me donner la chambre du curé, mais on n’a jamais trouvé la clef. On m’a donné une autre chambre, quand j’ai ouvert la porte et allumé la lumière, c’était plein de chauve-souris. Alors, quand je me suis retrouvé seul, j’ai commencé à boucher les trous ou je pensais que pourraient entrer tous ces beaux petits animaux. Ils sont beaux de loin, mais ils sont loin d’être beaux. Le lit était beaucoup plus court que moi. Le matelas était mince comme une feuille. Le sommier était des planches. Alors durant la nuit, je me suis retourné une centaine de fois, je n’endurais plus les os. J’ai fermé la lumière, mais quelques minutes plus tard, j’entendais les chauves-souris voler. Alors, j’ai laissé la lumière allumée toute la nuit. Elles sont bien écoeurantes, elles volent et en chemin elles font leur besoin. On pourrait penser qu’il pleut dans la chambre. On voit le mur de la chambre plein de taches brunes. Elles souffrent du choléra. En plus sur les poutres de la chambre, il y avait de gros "motadi" rats qui marchaient. En fin de semaine qui vient, je vais m’emporter un matelas, mais pour les chauves-souris je ne peux rien faire. Je dormirai encore la lumière allumée toute la nuit. N’oubliez pas au El Salvador, qu’il y a des chauves-souris vampires. Le matin, je me suis réveillé et je n’avais pas été mordu. Si un jour, Monseigneur m’envoie dans ce village, je vous inviterai à passer quelques semaines dans ce presbytère, vous vous ferez de nouveaux amis. Aujourd’hui le 19 février, j’y retournerai après l’ordination diaconale qui aura lieu ce matin.
Je voudrais en terminant, vous remerciez tous pour les souhaits de « Bonne fête ». Je n’ai pas pu encore répondre à toutes vos lettres, mais je le ferai. Je vous demande et je vous supplie de prier pour moi tous les jours, de prier pour les prêtres. Je crois qu’il faut qu’on devienne de saints prêtres, parce que cette vocation est trop grande pour qu’on devienne des prêtres à moitié.

Je vous laisse et je vous bénis de tout cœur.

Réjean ptre


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