Citalá, El Salvador
Le 19 mars 2014

Réjean LachanceBonjour à tous,

C’est une joie pour moi de prendre quelques instants pour vous donner quelques nouvelles. J’espère que vous allez tous bien.

Cette année, nous avons eu la grande mission, nous avons procédé comme il y a deux ans. L’évangélisation a eu lieu dans un seul village à la fois. La différence de cette année, c’est que j’avais 35 jeunes à partir de 13 ans jusqu’à 17 ans, en plus de 140 adultes.

Le 17 – 18 – 19 janvier, nous avons eu la retraite pour ceux qui iraient évangéliser. Durant toute la fin de semaine, il a fait un froid épouvantable. Tout le monde avait la tuque sur la tête, le gros manteau d’hiver comme nous en avons chez nous. Il y avait un vent épouvantable, même que durant la nuit le vent a arraché un coin de tôle là où je dormais. Comme je ne pouvais pas dormir à cause du bruit, j’ai eu le temps de penser. Le samedi soir, nous devions faire le chemin de croix dans la chapelle. Je me suis mis à penser, durant la nuit, que je n’avais pas apporté le texte que j’avais préparé. Je me disais: « Qu’est-ce que nous allons faire? » J’ai pensé que, durant la journée du samedi, j’allais confesser tout le monde. J’ai pensé aussi que, pendant toute la journée, il n’y aurait pas de goûter, ni dans l’avant-midi, ni dans l’après-midi, ce sera une journée de pénitence. Le soir, nous allons faire « la fête du retour du fils prodigue », et là nous mangerons les deux goûters de la journée. J’en ai parlé au Conseil et tous étaient d’accord.

A 7 heures, la fête a commencé avec deux chants de prières et, après, ce fut la fête avec des chants western. Ne vous scandaliser pas! Quand le fils prodigue est revenu à la maison, ils ont fait la fête avec de la musique et de la danse dit l’Évangile. Tous les missionnaires devaient chanter et j’ai été obligé de chanter moi-même. Ça même été enregistré. La mission a commencé le 20 janvier et s’est terminée le 15 mars.

Je pense que la mission a été un succès mais nous le saurons plus tard, ou peut-être que nous ne le saurons pas du tout. Ça n’a pas d’importance. La semence a été semée et ce sera probablement un autre qui récoltera les fruits.

Le plus merveilleux ça été les jeunes. Ils lisaient une lecture de la Parole de Dieu, puis ils la partageaient. Il y a une jeune fille de douze ans, elle est vraiment spéciale. Quand elle parlait de l’amour de Dieu, quelques personnes ont pleuré. Tous les jours à 5 :30 a.m. nous disions le chapelet et la messe était à 6 heures. Je bénissais les missionnaires, tel que nous l’avons dans le livre des bénédictions. Nous déjeunions ensemble et, par la suite, ils partaient en mission.

Le 15 mars, c’était la finale de la mission. Tous les missionnaires accompagnaient les gens du village où ils avaient été en mission. Tous les enfants qui devaient faire leur première communion dans les villages sont venus la faire ce jour-là, il y avait 72 enfants. J’ai béni aussi un mariage. Il est venu environ 800 personnes. Après la messe, ça été aussi la fête.

Le 23 février, je disais l’0ffice des lectures et, à un moment donné, j’avais vraiment le goût de mourir. Je me disais : je veux mourir pour aller voir Jésus et Marie. Je m’imaginais au ciel avec Jésus et Marie. Je m’imaginais Marie : comme elle doit être belle. Ce désir n’a duré que quelques minutes.

Le lendemain, je partais pour aller à notre retraite annuelle de prêtres. Il était 6 heures du matin. A la sortie de Citalá, il y a une grosse courbe. En arrivant là, j’ai vu un camion qui s’en venait directement sur moi et il n’avait plus de freins. Dans cette courbe, il n’avançait que sur deux roues et j’ai eu juste le temps de me tasser à droite. Il m’a accroché à partir du devant, ma porte n’a presque pas été touchée, la porte arrière a été arrachée complètement et le camion s’est renversé sur la boite arrière. Je me suis cogné la tête après la porte. La police est arrivé et, à la clinique de la Palma, on m’a fait 9 points de sutures. La blessure était seulement extérieure. Le pick-up est une perte totale. Quand je suis sorti de l’auto, j’ai dit : « on a brisé mon pick-up. » Le jeune qui conduisait le camion a sorti et il me disait : « Pardon, je n’ai pas voulu faire cela. » Je lui ai dit : « ne t’en fais pas, je n’ai rien. »

Je suis venu chercher la caméra et j’ai pris quelques photos. Quand j’ai vu le pick-up, j’ai compris pourquoi le Seigneur n’était pas venu me chercher. C’est par amour pour moi car je devais grandir davantage dans l’amour. Je me suis rendu compte qu’il me manquait beaucoup d’amour pour Jésus et Marie. A partir de ce jour, j’essaie de tout faire par amour, de tout accepter par amour pour Jésus, de penser toujours qu’il me reste peu de temps à vivre et, que ce temps qu’il me reste, je ne veux pas le perdre. Si on meurt en n’étant pas saint, on devra se purifier au purgatoire. Le camion avait une assurance, moi non. Vu que c’est le camion qui est en tort, je recevrai quelque chose mais je n’en sais pas plus pour l’instant.

Le samedi 8 mars, nous avons posé le toit sur la salle à manger. Nous avions besoin beaucoup de monde. Il fallait faire le toit le même jour. Nous avons acheté 375 poches de ciment. Tous les membres du Conseil Économique avons été dormir à la Maison de Retraite parce que nous devions être là à 4 heures du matin. A 5 heures, j’ai célébré la messe pour les gens qui étaient présents.

A 6 heures 30, le travail a commencé et les gens arrivaient de partout. Il y avait plus ou moins 500 personnes, en comptant, bien sûr, les femmes et les enfants. Quand j’ai vu qu’il y avait beaucoup trop de monde, j’ai demandé à des dames de former des petits groupes et de dire le chapelet à toutes les demi-heures. À 1h : 30 de l’après-midi, tout était terminé. Ça été vraiment émouvant. Vous devez savoir que le ciment brûle les mains. Il y avait beaucoup de jeunes qui avaient tout le bout des doigts en sang, d’autres c’était les bras, d’autres le ventre, mais les jeunes comme les moins jeunes n’ont pas voulu être remplacés.

Il s’est passé quelques choses de beau. Don Carlos, de Los Planes, avait tellement des douleurs dans le dos depuis une semaine, qu’il pensait de ne pas venir travailler. Puis il s’est dit : « je vais y aller mais je vais prendre un travail facile. » En arrivant, comme personne ne savait qu’il était malade, ils l’ont mis pour transporter des chaudières de ciment. Il s’est dit : « je vais accepter et je vais offrir cette douleur au Seigneur. » Il a travaillé jusqu’à la fin et il s’est rendu compte qu’il avait été guéri.

Un autre monsieur qui est reconnu comme un gros travailleur, a passé deux semaines au lit. Il ne pouvait pas se lever et les gens devaient lui aider pour aller aux toilettes. Il a décidé lui aussi de venir en pensant ne pas travailler mais les responsables l’ont mis au transport des chaudières. Il a travaillé durant trois heures. Ceux qui le connaissaient lui disaient d’aller se reposer mais il ne voulait pas. Il voulait offrir quelque chose au Seigneur. Lui aussi a été guéri. J’en ai profité pour filmer parce que cela en valait la peine. Je ne pouvais pas travailler au gros soleil. Le docteur me l’avait défendu.

J’ai pensé aussi à toute ma famille qui était dans le deuil ce jour-là pour le décès de notre frère Jean-Paul. J’aurais aimé être là mais ce n’était pas possible pour moi de faire le voyage à cause de ma blessure à la tête.

Je voudrais dire aussi qu’il y a un autre miracle qui s’est produit. Nous avons tout payé, Il nous restait plusieurs poches de ciment, du sable, de la gravelle pour continuer de travailler et nous n’avons absolument aucune dette. Moi, cela m’émeut beaucoup. La Providence, depuis que nous avons commencé le projet, ne nous a jamais abandonnés. Je sais qu’elle ne nous abandonnera jamais si nous gardons cette confiance. Si Dieu le veut, nous terminerons ce projet cette année.

Parfois, je me demande : comment est-ce que nous avons fait pour faire tout cela en 5 ans? Je ne le comprends pas moi-même. Cela est un miracle. Plusieurs personnes me demandent : « Comment est-ce que nous avons dépensé de l’argent depuis le début? » Je pourrais le savoir, car nous faisons la comptabilité, mais je ne le ferai pas, parce que cela est dangereux. On pourrait se croire et dire aux gens : « Nous avons dépensé tout cela avec orgueil. » Non, je ne veux pas le savoir. Ce que je suis sûr, c’est que la Providence nous a aidés. Comment? Par le conteneur qui vient chaque année du Québec qui devrait partir fin avril, si nous avons le montant. Par celui qui vient aussi de la Belgique. Il est déjà en chemin et il arrivera le 30 mars à San Salvador. Par le soutien aussi de personnes généreuses d’ici ou d’ailleurs. Il ne faut pas oublier que c’est aussi par nos propres efforts car, quand nous commençons à nous asseoir, la Providence ne nous aide plus.

Il est venu un prêtre dernièrement et il a passé presque deux semaines à la Maison de Retraite. J’ai jasé beaucoup avec lui. Il m’a dit : « Je travaille avec un prêtre qui a un collège catholique dans sa paroisse. Il est toujours inquiet, toujours angoissé pour trouver l’argent qu’il a besoin. Toi, je te regarde, tu n’as pas l’air angoissé du tout et ce projet est beaucoup plus grand. » Je lui disais que c’était vrai, je ne vis pas angoissé parce que j’ai toujours fait confiance en la Providence et, que ce projet, ce n’est pas mon projet, c’est celui de Marie Auxiliatrice.

Je crois que ce projet a aidé beaucoup de monde dans leur foi à Citalá. Les gens se rendent compte que, si nous croyons en la Providence, jamais nous serons déçus. Qu’est-ce que la Providence? C’est Dieu qui nous aime. C’est Dieu Amour. Ici, il y a des gens qui souffrent à cause du manque de confiance. Ils se rendent malades. Je parle souvent que nous, les catholiques, nous n’avons pas le droit de douter de l’amour de Dieu. Bien sûr, parfois c’est bien difficile.

Je leur dis que, pour être écouté de Dieu, il faut d’abord rappeler au Seigneur comment il est bon, lui rappeler sa promesse : « Ne vous inquiétez pas petit troupeau, je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » Les Israélites priaient de cette façon, nous le voyons partout dans la Bible. En plus, il faut le faire dans la foi. Être sûr du Seigneur. Être sûr qu’il nous aime. Ne jamais douter de sa bonté. « Si vous demandez quelque chose en mon nom, si vous croyez que vous l’avez déjà obtenue, vous l’obtiendrez » nous dit Jésus. Et enfin, il faut persévérer dans la prière. « Demandez, et vous recevrez, nous dit Jésus, frappez et l’on vous ouvrira, parce que celui qui demande avec foi reçoit, et celui qui frappe à la porte dans la foi, on lui ouvrira. »

Je dis aux gens que nous avons la chance d’avoir Jésus tout près de nous. Pourquoi ne pas le visiter quand nous vivons des problèmes? Si nous ne pouvons pas le visiter, on peut se tourner vers une église et demander à Jésus de l’aide. C’est ce que font les Juifs dans le monde entier. Ils se tournent toujours vers Israël quand ils font leur prière.

Nous sommes aussi encore bien plus chanceux que les apôtres. Nous, nous pouvons manger le Corps du Christ. Nous mangeons la Plénitude. Ce qui veut dire que nous mangeons la Bonté totale, la Justice totale, la Confiance en Dieu totale, etc.… Nous mangeons la Plénitude. Plus que cela, cela ne se peut pas. Alors, pourquoi continuons-nous dans le doute, dans le manque de foi? C’est parce qu’il nous manque de foi.

Ici, les gens ont la coutume, quand je lève l’Hostie consacrée et le Calice, de dire d’une seule voix: « Mon Seigneur et mon Dieu. » C’est exactement comme une partie de hockey dans le Colisée, quand la rondelle rentre dans le but, tout le monde crie en même temps. Je dis aux gens que ce qu’ils disent, c’est vraiment très beau, mais il ne le faut pas le dire parce que tout le monde le dit. Si au moment de l’élévation, je sens qu’il me manque de foi, je peux dire : « Jésus augmente ma foi ou Jésus je crois en Toi. » Si je vis des problèmes économiques, je peux dire : « Jésus, j’ai confiance en Toi. »

Moi, je dis souvent, depuis le jour de mon accident : « Jésus, donne-moi un cœur pur, parce que je veux voir Dieu. » Seulement, les cœurs purs peuvent voir Dieu dans le prochain, seulement les cœurs purs peuvent voir Dieu dans la nature et, aussi, dans tout ce que nous vivons dans les critiques des autres, etc.… Il est possible de voir Dieu dans celui qui est détestable et celui qui nous torture sans arrêt. Il est possible de voir Dieu dans la maladie. Il est possible d’être heureux partout et toujours. Pour cela, Jésus nous le dit : « Il faut avoir le cœur pur. »

Aussi, il est possible pour nous les catholiques d’être heureux partout et toujours parce que nous avons et nous aimons Marie. Comment arriver à l’aimer? J’imagine que tous portent une médaille. C’est facile de la baiser et de lui dire : « Marie, je t’aime de tout mon cœur, aide-moi à aimer Jésus de tout mon cœur. » Comment arriver à aimer Jésus de tout notre cœur. J’imagine que tous ont un crucifix dans la maison et on peut lui donner un baiser. C’est une façon de lui dire : « Jésus merci pour tout ce que tu as fait pour moi. » Ce sont des petits gestes qui sont niaiseux pour les orgueilleux mais qui sont une marque d’amour pour les cœurs purs et humbles.

Bon, je me rends compte que je suis presque rendu à la fin de la page. Je dois arrêter là. Je vous souhaite une bonne fin de Carême, une belle Semaine Sainte et de très Joyeuses Pâques à chacun et chacune de vous.
C’est le moment de vous donner ma bénédiction. Je crois en la bénédiction. C’est Jésus qui va vous bénir par moi. Je vous bénis, je bénis tous vos enfants, je bénis pour les prêtres, tous vos paroissiens. Je vous bénis tous au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen



Padre Ernesto ptre, Réjean Lachance

Casa Parroquial
Citalá, Depto. Chalatenango
El Salvador. Central America


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