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Lettre du mois de mai 2016
El Salvador
Le 30 mai 2016
San Miguel de Mercedes
Le 19 avril 2016
Bonjour à tous,
Il y a un mois et quelques jours, j’arrivais dans ma nouvelle paroisse avec beaucoup d’enthousiasme. Je connaissais ce village puisque j’y venais quand j’étais vicaire à la Cathédrale de Chalatenango. Ici, ce n’était pas encore une paroisse.
Je suis maintenant le troisième curé. Au tout début, j’ai ouvert les portes de l’église une heure avant la messe, comme je l’ai toujours fait à Citalá. J’étais assis à l’arrière de l’église, puis les gens ont commencé à entrer. Les enfants couraient dans l’église, montaient sur les bancs et les adultes parlaient fort comme dans la rue. Je me suis revu comme au début à Citalá. Je me suis dit : «Je vais dire absolument rien, je vais laisser faire. » Puis, je me suis dit : « Si je ne dis rien, je ne suis pas un pasteur. » Il y avait une grande lutte qui se faisait en moi. J’ai eu le désir de quitter ce village sans dire un mot et de ne jamais plus revenir. Mais je pensais à Monseigneur Luis, mon Évêque et ça me faisait de la peine de lui faire ce coup. Je me suis dit que je devais rester et faire mon possible. Le pire, c’était tous des jeunes qui avaient fait leur première communion en décembre et qui étaient venus avec leurs catéchistes.
À l’homélie, c’était plus fort que moi, je devais parler. J’ai dit aux gens que, pour moi, ça ne sert à rien de faire apprendre aux jeunes un paquet de prières, s’ils ne sont pas conscients que Jésus est présent dans l’église. Je leur disais que si les catéchistes enseignaient aux enfants durant toute l’année au complet le respect dans l’église et leur faisaient prendre conscience que Jésus est présent, ils pourraient faire leur première communion sans savoir un paquet de prières. Le reste viendrait après. Je leur disais aussi qu’ils devaient donner le goût de Jésus aux enfants, mais comment vont-ils donner le goût de Jésus? Comment vont-ils leur apprendre le respect si eux-mêmes ne respectent pas le silence et ne sont pas conscients de la présence de Jésus? Ici, dans la paroisse les catéchistes ne voulaient pas faire communier les enfants avant l’âge de onze ou douze ans. Je ne suis pas d’accord avec cela. L’enfant est prêt à communier vers l’âge de sept ou huit ans s’il vient à la messe tous les dimanches avec ses parents, qu’ils désirent communier et s’ils savent qu’ils vont recevoir le Corps du Christ. À sept ou huit ans, l’enfant est plus pur et plus prêt à recevoir Jésus.
Il fallait que je recommence à zéro. Tout ce que j’avais fait à Citalá, il fallait que je recommence à le faire. J’ai commencé à faire prendre conscience aux gens de l’importance du silence dans l’église avant la messe pour bien se préparer. Il fallait que j’explique aux gens pourquoi il est si important d’arriver 10 ou 15 minutes avant la messe. Il fallait que je leur explique qu’à la bénédiction finale, c’est le prêtre qui la donne. Eux, doivent répondre seulement Amen. Ici, les gens disaient la formule de la bénédiction avec moi.
J’avais 20 servants de messe et il y en avait seulement deux qui communiaient. J’ai réuni les servants de messe et je leur ai demandé de se confesser une fois par mois. Aujourd’hui, après un mois et demi, il y a un peu plus de silence dans l’église. Les gens ne donnent plus la bénédiction avec moi. Ici, quand je suis arrivé, j’avais trois messes le dimanche. Une à 6 heures du matin dans un village, l’autre à 8 heures ici dans la paroisse et la dernière à trois heures de l’après-midi dans un autre village. La messe à 6 heures le matin dans le village ne fonctionnait pas. Ce sont tous des agriculteurs et, à 6 heures du matin, les gens sont en train de traire les vaches. Donc, on ne voyait pas d’hommes à la messe, excepté quelques petits vieux. On ne voyait pas d’enfants parce qu’ils dormaient. Il fallait que je fasse quelque chose. J’ai réuni les gens durant la semaine et je leur ai proposé de célébrer la messe deux fois par mois les premiers et troisièmes jeudis de chaque mois à 10:00 heures le matin. Je leur ai dit que je pouvais aller déjeuner dans une famille différente à chaque mois afin de mieux les connaître et que j’irais aussi un dimanche par mois célébrer la messe.
Il y avait encore un autre problème. Aujourd’hui, tous les responsables des villages et de tous les groupes de la paroisse sont les mêmes qu’il y a 11 ans. Cela n’est pas normal. La semaine dernière, j’ai réuni tous les responsables des villages et de tous les groupes pour leur dire qu’en janvier, il y aurait un changement de tous les responsables. Que ce serait maintenant à leur tour d’obéir et de servir. Ils ont semblé l’accepter. Vous comprenez maintenant que tout ce que je viens de vous raconter, c’est ce que j’avais dû faire à Citalá. Au début, cela a apporté des mécontentements et, j’en suis sûr, ce sera la même chose ici.
Ici, il y a aussi beaucoup de divisions dans les groupes parce que les gens ne se connaissent pas. Par exemple, les gens des villages ne venaient jamais à la messe ici. Donc, ils ne se connaissent pas et ils se critiquent. Je devais faire quelque chose, mais quoi? Il m’est venu une idée : je vais faire chanter les gens, ce même jour, faire le couronnement du petit prince et de la princesse et faire un grand tirage. J’ai donc préparé le livret du petit prince et de la princesse. J’ai préparé la liste des cadeaux, j’ai réuni le Conseil de Pastorale et ils ont accepté cette idée.
Alors, j’ai commencé dans chaque village à chercher des chanteurs. Dans un petit village, j’en ai trouvé 26. Il y a des enfants, des jeunes et des vieux de plus de 70 ans qui n’ont jamais chanté devant le monde. Au début, ils ne voulaient pas, puis ils revenaient et disaient qu’ils pourraient peut-être chanter telle chanson. Je me suis rendu compte qu’au fond, tout le monde ont le désir de chanter. Actuellement, j’ai plus de 100 chanteurs et il en manque encore qui ne se sont pas inscrits.
Au début, nous voulions faire un festival de 12 heures, c'est-à-dire de 8 heures le matin jusqu'à 8 heures du soir. Ce n’était pas possible parce qu’il y avait trop d’activités, comme le couronnement, le grand tirage et aussi tous les chanteurs. Donc, nous avons décidé de faire notre festival en 24 heures. Ici, les gens ne sont pas habitués à cela. En plus, nous serons en hiver les 27 et 28 mai. J’ai dit aux gens que Marie Auxiliatrice va nous aider afin que les gens de San Miguel de Mercedes aient confiance en Elle. Ici, Marie Auxiliatrice n’est pas connue.
Nous aurons de la vente de nourriture durant les 24 heures. Les gens ne travailleront pas par groupe mais ils seront tous mêlés. Par exemple, une personne du village de El Salitre, une autre du village de Los Hernández et un autre de Las Mercedes. Les gens apprendront à se connaitre et, peut-être, un jour, se respecter.
Monseigneur Luis, mon Évêque savait ce qu’il faisait en m’envoyant ici. Le village de San Miguel de Mercedes est beaucoup plus petit que Citalá. Il y a seulement 5 villages et à Citalá j’en avais 11. Ici, je me rends à la porte de l’église en auto dans tous les villages. À Citalá, j’avais 4 villages où je devais marcher. À Citalá, le village le plus loin était à 39 Km, ici, mon village le plus loin est à 7.5 km. J’ai seulement deux villages où le chemin est en terre.
Ici, je célèbre la messe tous les jours à 5 :30 p.m. À 4 heures, je confesse jusqu'à 5 heures. Il vient une ou deux personnes et des fois personne. Mais ca ne fait rien, cela me permet de me préparer pour l’Eucharistie. En plus ici, depuis environ 3 ans, il y a l’adoration perpétuelle. Moi, c’est mon tour le vendredi matin de 5 heures à 6 heures.
Je reprends cette lettre un bon mois plus tard. Durant ce mois, il s’est passé beaucoup de choses.
Le dimanche 24 avril, après la messe, je me sentais bien et j’étais content sans savoir pourquoi. Un monsieur est venu me trouver au presbytère et a commencé à me crier par la tête. Il chialait pour rien car il disait que je ne permettais pas une seule réunion dans la salle paroissiale, que j’étais vulgaire dans l’église et que je disputais les gens pour rien.
En fait, comme toujours, le problème a été causé par les responsables du Renouveau charismatique. Ils avaient l’habitude de se réunir tous les lundis dans la salle paroissiale qui communique avec le presbytère. Pour moi, ce n’était pas grave mais le problème c’est que les gens se promenaient dans le presbytère, mettaient des chaises dans le corridor comme s’ils étaient chez eux. Les enfants couraient partout et ce n’était plus endurable. Alors, j’ai dit au responsable que cela me ferait plaisir s’ils pouvaient faire leur réunion une autre journée ou dans un autre endroit. Je leur ai dit que c’était ma journée de repos et que j’en avais de besoin. Ils ont dit à tout le monde que je ne voulais plus de réunion dans la salle paroissiale.
Le dimanche suivant, j’ai dit aux gens, qu’à partir d’aujourd’hui, ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient : courir dans l’église, parler très fort, laisser entrer les chiens etc. et que je ne dirais absolument plus rien. Après la messe, un monsieur que je ne connaissais pas est venu me trouver dans la sacristie et m’a dit une seule phrase : « Ne te laisse pas changer par les gens mais change les gens de cette paroisse. »
Il y a deux semaines, j’ai parlé à l’ancien curé qui avait été 5 ans ici. Il me disait que San Miguel de Mercedes est nommé comme ceci : Un enfer en petit. Aujourd’hui, j’y crois. À Citalá, j’étais dans un cimetière vivant comme on nommait Citalá. Ici, je suis dans un enfer en petit. C’est beaucoup plus pire. L’ancien curé me disait qu’on ne pouvait pas faire confiance à personne parce que les gens en face se montrent très gentils mais, en arrière, ils sont des hypocrites. Il m’a dit que quelques fois, il avait eu l’idée d’abandonner la paroisse. Quand le dernier curé est arrivé (celui que j’ai remplacé , j’ai su que les gens avaient dit qu’il ne resterait pas longtemps dans la paroisse. Il est resté 18 mois. J’imagine que c’est lui qui voulait partir ou bien ce sont les gens l’ont mis à bout.
Les 27 et 28 mai, nous avons eu notre festival de 24 heures. Ce fut un désastre. Le but du festival était de réunir les gens pour qu’il y ait plus d’union entre nous. J’avais dit aux gens que le festival commencerait par l’Eucharistie, à 3 heures de l’après-midi, afin de demander des bénédictions au Seigneur pour tous ceux qui chanteraient et aussi pour tous ceux qui travailleraient en groupe.
La messe a commencé et il est venu 3 personnes de Las Mercedes et deux personnes d’un village. Personne du conseil de pastorale, personne des groupes qui devaient travailler. Je me suis quand même réjouis parce qu’il est venu plus de 50 personnes de Citalá. Je me suis dit : « De ce festival, il n’y aura aucun fruit. » Après la messe, les gens n’avaient pas fait leur travail car la tribune n’était pas installée. Enfin, nous avons commencé 3 heures plus tard. Dans la soirée, il est venu un autre groupe de Citalá environ une trentaine de personnes. Les jeunes de Citalá étaient venus et ils ont vraiment bien chanté. Les gens les ont bien aimés. Ils ont dû chanter près de trois heures, en trois fois. Parmi les gens qui s’étaient inscrits, près de la moitié ne sont pas venus. Donc, à 4 heures du matin, nous avons terminé et repris à 7 heures pour le couronnement du petit prince et de la princesse.
Il y avait on groupe qui devait chanter près de deux heures et qui ont brillé par leur absence. Hier, un monsieur de ce groupe me disait : « Ça ne peu pas fonctionner un festival de 24 heures. Les jeunes sont fatigués, etc. » Je lui ai répondu: « Regarde, près de 100 personnes sont venus de Citalá. Pourquoi sont-ils venus? C’est parce qu’ils savaient tout le bien que pouvait faire un festival. Les gens d’ici n’y ont pas cru. »
J’ai dit aux gens que j’avais demandé à Marie-Auxiliatrice qu’il ne pleuve pas parce que nous sommes dans la saison des pluies mais aussi pour que les gens peu à peu aient cette dévotion à Marie-Auxiliatrice. Il n’a pas plu du tout dans la nuit de vendredi à samedi, mais presque toute la nuit le samedi soir.
Aujourd’hui, je suis allé à San Salvador et je ruminais tout cela. J’ai compris le pourquoi. À Citalá, il y avait très peu de gens professionnels et c’était tous des professeurs. Ici, il y a beaucoup de gens instruits et qui sont professionnels. Alors, ils sont plein d’orgueil.
Je vais vous donner un exemple. Hier, nous avons célébré le Corpus Cristi. Je disais à la responsable de la liturgie qui préparait les lectures que ce devait être des lectures qui ont rapport avec l’Eucharistie. J’ai vu qu’elle n’était pas d’accord mais elle n’a rien dit. Hier, toutes les lectures n’avaient aucun rapport avec l’Eucharistie. Elle a fait à sa tête et de la manière qu’elle le voulait. Le problème avec les Charismatiques, c’est qu’ils se croient supérieurs à tout le monde, même au curé. Alors, si je leur dis que je ne suis pas d’accord, ils disent que je ne les aime pas. En plus, je pense que ça fait trop longtemps qu’ils sont responsables. L’orgueil est entré en eux.
Bon, n’allez pas croire que tout est noir. Il y a quand même des gens qui sont aimables. Durant toute la nuit du festival, je demandais à Marie-Auxiliatrice de m’aider à aimer ces gens, parce que ce n’est pas facile. Quelqu’un me disait dimanche: « Ce n’est pas pour rien que le Seigneur t’a envoyé ici. »
Il y a deux semaines, j’ai reçu le conteneur. Je voudrais dire « un gros merci » à tous ceux qui y ont participé. Merci aussi aux donateurs, merci aux Communautés religieuses. Tout ce que vous envoyez, je le reçois ici à San Miguel de Mercedes et cela me permet d’aider des personnes. Merci beaucoup! Comme on le dit, le Seigneur vous le rendra au centuple mais pas seulement au centuple, beaucoup plus. Nous recevons les fruits de ce que nous donnons au moment même ou nous en avons le plus de besoin. Sans vous, je ne recevrais plus de conteneur. Sans vous, il me serait difficile d’aider les gens avec le 200.00$ que je reçois à chaque mois. Avec cela, je dois aussi payer ma nourriture parce que je n’ai pas de cuisinière. C’est mon choix! Quand je serai trop vieux, peut-être j’aurai besoin d’une cuisinière.
Merci aussi d’une façon toute spéciale à tous ceux qui me portent dans la prière. Priez pour moi s’il vous plaît! Et c’est de tout cœur que je vous bénis ainsi que toutes les personnes que vous portez dans votre cœur au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen
Padre Ernesto Lachance
Casa Parroquial
San Miguel de Mercedes - Dept. Chalatenango
El Salvador. Central America
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